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Algérie-France: Le recul des échanges pèse sur les entreprises françaises

La dégradation des relations économiques entre l’Algérie et la France commence à produire des effets visibles sur le tissu entrepreneurial français. Près de 600 entreprises françaises liées au marché algérien ont fait faillite en 2025, dans un contexte marqué par le recul des échanges et par une concurrence internationale de plus en plus présente en Algérie. Ce chiffre, relevé dans une analyse de l’Institut Montaigne publiée en septembre 2026, met en évidence les coûts économiques d’une relation commerciale qui reste largement en deçà de son potentiel.

Ce constat est d’autant plus significatif que l’Algérie demeure un marché important pour les entreprises françaises. Malgré une proximité géographique évidente et des échanges historiquement soutenus, elle n’occupe que le troisième rang des partenaires de la France dans la région Afrique du Nord et Moyen-Orient, et la présence française y reste limitée à environ 500 entreprises.

Pour ces dernières, la situation se traduit par une réduction des débouchés dans un marché de plus de 45 millions d’habitants, engagé depuis plusieurs années dans une politique de diversification de ses partenaires économiques. Cette diversification profite d’abord à de nouveaux acteurs, notamment chinois, turcs et italiens. La Turquie compte désormais plus de 800 entreprises en Algérie et un stock d’investissements directs étrangers estimé à 4 milliards d’euros hors hydrocarbures. Dans les infrastructures et le BTP, les entreprises chinoises ont obtenu plusieurs grands contrats, tandis que les groupes turcs ont renforcé leur présence dans différents secteurs.

L’Italie s’est également imposée comme un partenaire majeur, en particulier dans l’énergie et l’industrie. Pour l’Algérie, cette recomposition constitue un atout : elle élargit ses possibilités de négocier ses approvisionnements, d’attirer des investissements et de sélectionner les partenaires répondant à ses priorités économiques, tout en diversifiant ses sources de financement, de technologie et de savoir-faire. Pour les entreprises françaises, en revanche, elle impose de composer avec une concurrence qui n’existait pas avec la même intensité il y a une dizaine d’années. Ce recul se vérifie jusque dans des secteurs traditionnellement dominés par la France.

Le cas du blé est particulièrement révélateur : alors que la France assurait jusqu’à 80 à 90 % des importations algériennes avant 2019, sa part est tombée à environ 30 %, la Russie ayant progressivement gagné du terrain. Là encore, cette évolution permet à l’Algérie de réduire une dépendance excessive à l’égard d’un seul fournisseur.

La relation économique n’est pas rompue pour autant. La France conserve une présence significative en Algérie, avec un stock d’IDE estimé à 2,8 milliards d’euros, ce qui en fait le troisième investisseur étranger. Les entreprises françaises y interviennent notamment dans l’agroalimentaire, la santé, l’électricité et les services, et génèrent plus de 40 000 emplois directs.

Cette implantation reste toutefois modeste au regard du potentiel du marché, comme le montre l’écart avec la présence turque, forte de plus de 800 entreprises. Cette différence illustre le déplacement progressif du centre de gravité des partenariats économiques de l’Algérie. Les PME françaises sont les plus exposées à cette évolution. Sur les quelque 5 000 entreprises françaises exportatrices vers l’Algérie recensées par l’Institut Montaigne, près de 600 ont disparu en 2025 dans le contexte de la crise.

Ces faillites montrent que les difficultés rencontrées sur le marché algérien ne concernent pas uniquement les grands groupes, mais aussi un tissu de petites et moyennes entreprises dont l’activité dépend directement des exportations. Dans ce paysage commercial en recomposition, les hydrocarbures constituent le principal élément de continuité. Les énergies fossiles représentent plus de la moitié des échanges entre les deux pays et près de 90 % des importations françaises en provenance d’Algérie.

Celle-ci occupe ainsi une place importante dans la diversification de l’approvisionnement énergétique français, puisqu’elle fournit environ 12 % du gaz naturel et 9 % du pétrole importés par la France, ce qui en fait son quatrième fournisseur de gaz. Pour Alger, ces exportations ont également contribué à améliorer les équilibres extérieurs, en particulier dans le contexte de la hausse des prix de l’énergie observée depuis 2022 : les réserves de change algériennes ont atteint environ 81 milliards de dollars à la fin de 2025.

Cette composante énergétique reste enfin un domaine de coopération industrielle, comme l’illustre l’activité de TotalEnergies dans le pays, avec une production annoncée d’environ 60 000 barils par jour et des projets menés avec Sonatrach.

Par S. R.

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