ENIE, un modèle de renaissance industrielle algérienne
Symbole de l’industrie électronique nationale, l’Entreprise nationale de l’industrie électronique (ENIE) de Sidi Bel Abbès connaît une renaissance après des décennies de turbulences. Marqué par un passé glorieux, un déclin douloureux, puis une relance structurée, le parcours de l’ENIE illustre la volonté de l’Algérie de reconstruire un appareil industriel souverain et innovant.

Pendant longtemps, le secteur industriel a souffert du manque d’intégration, d’une dépendance excessive à l’importation et d’une faiblesse en R&D, affectant notamment l’ENIE, créée il y a près de 45 ans. Face à la concurrence étrangère et à la mutation technologique, l’entreprise, initialement spécialisée dans les téléviseurs, a vu ses parts de marché s’effriter. Le directeur général par intérim, Mohamed AbesBourassi, a cependant affirmé au micro de la télévision algérienne : « Nous avons traversé des périodes difficiles, mais l’ENIE n’a jamais perdu son âme industrielle. Elle a su se remettre en question et investir dans la modernisation de ses outils de production ».
Le tournant décisif a eu lieu en 2011, avec l’octroi par le Conseil des participations de l’État d’un financement de 15 milliards de dinars. Ce soutien a permis de créer de nouvelles unités (intégration électronique, énergie solaire, métrologie et R&D) et de mobiliser près de 6 milliards de dinars pour l’acquisition d’équipements modernes. Selon M. Bourassi : « Nous avons investi dans la technologie, dans la formation et dans la recherche. Ce sont les trois leviers de notre renaissance ». L’ENIE se repositionne désormais sur le marché national et prépare son retour sur les marchés africains via une diversification maîtrisée : téléviseurs intelligents, équipements de paiement électronique, panneaux solaires, cartes électroniques et tablettes éducatives. L’entreprise déploie un réseau national de points de vente à travers le pays.
L’entreprise emploie plus de 1 100 travailleurs permanents, dont 60 % de femmes, principalement dans l’assemblage. « Le capital humain est notre première richesse. Nous avons misé sur la qualification, la rigueur et la formation continue », a insisté son directeur. La production s’appuie sur trois lignes industrielles, chacune capable de produire 300 000 unités par an, soit une capacité totale de 900 000 produits électroniques par an. Ces lignes fabriquent des téléviseurs de dernière génération aux standards internationaux. L’ENIE s’apprête à lancer le premier téléviseur « Made in Algeria » nouvelle génération. « Nous voulons qu’il regarde la prochaine Coupe d’Afrique avec fierté, sur un téléviseur fabriqué ici, à Sidi Bel Abbès », a confié M. Bourassi avec enthousiasme.
L’innovation s’étend aux énergies renouvelables avec une unité solaire dont la capacité de production atteint 18 mégawatts par an (panneaux monocristallins et polycristallins). L’ENIE a déjà équipé la ville nouvelle de Sidi Abdallah avec plus de 10 000 points lumineux solaires. Un laboratoire de R&D et de veille technologique assure le suivi et l’amélioration continue de la qualité. Forte de cette transformation, l’ENIE est devenue un pilier du redressement industriel, combinant investissement public, ingénierie nationale et adaptation technologique. M. Bourassi a conclu : « Nous voulons que l’ENIE soit une vitrine de la nouvelle industrie algérienne : innovante, performante et fière de son savoir-faire local ».
Par A A.
