Agriculture: Cap sur la modernisation
L’Algérie veut bâtir une agriculture moderne, numérique et compétitive, capable de répondre aux besoins nationaux tout en réduisant la dépendance aux importations. À cet effet, une nouvelle stratégie innovante est en cours d’élaboration par la tutelle. En misant sur la jeunesse, l’innovation et la transparence, le ministère de l’Agriculture ambitionne de transformer le secteur en véritable moteur de croissance économique et de souveraineté alimentaire.

Lors d’une rencontre nationale sur la modernisation du secteur, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, a lancé un message clair : l’Algérie doit en finir avec les approximations des chiffres et les données fragmentées pour bâtir des politiques publiques fiables. « Nous avons un problème avec les chiffres. Les vérités partielles sont pires que les mensonges », a affirmé le ministre, soulignant qu’il est impératif de reconstruire la chaîne de collecte et de traitement des données, depuis la base jusqu’au ministère. « On ne peut concevoir des décisions solides sans des résultats fiables », a-t-il insisté.
À cet effet, il a plaidé pour un travail de fond, allant « de la base jusqu’au ministère », afin de disposer de statistiques précises sur le secteur. Tout cela devrait passer par un vaste projet de numérisation et l’adoption de solutions scientifiques précises pour atteindre les objectifs fixés.
Le ministre a par ailleurs mis en avant la nécessité d’une plus grande proximité avec les investisseurs, les agriculteurs et les partenaires économiques, en plaidant pour un travail participatif entre les services agricoles, les chambres d’agriculture, ainsi que les organisations et conseils professionnels. «Nous devons écouter davantage les représentants des différentes filières afin de lever les obstacles qu’ils rencontrent, parfois faciles à résoudre », a-t-il déclaré.
Évoquant les difficultés structurelles, Yacine El-Mahdi Oualid a pointé le problème du respect des délais techniques et légaux dans l’exécution des programmes de développement agricole et rural. Il a annoncé à ce titre un renforcement du rôle de l’Inspection générale du ministère, afin de veiller au respect de ces engagements et d’accroître la rigueur dans le suivi des projets. Le ministre a également rappelé que l’Algérie dispose de capacités intellectuelles et professionnelles importantes, mais qu’elles doivent être mieux mobilisées collectivement. « Individuellement, l’agriculteur algérien a de grandes compétences, mais nous perdons parfois cette force dans l’action collective », a-t-il regretté, appelant à une mobilisation générale autour de la modernisation et de la numérisation du secteur.
Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des préparatifs de la prochaine conférence nationale sur la numérisation de l’agriculture, que le ministère entend placer au cœur de sa stratégie pour accroître la transparence, améliorer la gouvernance et renforcer la compétitivité du secteur agricole.
Dans sa vision stratégique, Yacine El-Mahdi Oualid a annoncé plusieurs axes de réforme majeurs. Il s’agit notamment de restructurer profondément les institutions agricoles qui n’ont pas évolué depuis l’indépendance et qui ne répondent plus aux réalités actuelles ; moderniser le secteur grâce à la mise en place de mécanismes de collecte de données précises et en temps réel, pour une prise de décision éclairée à travers les technologies avancées ; investir dans le capital humain et attirer les jeunes en s’inspirant des meilleures pratiques internationales pour améliorer la productivité ; réformer les mécanismes de financement et renforcer le soutien aux investisseurs nationaux et étrangers ; trouver un équilibre entre régulation du marché et augmentation de la production, afin de réduire la dépendance aux importations et résoudre définitivement les questions foncières, tant au nord qu’au sud du pays. « Le plus grand défi du secteur agricole reste l’amélioration de la productivité et l’utilisation optimale des ressources. Ces objectifs ne peuvent être atteints sans modernisation, sans s’inspirer des modèles internationaux réussis et sans investir massivement dans le capital humain », a conclu le ministre.
Par Sirine R.
