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Chronique Eco// D’autres temps, d’autres mœurs

Qui aurait imaginé qu’un jour le temple du libéralisme et du compter sur soi devient d’abord le plus protectionniste par des niveaux de droits de douanes ahurissants pour certains produits et surtout le pays où le populisme devient une idéologie massive. Donald Trump semble prêt à donner un chèque pour tous les américains ou presque. Voilà un RSA à la française.

 « Un dividende d’au moins 2.000 dollars par personne (n’incluant pas les gens à haut revenu) sera payé à chacun », a-t-il annoncé ce weekend, sur Truth Social. C’est la seule réponse qu’il a trouvée pour la défaite de son parti et surtout la sienne dans les élections du maire de New York. Une réponse comme l’aurait donnée tout autocrate d’un pays du Sud disposant d’une rente. Et voilà que Trump arrose les américains avec l’argent des droits de douanes, autrement dit, il s’est créée une « rente » et c’en est une si l’on considère que le marché américain est la destination de plusieurs milliers de Milliards de $ venant de tous les continents. Beaucoup d’économies, du Nord comme du Sud étoufferaient sans le marché américain.  Les recettes douanières dépassent 30 Mds de $ par mois, contre 9 Mds avant la mise en place du nouveau dispositif de protection. Avec ce chèque aux américains, le président tente de régler deux problèmes, l’un économique, celui de compenser l’augmentation des prix induite par les nouveaux droits de douanes (inflation autour de 5%, niveau jamais atteint depuis très longtemps), et l’autre politique, celui de séduire les américains suite à l’échec de NY et à les préparer aux prochaines élections à mi-mandat.

Et voilà la boucle est bouclée avec la déclaration de l’Autocrate de Washington : « Les gens qui s’opposent aux tarifs (douaniers) sont fous ! Nous sommes maintenant le pays le plus riche, le plus respecté du monde, avec quasiment pas d’inflation et une valorisation boursière record. L’épargne retraite est au plus haut. Nous encaissons des milliers de milliards de dollars, et nous commencerons bientôt à rembourser notre énorme dette de 37.000 milliards ». Dans ce contexte féérique de l’Amérique, donner un chèque de 2000 $ à chaque américain représente une somme énorme, mais rien ne vaut la popularité d’un président. Quand le populisme pénètre l’Amérique, pays de la rationalité et du pragmatisme, rien n’étonne dans les autres contrées.

A l’autre bout de l’atlantique, un autre pays, longtemps considéré comme le pays de l’Etat-providence, de la redistribution des ressources, de la solidarité et des services publics pour tous, la France, plonge dans une crise jumelle (politique et économique)  sans précédent. Au contraire de Trump qui remet un chèque, la France négocie son budget autour de suppressions d’aides aux plus démunis et aux étudiants étrangers. Pour ces derniers le montant est dérisoire, moins de 200 Millions d’Euros.

La France a moins du 10ème de la dette américaine, cependant, l’économie américaine est plus dynamique et moins vulnérable.

« La charge des intérêts de la dette publique française augmente rapidement, atteignant 65 milliards d’euros cette année et 74 milliards prévus en 2026. Cette hausse pèse lourdement sur le budget de l’Etat, dépassant bientôt les dépenses pour la Défense et approchant celles de l’Education nationale. » (Les Echos du 06 nov. 2025).

La crise a démasqué toutes les failles du capitalisme, qu’il soit ultra libéral ou social. Les réponses à la crise semblent converger vers un protectionnisme et une fermeture des frontières aux marchandises venant d’ailleurs ; la cible est connue : la Chine.

En attendant, « les exportations chinoises vers l’Europe représentent 16 % du total parti de Chine, contre 10 % vers les Etats-Unis. C’était l’inverse il y a quelques années. Il y a donc redirection. Beaucoup disent maintenant qu’il faut fermer temporairement l’Europe, pour la laisser se réarmer industriellement et logistiquement, sinon le tsunami détruira toutes ses PME industrielles de la Pologne à la Bretagne ». La concertation et même la solidarité atlantique ou occidentale ou encore Nord global fonctionnent bien. Ce n’est pas le cas pour le Sud Global. Il est encore représenté par une poigné de pays émergents, à leur tête la Chine qui fait cavalier seul pour le moment. La Russie déconnectée des CVM. L’Inde et le Brésil orientent leur commerce extérieur vers la Chine par défaut (protectionnisme américaine) et non par choix stratégiques. L’Inde se cherche pour le moment, un pied dirigé vers les USA et un autre vers la Chine L’Afrique du Sud n’a pas la taille critique pour influencer le mouvement du commerce mondial. 

La Chine est aussi un vrai obstacle à la compétitivité des entreprises du Sud : les prix et la qualité des biens industriels et technologiques chinois sont imbattables. La domination chinoise n’est pas seulement sur les marchés internationaux mais aussi sur les marchés domestiques des pays du Sud.

L’Europe est très proche de tomber sous un double protectorat, américain pour le digital et chinois sur l’industrie. Le monde bouge, les Etats sont bousculés, les peuples sont inquiets. Le monde économique de demain ne sera pas celui d’aujourd’hui : les nouveaux temps seront plus difficiles pour tout le monde. Il y a des Etats qui cherchent à travers des stratégies de faire des anticipations sur les enjeux futurs alors que d’autres persistent à considérer que les anticipations sur l’avenir ne sont que des spéculations hors sol. Qui aura raison ? Qui vivra verra.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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