Avec l’exploitation de la mine de Gara Djebilet: L’Algérie renforce sa souveraineté industrielle
L’entrée en exploitation progressive du gisement de fer de Gara Djebilet marque un tournant pour le secteur minier national, appelé à changer d’échelle dans les prochaines années. À travers ce projet structurant, l’Algérie vise une production cumulée de 20 millions de tonnes de minerai de fer à l’horizon 2032 et une hausse significative du poids des mines dans la richesse nationale, avec une contribution attendue de 5 % au produit intérieur brut, contre environ 1 % actuellement.

Intervenant sur les ondes de la « Chaîne I » de la radio nationale, le chef de cabinet de la secrétaire d’État chargée des mines auprès du ministre des Hydrocarbures et des Mines, Djamel Eddine Choutri, a qualifié le lancement de l’exploitation de Gara Djebilet de « rêve devenu réalité », soulignant son impact direct sur la dynamique industrielle et la souveraineté économique du pays. Selon lui, la particularité du site repose sur son mode d’exploitation à ciel ouvert, qui permet de réduire sensiblement les coûts de production, d’autant plus que le projet s’appuie sur un mix énergétique intégrant le gaz et l’énergie solaire.
Le plan de développement prévoit une première phase avec une capacité d’extraction de 4 millions de tonnes par an. Le traitement primaire du minerai débutera sur le site de Gara Djebilet à partir du mois de mai prochain, avant l’acheminement de la matière vers Béchar pour des opérations complémentaires de transformation. Le minerai sera ensuite orienté vers les unités industrielles, notamment Tosyali à Oran et l’unité de traitement de Béchar, dont l’entrée en service est annoncée pour la fin de l’année 2027. À terme, sur la période allant jusqu’en 2032, 20 millions de tonnes de minerai seront extraites, permettant de produire environ 10 millions de tonnes de concentrés et de boulettes de fer.
Djamel Eddine Choutri a insisté sur l’effet d’entraînement attendu sur l’ensemble de la filière. « La disponibilité locale de cette matière première va renforcer la souveraineté industrielle et économique de l’Algérie », a-t-il affirmé, rappelant que la production nationale actuelle de minerai de fer ne dépasse pas 900 000 tonnes par an, principalement dans l’est du pays, au profit du complexe d’El Hadjar et de certaines unités industrielles. Le saut de capacité attendu avec Gara Djebilet doit donc profondément modifier la structure d’approvisionnement du marché national.
Le responsable a également mis en avant l’importance des infrastructures associées, en particulier la nouvelle ligne ferroviaire dédiée, qu’il a présentée comme « une réponse au défi géographique et logistique », indispensable pour relier le gisement aux zones de transformation et aux pôles industriels. Au-delà de l’extraction, le projet s’inscrit dans une vision plus large d’intégration industrielle, avec la création programmée d’une ville minière intégrée. Les assiettes foncières ont déjà été identifiées pour accueillir les futures installations et les bases de vie.
À court terme, le projet devrait générer environ 500 emplois directs, avec une montée en charge progressive au fur et à mesure de l’extension des capacités et de l’entrée en activité de nouvelles unités. « L’objectif est aussi de mieux positionner l’Algérie dans les chaînes de valeur productives, à travers une transformation locale plus poussée », a expliqué Djamel Eddine Choutri.
Au-delà de Gara Djebilet, un portefeuille de projets majeurs en déploiement
Cette montée en puissance s’inscrit dans une stratégie minière plus large, qui englobe également d’autres projets structurants. Le responsable a cité le projet zinc-plomb d’Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, qui doit démarrer prochainement avec une capacité de traitement de 2 millions de tonnes de minerai par an pour produire 170 000 tonnes de zinc et 30 000 tonnes de plomb, tout en générant 800 emplois directs et près de 4 000 emplois indirects.
Il a également rappelé l’importance du projet phosphate de Tébessa, entièrement algérien, qui vise une extraction de 10 millions de tonnes de minerai par an et la production de 6 millions de tonnes d’engrais, avec 1 200 emplois directs à la clé et des exportations prévues à partir de 2027. L’enjeu dépasse la seule production minière. Il s’agit de bâtir un écosystème industriel intégré, créateur de valeur ajoutée et d’emplois, capable de porter durablement la contribution du secteur des mines à 5 % du PIB. Gara Djebilet apparaît ainsi comme la pierre angulaire de cette nouvelle trajectoire.
Par Selma R.
