CHRONIQUE ECO ———————————————————————–La démographie, le gaz et l’IA pour redresser l’économie ?
Par Anouar el Andaloussi
Pendant longtemps, on a cru que le problème de démographie ne se posera jamais pour faire fonctionner l’économie. On a commencé à croire que les énergies fossiles (hydrocarbures) n’ont pas pour longtemps. Et maintenant, c’est le tour de l’IA de jouer la vedette. En réalité tout s’emboite pour assurer une continuité de l’activité économique. Ce qui est intéressant à comprendre, ce sont les formes, les modalités et les rythmes dans les transitions pour chaque type de phénomène.
La démographie est le phénomène le plus ancien et qui va continuer à exister tant que l’humanité existe. Le monde a vécu des moments graves de rupture dans les cycles de renouvellement de la population, mais sur le long terme la population n’a jamais cessé de croitre, sauf à de rares exceptions et dans certaines régions, suite à des guerres ou des épidémies. Vite le rythme de croissance aura repris et l’abondance de la main d’œuvre redevient l’une des caractéristiques principales du capitalisme. L’excédent de force de travail sur le marché est une nécessité pour le capital.
Quand des pays sont en déficit de main d’œuvre, ils font appel à la main d’œuvre étrangère pour faire l’appoint ou pour faire face à une conjoncture passagère. Depuis le début de ce siècle, certains pays commencent à connaitre des déficits chronique en main d’œuvre et voient leur population diminuée ou changer de structure en inversant la pyramide des âges. Les pays les plus touchés par ce phénomène de perte de la population sont généralement des pays avancés, riches, industrialisés, comme le Japon, la Corée du Sud, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et même la Russie. Tous ces pays ont un taux de fécondité/femme inférieur au seuil de renouvellement naturel (2.1 enfants par femme).
Ces pays, après avoir pratiqué des politiques de contrôle de l’immigration, s’ouvrent aujourd’hui à la main d’œuvre étrangère pour combler les déficits intérieurs dans plusieurs secteurs. L’Allemagne a été le premier de l’UE à avoir autorisé l’entrée de population immigrée de manière massive en 2011/2012 en recevant près d’un million de syriens, souvent en familles entières. L’Italie et l’Espagne se lancent dans des opérations de régularisation des immigrés clandestins ou par des visas d’entrée par vague. Ainsi l’Espagne organise une opération touchant plus de 500.000 personnes et l’Italie annonce un programme de 950.000 personnes étalé sur trois ans. La population allemande a baissé de 100.000 personnes en 2025.
Le Japon perd entre 300.000 et 500.000 personnes chaque année malgré une augmentation importante de la longévité. L’immigration régulière, en recul, ne peut plus compenser le déclin démographique naturel. Seules la France et la Grande Bretagne maintiennent un contrôle strict sur les flux migratoires ; la première organise plus d’expulsion des sans-papiers (+15.7% en 2025) et moins de régularisation (-10% EN 2025), alors la seconde voit sa population immigrée baissée. Jusqu’à quand ces deux pays vont résister au manque de main d’œuvre ; c’est le cas aussi du Japon et de la Corée du Sud qui demeurent fermés à l’immigration. L’Afrique garde le Leadership mondiale en matière démographique, le Niger à l’honneur avec 7 enfants par femme.
Voyons ce qu’il se passe du côté des énergies fossiles. Le gaz a le vent en poupe en ce moment. Il a été plébiscité par beaucoup de pays pour sa faible émission de gaz à effet de serre et par sa combustion moins polluante, comparé au charbon et au pétrole. Il a été aussi préconisé pour organiser une transition des énergies fossiles vers les énergies renouvelables. Les contraintes liées à son transport ont toujours été un facteur de limitation en raison des coûts exorbitants dans la liquéfaction et la regazéification. Aujourd’hui, de grands investissements sont engagés dans ce domaine.
En effet, les investissements dans le GNL explosent (exemple de TotalEnergies qui a mis 20 Mds de $ pour le redémarrage de son usine au Mozambique). De gros investissements se mettent en place en Europe aussi pour recevoir le gaz de schiste américain. L’AIEA estime que dans les 5 prochaines années des projets d’une capacité totale de 300 Mds de m3 par an seront mises sur le marché et l’essentiel de ce volume viendra des USA et du Canada. La décarbonation peut attendre. Le prix du gaz peut connaitre une baisse dans les années à venir. Le gaz a encore une longue vie. Son prix peut baisser si l’on considère les réserves de gaz disponibles dans le monde. En effet, le gaz est disponible un peu partout dans le monde (toutes ses formes, conventionnel, de schiste, bitumeux, …).
L’IA est sur toutes les lèvres, sur tous les magazines, sur toutes les revues scientifiques et les programmes universitaires. Elle annonce des merveilles tant dans le domaine économique que dans la vie de tous les jours. Elle assiste l’homme, parfois le remplace, souvent le surveille et même peut le déresponsabiliser. Dans le sillage du déclin démographique, l’IA peut faire l’affaire en accomplissant totalement ou partiellement des tâches humaines, c’est l’un de ses apports à la civilisation humaine.
Mais parallèlement, elle peut déshumaniser les relations sociales, déresponsabiliser des actes commis par elle qui sont répréhensibles ; elle peut détruire l’éthique et les valeurs morales. Soit, mais ceci ne doit en aucun cas limiter son action et son développement au profit de cette même humanité en apportant des solutions aux nombreux problèmes de santé, de mobilité, de sécurité etc… Le problème est de trouver les formes et les moyens pour la réguler, la contrôler, la canaliser etc… Dans le même sillage du développement durable et de la réduction des émissions de GES, l’IA s’avère énergivore. Au stade de son développement actuel (début), elle consomme (Data Center) plus de 2% de l’énergie consommée dans le monde, l’équivalent de la consommation d’une ville comme Tokyo.
Cherchons l’équilibre entre tous ces paramètres : Population, Energie, Technologie numérique. L’intelligence humaine doit trouver cet équilibre si elle veut garder une certaine légitimité et une certaine supériorité.
ANOUAR EL ANDALOUSSI
