Chronique Eco————————————————————————La guerre au moyen orient met les banques centrales sous pression
Par Anouar el Andaloussi
A première vue, la guerre au Moyen Orient a et aura des impacts significatifs sur l’énergie ; c’est le principal secteur d’activité et de richesse dans la région. Mais l’énergie est présente dans tous les secteurs d’activités économique et sociale et dans toutes les régions du monde. L’énergie est consommée aussi bien par les activités économiques (l’industrie, l’agriculture, le transport, le tourisme les services …) que par les particuliers. Ainsi, tout changement dans l’offre ou dans les prix affecte tous les autres secteurs et les particuliers. Le Moyen Orient est le réservoir mondial des hydrocarbures ; il concentre plus du tiers de la consommation mondiale. Une destruction des installations ou même une perturbation des réseaux de transports peuvent avoir des impacts sur les marchés mondiaux de l’énergie. C’est ce que nous vivons depuis le début de cette guerre. Les prix ont grimpé de plus de 20% pour le pétrole brut et plus de 40% pour le gaz en moyenne (GN, GPL et GNL) et ce malgré les mesures prises par les grands consommateurs en puisant dans leurs réserves (AIE, Japon, Chine, Corée du Sud…) et la suspension de l’embargo pour un mois sur les exportations russes. L’Inde et la Corée du Sud sont déjà alimentées par la Russie.
Les destructions dans les installations pétrolières et gazières aux EAU, au Qatar, en Arabie Saoudite et bien-sûr en Iran, sont de nature à prolonger le choc sur l’énergie même après l’éventuel accord de cessez-le-feu, car la reprise des activités nécessitera des réparations coûteuses et des délais assez longs. Certains pays ont décidé d’arrêter ou de diminuer l’activité de certaines industries grandes consommatrices d’énergie, c’est le cas notamment de l’acier, des ciments, des engrais, ou de l’aluminium.
Cette situation va impacter, par effet de cascade, l’ensemble des économies. Les chaines de valeurs sont éclatées entre plusieurs pays ou régions et la transmission des hausses de prix de l’énergie se fait très rapidement et aucun pays n’est à l’abri d’une inflation directe ou importée. L’OCDE a revu à la hausse ses taux d’inflation pour l’année en cours ; à titre d’exemple, en France le taux est relevé de 1.3% à 1.9%, dans la zone Euro il passe de 1,9% à 2,4%, alors qu’au USA, il est revu à 4,2%.
Les Banques Centrales sont appelées à réagir si l’on veut maitriser un tant soit peu la spirale inflationniste. Dans une première phase, elles peuvent agir par les instruments de la politique monétaire (taux directeur, ou de réserves obligatoires ou encore sur le marché interbancaire dans une marge très limitée), mais elles seront amenées, à un moment, à arbitrer entre l’inflation et la croissance. Les Banques Centrales ont le mandat de lutter contre l’inflation en priorité, ce qui peut conduire à affecter la croissance. Comme la cause est un choc de l’offre d’un bien, le risque d’une stagflation (inflation avec une baisse de la croissance) est réel ; ce qu’aucun pays ne souhaite vivre. Les Banques centrales seront soumises à rude épreuve pour juguler l’inflation, surveiller les déficits et l’endettement et éviter une récession. La situation est encore plus complexe lorsque le pays est confronté à des déficits jumeaux. Un exercice périlleux pour beaucoup de banques centrales dont les pays sont endettés, avec des déficits budgétaires et grands importateurs d’énergie (la majorité des pays de l’OCDE, Chine, Inde, Vietnam…).
Ci-après quelques réactions de certaines Banques centrales face aux risques liés à la guerre au Moyen-Orient (synthèse FMI, OMC, WEF) : « L’inflation liée aux matières premières découlant de perturbations de l’offre ne peut être traitée par un resserrement de la demande sans risquer une récession. La Banque d’Angleterre a annulé les baisses de taux prévues et pourrait devoir les relever (IPC révisé de ~2 % à 3%. La BCE(UE) met en garde contre la stagflation dans la zone euro. La Fed (USA) fait face à un débat interne intensifié, les baisses de taux étant désormais bien moins probables. Des pays du Chili à la Pologne révisent à la baisse leurs attentes de baisses de taux. En Asie-Pacifique, l’inflation régionale pourrait atteindre 4,6 % en 2026 contre 3,5 % en 2025. »
Les pays exportateurs d’hydrocarbures (OPEP, USA, Russie…) sont évidemment moins exposés à ces vulnérabilités ; Ils peuvent même tirer profit de cette situation et compenser l’inflation importée par des revenus additionnels induits par la hausse des prix de l’énergie. Bien entendu, les pays en développement importateurs d’énergies sont les plus exposés aux conséquences de cette crise impactant toutes les économies.
La situation économique est devenue tellement critique que même l’ONU, à travers son Secrétaire Général, s’inquiète plus des conséquences économiques de la guerre que de la situation des populations civiles ou de l’extension du conflit à l’ensemble de la région et au-delà. En effet, Guterres a consacré l’essentiel de son discours à l’ONU aux impacts économiques de la guerre sans faire référence aux morts civiles et particulièrement les 175 enfants de l’école de Téhéran bombardée le premier jour de l’agression israélo-américaine sur l’Iran. Ce sont ces impacts économiques de la guerre qui vont amener les américains à cesser l’agression.
ANOUAR EL ANDALOUSSI
