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Chronique Eco/ Conflictualité, souveraineté, dépenses de défense : quelle politique industrielle ?

Chemin faisant, notre chronique économique a évolué crescendo pour devenir une chronique de géopolitique. Ça n’a pas été un choix délibéré ou souhaité ; ce sont les évènements économiques et géopolitiques, nous interpellant au quotidien, qui ont provoqué cette évolution. Les questions géopolitiques sont devenues présentes et prégnantes à tous les niveaux de la conception de la décision y compris dans le domaine économique national. La géopolitique a-t-elle « détrôné », peut-on dire, la mondialisation ?

Pour paraphraser et adapter une célèbre réflexion d’un idéologue du siècle dernier : « Tous nos problèmes sont des problèmes mondiaux et tous les problèmes mondiaux sont nos problèmes ». La crise du détroit d’Ormuz en est la parfaite illustration de la géopolitique de l’énergie et donc de l’économie. L’interconnexion entre les économies nationales est présente à tous les niveaux et aucune économie ne peut vivre en autarcie, combien même le souverainisme ambiant est devenu le leitmotiv de toutes les politiques économiques. Souveraineté alimentaire, souveraineté énergétique, souveraineté numérique, souveraineté pharmaceutique, …sont des objectifs, le plus souvent,  recherchés par les Etats et les rapports officiels. Le COVID19 est passé par là !!!

La conflictualité a beaucoup augmenté ces dernières années dans toutes les régions du Monde. Le droit international a été mis sous le boisseau, les institutions internationales qui ont souvent joué, depuis la seconde guerre mondiale, le rôle de régulation des relations économiques, sont elle aussi marginalisées, voire ignorées (OMC, AIEA, WB, …). Les conflits et les différends sont traités par la force militaire. Même les alliances traditionnelles de défense sont en difficulté, c’est le cas de l’OTAN qui connait actuellement des dissensions sérieuses à l’intérieur, particulièrement entre le Leader de l’Organisation(EU) et certains européens, suite à des désaccords sur la crise du moyen orient et en Ukraine.

 L’Amérique veut retirer, au nom du réalisme économique, sa protection de l’Europe qui lui revient chère et sans contrepartie. Cette Europe si puissante économiquement, est-elle vulnérable à ce point pour avoir peur d’un retrait du parapluie américain ?  Pourtant la menace « soviétique » qui a été l’un des motifs de la création de l’OTAN n’est plus de ce monde et la Russie a été réduite à un Etat moyen (hors capacités nucléaires), d’ailleurs embourbée depuis plus de 4 ans dans une guerre avec l’Ukraine et dont l’issue n’est pas encore à l’horizon. De décompositions en recompositions des alliances, le Monde s’emballe dans ce qui est le plus sûr pour chaque pays, la dotation en armement.

La course à l’armement n’a jamais été aussi effective que depuis ces trois dernières années ; rien qu’à observer les budgets de défenses des pays, développés ou émergeants pour se rendre compte de cet état de fait. Les dépenses totales mondiales de la défense en 2024 ont atteint 2.800 Mds de $, (2.5% du PIB mondial), les pays en conflit ont vu leur budget défense passer de 1,9% à 4.4% en moyenne du PIB. En Europe, les budgets ont augmenté de 17%, alors que les projections pour 2035 pour l’OTAN sont de 3.5% du PIB, la France grand pays producteur d’armement a atteint le seuil minimum de l’UE de 2.5% du PIB. L’Allemagne a augmenté son budget défense en un an de 25% et l’Espagne de 50%. Les pays les plus « militarisés » sont la Pologne avec 4,2% du PIB et les EU avec 3,4% du PIB. (Source pour toutes les données chiffrées : SIPRI Military Expenditure Database, avril 2025.)

Derrière ces budgets de la défense, beaucoup de pays ont mis en place des stratégies industrielles bien alignées sur la commande publique. La commande publique a toujours été un instrument pour doper la croissance ; le budget de la défense ne doit pas déroger à cette règle. Une industrie de l’armement (fabrications militaires) est une industrie comme une autre, elle a en plus des facteurs liés à la haute technologie, à la recherche développement et à un marché orienté sur des spécifications du client, qu’il soit national ou à l’exportation. Par ailleurs, la commande publique doit irriguer le tissu industriel du pays et en particulier les PMEs technologiques. Contrairement à d’autres domaines de souveraineté, celle de la défense (militaire) est la plus difficile à réaliser.

D’une part elle dépend du risque estimé d’un conflit et de la puissance de l’adversaire et d’autre part du volume budgétaire à mobiliser et dont les matériels risquent de ne pas être utilisés et dont le retour sur investissement au sens économique stricte est quasi-nul. C’est pourquoi, lorsque l’industrie militaire nationale est développée, l’impact de la dépense publique sur la croissance est réel ; le coût social (effort budgétaire de la Nation) est ainsi atténué. Cette course à l’armement fait l’affaire des pays industriels exportateurs traditionnels de matériels militaires. Dans les grands pays exportateurs de matériels militaires, c’est le secteur privé qui a la part du lion à l’image des USA, de la France, de la Grande Bretagne ou de l’Italie.

La sécurité, comme la santé, n’a pas de prix, mais elle a un coût. Une industrie militaire peut être un moteur de croissance, un facteur d’innovation et un support pour la recherche-développement. Le transfert des technologies militaires vers l’industrie privée est souvent recherché dans les stratégies industrielles nationales. Internet, la mécanique de précision, l’électronique embarquée, l’aéronautique, la cybersécurité, les matériaux spéciaux et autres produits sont nés dans la sphère militaire avant leur transfert vers le secteur civil. Cet impact sur l’économie nationale est très recherché par les politiques industrielles.

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