AFRIQUE

Afrique de l’Ouest: La vente de médicaments contrefaits dépasse le trafic du pétrole et de la cocaïne réunis

Selon l’OMS, un produit médical sur 10 vendus dans les pays à revenu faible ou intermédiaire est « de qualité inférieure ou bien falsifié » et près de 50% des contrefaçons signalées viennent d’Afrique. Un nouveau rapport indique que ce phénomène prend de l’ampleur dans la zone CEDEAO.

La vente des médicaments de contrefaçon en Afrique de l’Ouest atteint environ un milliard de dollars américains, soit un montant supérieur à la valeur du trafic du pétrole brut et de la cocaïne réunis. C’est ce que révèle un nouveau rapport de la CEDEAO paru en août 2023 et qui cite des données de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC).

Selon le document intitulé « Le trafic illicite de produits médicaux en Afrique de l’Ouest », les produits médicaux illicites représentent actuellement entre 20 et 60 % du marché officiel pour l’ensemble de la région. Dans des pays comme la Guinée et le Burkina Faso, ce pourcentage grimpe jusqu’à 80%.

Burkina Faso et Guinée, plaques tournantes

Pour les auteurs du rapport, Flore Berger et Mouhamadou Kane, plusieurs facteurs peuvent expliquer l’expansion de ce marché, y compris la corruption et l’insécurité. « La violence et l’instabilité au Burkina Faso ont contribué à une forte expansion du marché, et ses frontières poreuses sont devenues, aux côtés du port maritime de Conakry, en Guinée, les principaux itinéraires de contrebande », ont-ils déclaré. Ils  ont aussi souligné l’implication des organisations criminelles dans le trafic. On peut lire dans le document  que la faiblesse des cadres réglementaires de ces pays a rendu le secteur très vulnérable à la corruption, « les autorités de l’État et les travailleurs médicaux aidant même, dans certains cas, les produits de contrefaçon à atteindre directement les distributeurs et les détaillants ».

En ce qui concerne le stade de production, les auteurs des circuits d’approvisionnement illicite ont par exemple décrit des situations où « les importateurs illicites au Burkina Faso et en Guinée effectuaient des commandes directes auprès de laboratoires légaux (et illégaux) en Inde, à qui ils demandaient de produire X quantités d’un produit médical Y, souvent avec un dosage moindre du principe actif pour réduire les coûts ». Pour ce qui est des autres points de la chaine, les scénarios décrits révèlent parfois l’implication d’agents travaillant chez les distributeurs officiels, des pharmaciens, des vendeurs de dépôts privés, ou encore des fonctionnaires d’Etat et des personnes corrompues du secteur de la santé.

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