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Algérie-Niger: La diplomatie économique au service de la stabilité saharo-saharienne

Dans une conjoncture mondiale marquée par la recomposition des cartes géopolitiques et géoéconomiques, l’Algérie et le Niger amorcent un virage stratégique décisif. Invitée sur les ondes de la Chaîne III, l’expertise nationale décode les mécanismes d’un partenariat bilatéral repensé, où l’infrastructure et la coopération industrielle s’imposent comme les véritables remparts contre l’instabilité régionale.

La récente visite du président nigérien à Alger marque officiellement le retour à la normale entre les deux pays. Qualifiée de visite de « travail » et d’« amitié », cette rencontre de très haut niveau s’est distinguée par son approche éminemment technique et opérationnelle. Loin des simples formalités protocolaires, les discussions ont permis de poser les jalons d’une relation redynamisée, fondée sur le principe de la « fraternité », un vecteur indispensable à la reconstruction d’une confiance mutuelle durable.

Sur le plan multilatéral, ce réchauffement s’inscrit dans le strict respect des principes fondateurs de la diplomatie algérienne, hérités de la déclaration de 1954 : souveraineté nationale, intégrité territoriale et non-ingérence. Fait notable à l’ère moderne, cette notion de souveraineté a explicitement été étendue à l’espace digital. Face à la multiplication des cyberattaques et des menaces malveillantes à travers le cyberespace, la sécurisation des données virtuelles est désormais jugée aussi cruciale que la protection des frontières physiques.

Des pôles économiques frontaliers pour fixer les populations

Pour l’Algérie, la stabilité du Niger, qui constitue sa profondeur géographique naturelle, demeure une priorité absolue pour contenir les risques d’implosion dans la zone saharo-saharienne. Face à la prolifération des fléaux transfrontaliers (terrorisme, narcotrafic, flux migratoires clandestins et un stock estimé à un million d’armes en circulation dans la région), la réponse purement sécuritaire est jugée insuffisante.  « Il n’y a pas 36 000 solutions : soit vous menez des actions sécuritaires et militaires — ce qui est inhumain —, soit vous développez des zones », résume l’expert géoéconomique.

L’Algérie déploie ainsi une stratégie inspirée de la « politique de convergence » appliquée par l’Europe après la chute du mur de Berlin. Cinq zones économiques frontalières, dont une partagée avec le Niger, sont en cours de déploiement. Conçus comme de véritables « pôles économiques frontaliers », ces espaces industriels et commerciaux ont pour vocation de stimuler l’emploi local, de structurer le commerce légal et, par conséquent, de contenir la contrebande et les flux migratoires (dont 75% à 80% restent intra-africains). Les projets intègrent des actions ciblées telles que l’électrification des zones rurales frontalières et le développement de structures de formation professionnelle.

Le TSGP : Le mégaprojet de l’émancipation africaine

Le pilier de cette diplomatie énergétique est sans conteste la relance immédiate du projet de gazoduc transsaharien (TSGP) à travers le territoire nigérien, dont les travaux seront pris en charge par la compagnie nationale Sonatrach juste après le mois de Ramadan.

Au-delà de l’aspect solidaire inhérent aux relations de bon voisinage, ce projet structurant obéit à une logique de rentabilité mutuelle. Le Niger bénéficiera de dividendes directs et de royalties (en nature ou financières), tandis que l’Algérie consolidera son rôle de hub et d’intermédiaire énergétique incontournable vers un marché européen en demande exponentielle.  Cette démarche s’étend plus largement à une « diplomatie minière » à l’échelle du Sahel. À l’image des mémorandums signés avec le Burkina Faso, pays dont le secteur minier représente 15% du PIB et 75% des exportations, l’objectif est de sanctuariser une « aire d’intérêt commun ».

En opposant un modèle de coopération partagée aux anciennes pratiques de « siphonage » des ressources naturelles par des puissances extra-régionales, l’axe Alger-Niamey pose les fondations d’une Afrique qui prend en charge ses propres défis et s’émancipe économiquement.

Par Hadi Reda

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