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Chronique Eco/ La guerre, la crise de l’énergie et l’après-guerre : impacts sur l’économie.

Par Anouar el Andaloussi

La guerre du golfe est à sa quatrième semaine, les destructions sont énormes des deux côtés. Le secteur de l’énergie est le plus sensible et celui qui a le plus d’impacts sur l’économie mondiale.

La destruction, totale ou partielle, du gisement géant que partagent l’Iran et le Qatar en offshore est, à ce jour, la plus grande destruction si l’on considère les volumes de gaz produits, les investissements consentis et les volumes exportés par le détroit d’Ormuz, principalement vers l’Asie et l’Europe. Les réserves estimées sont de l’ordre de 50 Milliards de Milliards de M3 entre les deux pays, alors que les délais nécessaires pour les travaux de réhabilitation des installations sont estimés à 3 à 5 ans ; les destructions affectent plus de 30% de la production.

L’impact immédiat sera une augmentation significative du prix du GNL. L’hypothèse d’une hausse entre 40 et 50% du prix est retenue par les experts. Ainsi le prix passerait de 35 Euros/Mg Watt/h à 60-65 Mg/W/h.   Cette hausse du prix du gaz se répercutera sur les autres marchandises et entrainera une inflation généralisée et certainement un ralentissement de la croissance.  La Chine, principal client du gaz Iranien sera fortement impactée, elle se repositionnera sur les marchés hors Iran et se retournera davantage vers la Russie, alors que l’Europe sera sous l’emprise des USA, tout en faisant de la sobriété énergétique une vraie politique et non une simple recommandation pour l’efficacité énergétique.  Le Japon a commencé l’utilisation des réserves au même titre que la Chine.

Tous les instituts de statistiques et de conjoncture se sont lancés cette semaine dans la réévaluation des taux d’inflation et des taux de croissance suite aux fortes hausses du prix du pétrole. Ainsi plusieurs pays européens, dont la France, sont déjà positionnés à plus de 2% comme taux d’inflation alors que les prévisions pour 2026 avant la crise ont donné des taux bien inférieurs. Dans une économie mondialisée, la transmission de l’inflation se fait très rapidement et même les pays autosuffisants en énergie subiront l’inflation dite importée. L’annonce de négociations entre les USA et l’Iran dans les prochains jours a eu un effet immédiat sur les prix qui sont descendus au-dessous des 100 $ ; c’est dire la forte sensibilité du marché du pétrole à la conjoncture.

Face à cette crise sur les marchés de l’énergie et surtout le nombre de cadavres rapatriés aux USA, Trump acceptera tous les compromis pour maintenir un prix acceptable pour le marché américain et faire face à la montée du mécontentement des américains. Il dispose d’un levier important, celui d’agir sur les volumes produits en Amérique grâce aux capacités disponibles qui avoisinent les 18000 barils/jour. Elles demeurent toutefois insuffisantes pour compenser les volumes sortant du Golfe persique. La guerre qu’il a lancée contre l’Iran est un signal aux pays arabes du Golfe que leur pétrole et leur gaz ne sont pas si importants pour l’Amérique que par le passé, depuis que ses capacités de production sont devenues énormes. Son parapluie sur ces pays s’est un peu relâché, malgré le prix fort qui a été payé. Ils devront revoir leurs stratégies « assurance-vie » pour l’avenir.  

La crise peut, à court terme, ralentir les politiques de décarbonations et, à moyen et long termes, être un moteur d’accélération des investissements dans les énergies renouvelables et soutenir les politiques de transition énergétique.

Sommes-nous rentrés dans une nouvelle recomposition du Grand Moyen Orient (qui comprend aussi l’Afrique du Nord) ? Tout indique que le processus est lancé.

Les trois puissances militaires de la Région se préparent à l’après-guerre avec des atouts différents pour exercer un véritable leadership sur les micro-Etats : Iran, Turquie et Israël. L’Egypte est quelque peu neutralisée par ses accords avec l’entité sioniste, ses alliances formelles avec les Etats du Golfe et ses contraintes économiques internes. Si l’Iran sort « vainqueur » de ce conflit, même avec un gain symbolique qui sera issu des négociations, il aura un sérieux avantage sur les autres. En effet, sa position géographique, ses réserves en hydrocarbures et son expérience dans la gestion des crises seront des atouts significatifs. Si par contre Israël sortira « vainqueur » grâce au soutien américain, le projet du « Grand Israël » sera lancé. La Turquie utilisera son atout de puissance économique et militaire.

Une chose est sûre : la région ne sera plus comme elle était avant la guerre. Il y aura de nouveaux repositionnements, de nouvelles alliances, de nouveaux protecteurs des petits Etats et de nouveaux enjeux. Israël, principal acteur jusqu’à présent, jouera sa survie ou son hégémonie sur toute la région. Les enjeux dans l’après guerre sont énormes.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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