Association nationale « Club Energy » : L’application de l’IA dans l’énergie et l’économie en débat
L’Association nationale « Club Energy » a organisé, samedi à Alger, une table ronde consacrée à la « Genèse et l’application de l’intelligence artificielle dans l’énergie et l’économie en général : le cas de l’Algérie ». Une rencontre qui a réuni experts, universitaires et professionnels autour d’un thème désormais central dans les dynamiques de transformation économique et technologique.

Dans son allocution d’ouverture, le président du Club Énergie, Daoud Sahbi, a souligné l’importance de cette rencontre, précisant que cette table ronde, la première de l’année 2026, s’inscrit dans une démarche pédagogique assumée. Selon les organisateurs, il ne s’agit pas seulement d’un débat, mais d’un véritable parcours de compréhension de l’intelligence artificielle, animé par des experts algériens de haut niveau, afin de dépasser les idées reçues et d’aborder l’IA comme un phénomène déjà profondément ancré dans les réalités économiques et industrielles.
Longtemps cantonnée au champ académique, l’intelligence artificielle s’est imposée, en l’espace de quelques années, comme un levier stratégique de transformation économique, industrielle et sociale. Elle modifie en profondeur les modes de production, de gestion, de prévision et de prise de décision, aussi bien dans les économies avancées que dans les pays émergents. Dans le secteur de l’énergie, elle intervient désormais sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’optimisation des réseaux aux énergies alternatives, tout en irriguant des secteurs aussi variés que la finance, l’industrie, l’agriculture, les transports, la santé et l’administration publique.
Pour l’Algérie, ces mutations représentent à la fois un défi majeur et une opportunité historique. Un défi, car l’adoption maîtrisée de l’IA suppose des investissements importants dans les données, les infrastructures numériques, les compétences humaines et les cadres réglementaires. Mais aussi une opportunité stratégique pour renforcer la performance économique, la résilience du système productif et la souveraineté technologique dans un contexte mondial incertain.
La table ronde s’est voulue un espace de réflexion et de concertation autour de plusieurs axes clés, notamment la genèse et l’évolution de l’intelligence artificielle à l’échelle mondiale, ses applications concrètes dans l’énergie et l’économie, ainsi que les conditions nécessaires à une adoption réussie et éthiquement maîtrisée.
La première communication a été consacrée aux fondements scientifiques de l’intelligence artificielle. Animée par le professeur Yousef Saad, enseignant distingué à la faculté des sciences et de l’ingénierie de l’Université du Minnesota, cette intervention a retracé l’évolution de l’IA, depuis les approches symboliques jusqu’à l’essor du numérique, du data mining, des réseaux de neurones et, plus récemment, des modèles génératifs et des transformateurs. Le conférencier a mis en évidence le rôle déterminant de trois facteurs dans l’accélération de l’IA : la disponibilité massive des données, les progrès du matériel informatique, notamment les GPU, et l’amélioration continue des méthodes algorithmiques.
Le professeur Saad a également attiré l’attention sur les impacts énergétiques de cette révolution technologique, soulignant que si l’intelligence artificielle constitue un outil puissant d’optimisation et d’aide à la décision, elle demeure fortement consommatrice d’énergie, posant ainsi de nouveaux défis en matière de durabilité.
La deuxième communication a porté sur les applications opérationnelles de l’intelligence artificielle dans l’énergie et les autres secteurs économiques. Le docteur Abderrahmane Seridji, expert praticien et spécialiste en IA, a mis en lumière les conditions d’utilisation de l’IA dans des domaines concrets tels que l’industrie, l’agriculture et les services, en insistant sur les prérequis technologiques, organisationnels et humains nécessaires à son déploiement efficace. Pour lui, adopter l’IA, c’est renforcer la souveraineté énergétique et piloter la transition avec lucidité et efficacité. Au passage, il a cité l’exemple des compagnies qui maîtrisent la donnée : elles maîtriseront la compétitivité énergétique des 20 prochaines années.
Concernant l’Algérie, le Dr Abderrahmane Seridji a indiqué que l’IA doit être au cœur des besoins du pays, en affirmant que l’IA n’est pas une technologie pour remplacer l’humain, mais pour l’aider, le soulager et lui faire gagner du temps. « L’IA n’est pas une question de futur lointain, c’est une question de souveraineté, d’efficacité et de développement aujourd’hui. Pour l’Algérie, l’enjeu n’est pas d’imiter, mais de choisir intelligemment », conclut-il.
Enfin, la troisième communication a été consacrée au cas algérien. Le docteur Ali Kahlan, expert et analyste des processus de numérisation en Algérie, a abordé les défis liés à la mise en place d’écosystèmes numériques nationaux, à la digitalisation des secteurs public et privé, ainsi qu’aux contraintes structurelles à lever pour permettre une intégration réelle de l’intelligence artificielle dans le tissu économique national. En somme, cette table ronde marque le point de départ d’un cycle de réflexion stratégique sur l’intelligence artificielle en Algérie, à un moment où la maîtrise de cette technologie apparaît plus que jamais comme un facteur clé de compétitivité, de souveraineté et de développement durable.
Par Zahir Radji.
