Accès gratuit aux médicaments pour les démunis non-assurés: Les explications de la CNAS
L’Algérie vient de franchir une étape décisive dans le renforcement de son système de protection sociale avec le lancement officiel de la carte électronique destinée à garantir l’accès gratuit aux médicaments pour les personnes démunies sans couverture sociale. Entré en vigueur le 19 janvier dernier, ce dispositif innovant traduit la volonté des pouvoirs publics de combler une lacune longtemps décriée dans la prise en charge sanitaire des catégories les plus vulnérables de la société.
Invité par nos confrères de la radio nationale, le directeur des prestations à la Caisse nationale des assurances sociales (CNAS), Abdelhafid Djeghri, est revenu en détail sur les contours et les objectifs de ce mécanisme inédit. Selon lui, la carte électronique s’adresse à « une catégorie bien précise de citoyens, jusque-là exclue de tout dispositif de protection sociale : les personnes sans revenus, non affiliées à un régime de sécurité sociale et ne bénéficiant d’aucune aide existante ».
Contrairement aux salariés, aux chômeurs indemnisés, aux personnes en situation de handicap ou aux bénéficiaires des allocations de solidarité nationale, ces citoyens ne disposaient d’aucune couverture leur permettant d’accéder régulièrement aux médicaments, même en cas de besoin vital. « Ce vide juridique et social devait impérativement être comblé », a insisté M. Djeghri.
La mise en place de cette carte s’inscrit dans le cadre du décret exécutif n°24-187, élaboré conjointement par le ministère de la Solidarité nationale et le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, considérés comme les deux piliers de la politique de protection sociale en Algérie. Ce texte vient, selon le responsable de la CNAS, « corriger les insuffisances d’un ancien dispositif limité, tant en termes de bénéficiaires que de médicaments pris en charge ».
Auparavant, la prise en charge concernait uniquement les personnes démunies atteintes de maladies chroniques et se limitait à une liste restreinte d’environ 136 médicaments. Désormais, le champ des bénéficiaires est considérablement élargi pour inclure toutes les personnes démunies, qu’elles souffrent ou non de pathologies chroniques. L’une des avancées les plus significatives de ce nouveau dispositif réside dans l’élargissement spectaculaire de la liste des médicaments pris en charge. Celle-ci dépasse aujourd’hui les 5 500 produits pharmaceutiques, couvrant aussi bien les maladies chroniques que les affections aiguës, sur la base de prescriptions médicales justifiées.
« Désormais, toute personne reconnue éligible peut bénéficier de ses médicaments en fonction de son état de santé réel, sans restriction arbitraire », a précisé M. Djeghri. Cette mesure permet une prise en charge adaptée aux besoins médicaux, tout en garantissant l’équité dans l’accès aux soins.
Autre nouveauté majeure : l’extension du bénéfice de la carte électronique aux enfants mineurs à charge. Ces derniers peuvent accéder gratuitement aux traitements prescrits par leurs médecins. Les enfants atteints de maladies chroniques bénéficient même d’une carte individuelle, établie au nom de leur tuteur légal, afin d’assurer un suivi médical régulier et une continuité des soins, sans lourdeurs administratives.
Pour être reconnue comme personne démunie non assurée sociale, la démarche débute au niveau de l’Assemblée populaire communale (APC) du lieu de résidence. Le citoyen concerné doit y déposer un dossier administratif attestant de sa situation sociale, comprenant notamment une demande formelle, des pièces d’état civil et, le cas échéant, un certificat médical. Une enquête sociale est ensuite menée avant la transmission du dossier à une commission de wilaya chargée de statuer officiellement sur l’éligibilité. Une fois la décision validée, la CNAS procède à l’immatriculation du bénéficiaire et à la production de la carte électronique dans un délai moyen de quinze jours.
Un réseau national de pharmacies mobilisé
L’accès aux médicaments s’effectue à travers un vaste réseau de plus de 13 000 officines privées conventionnées avec la CNAS, réparties sur l’ensemble du territoire national. Les médicaments sont délivrés gratuitement selon le principe du tiers payant, la CNAS assurant le remboursement des pharmaciens, avant d’être compensée par l’État via le ministère de la Solidarité nationale.

Cette approche garantit à la fois la proximité géographique et la fluidité du service, quel que soit le lieu de résidence du bénéficiaire. La carte électronique s’inscrit également dans une dynamique de modernisation et de digitalisation de la gestion. Toutes les informations relatives au bénéficiaire — identité, droits, pathologies chroniques et traitements — sont centralisées dans un système numérique intégré, permettant d’alléger les procédures, de réduire l’usage du papier et d’améliorer le suivi médical. « En 2026, il n’était plus concevable de continuer à gérer un dispositif aussi sensible avec des méthodes traditionnelles », a souligné le directeur des prestations. Cette digitalisation offre également des mécanismes de contrôle rigoureux, destinés à prévenir les abus et à assurer la cohérence entre prescriptions médicales et consommation des médicaments.
À ce jour, 375 personnes issues de 23 wilayas ont déjà été recensées, auxquelles s’ajoutent 123 enfants mineurs, portant le nombre total de bénéficiaires à près de 500. Les estimations des autorités font toutefois état de 2 000 à 3 000 bénéficiaires potentiels à l’échelle nationale.
À travers ce dispositif, les pouvoirs publics réaffirment leur engagement à garantir le droit aux soins pour tous, en particulier pour les catégories les plus fragiles, tout en posant une nouvelle pierre sur le chemin d’une couverture sociale universelle, plus juste et plus inclusive.
Par Réda Hadi
