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Chronique Eco/ Economie et géopolitique : qui aura le dernier mot ?

L’économie a toujours été influencée par les questions géopolitiques. De même, la géopolitique est fortement impactée par les relations économiques entre les Etats. L’économie fonctionne selon des logiques et des règles relativement stables dans le temps.

A contrario, la géopolitique a plutôt une dimension conjoncturelle très prégnante ; elle a des fondements liés aux rapports de forces et aux considérations de toutes natures, celles se rapportant à l’économie, à la géographie, à la diplomatie et d’une façon générale aux relations internationales. En période de paix et/ou de prospérité, l’économie est plus ou moins indépendante de la géopolitique, sauf à considérer les questions du commerce international.

Avec la mondialisation, le rapprochement entre les deux disciplines s’est renforcé et les spécialistes des deux disciplines alimentent leurs boites à outils respectives par les dimensions de l’autre partie. Ainsi, les analystes de l’économie intègrent les dimensions géopolitiques lorsqu’ils considèrent l’impact significatif ou du moins déterminant pour la compréhension des phénomènes observés. A titre d’exemple, dans une zone de conflit, les coûts de transport deviennent excessifs et entrainent des charges additionnelles pour les marchandises et peuvent avoir un impact sur l’inflation dans le pays de destination de ces marchandises.

Le Libre-échange a ouvert les marchés à tout le monde par une « suppression » relative des frontières commerciales, mais n’a pas supprimé les frontières politiques dites de souveraineté. De même l’analyste en géopolitique intègre les dimensions économiques dans ses analyses s’il veut comprendre certains facteurs économiques impactant la géopolitique. Il en est ainsi de la question de l’énergie. Cette matière première stratégique est singulière dans sa production, son financement, son commerce et surtout ses prix. Son impact sur toutes les économies et très important.

Finalement les relations entre les deux sont évidentes, tautologiques et même « fusionnelles ». La guerre au Moyen-Orient est l’exemple d’une crise géopolitique de premier rang. Au-delà de ses multiples  caractères, idéologique, politique, militaire et même civilisationnelle (au sens de Huntington : Le Choc des Civilisations), la crise s’est métamorphosée, chemin faisant, en crise économique mondiale, parce que l’énergie commence à manquer, les coûts de transports ont explosé suite à l’augmentation des assurances, les installations économiques énergétiques détruites, les banques centrales en alerte  et l’inflation commence à s’installer, sans parler du dollar et de son rôle dans le commerce mondial.

L’économique est devenu la porte de sortie de la crise. Comment libérer et sécuriser les voies de communication, comment reprendre l’activité des complexes énergétiques etc. ? L’Iran, en détenant le levier du détroit d’Ormuz, exige même des préalables à la négociation comme la récupération des fonds gelés dans les Banques américaines. Les questions économiques sont au cœur de la crise, aussi bien du côté des motifs de la guerre (contrôle du pétrole de la région et du système pétrodollars), que du côté des conditions de sortie de la crise. Historiquement, les guerres se déroulaient entre pays limitrophes, des guerres de territoires et de frontières ; maintenant elles peuvent se dérouler à distance, sur deux continents. L’espace géographique est neutralisé.

Ni les USA, ni Israël n’ont une frontière avec l’Iran et pourtant ils livrent des batailles destructrices, meurtrières et surtout impliquant d’autres pays qui n’ont en principe aucun lien avec les belligérants. C’est ici où la géopolitique prend tout son sens. Cette guerre sans terre, hors sol, est rendue possible grâce à la sophistication des armements. Il n’y a pas d’occupation de sols, mais seulement des destructions de ce qu’il y a sur ce sol : population, biens, bâtiments, infrastructures…Une mondialisation de la guerre en somme.

La fermeture du détroit d’Ormuz impacte d’autres pays qui peuvent aussi être éloignés des belligérants ou, au contraire, dans la proximité de l’un ou de l’autre de ces derniers. La sortie de crise dans le cas du Moyen-Orient pourrait se faire par la voie d’accords économiques de long terme, s’il n’y avait pas Israël comme partie prenante. Ce dernier pays n’a pas, pour le moment, des intérêts économiques dans les pays de la région ; il veut élargir son espace et son influence ; il fait une guerre de territoire, d’où la différence des objectifs avec les USA, qui eux restent profondément attachés aux intérêts économiques, financiers et monétaires (énergie, les pétrodollars et l’hégémonie du dollar dans le monde).

Les négociations à venir et leur aboutissement nous éclaireront sur les vrais objectifs de cette guerre et les bénéficiaires potentiels ou réels. La Turquie ne tardera pas à s’impliquer d’une manière ou d’une autre dans les processus en cours. Le leadership probable de l’Iran et l’émergence du Pakistan comme acteur de premier plan mettent à mal la stratégie économique affichée par la Turquie dans la région.

Nous sommes réellement dans la Géopolitique de l’Economie. 

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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