Chronique Eco———————————————————-L’Altruisme et l’Egoïsme des Etats
Par Anouar el Andaloussi
L’altruisme et l’égoïsme sont les deux faces d’une même pièce. On a toujours pensé que ces deux attitudes sont propres à l’homme. Pour les Etats, on préfère parler d’intérêt. L’altruisme est une disposition ou une attitude à servir les autres et surtout à ne pas se désintéresser des autres ; alors que l’égoïsme est une attitude tout à fait opposée, c’est la recherche excessive et exclusive de son intérêt, souvent avec mépris vis-à-vis des autres. Pour les Etats, on utilise la notion d’intérêt ; la formule célèbre : « les Etats n’ont pas d’amis mais des intérêts » est très usitée. Avec l’avènement de Trump et les réactions des autres pays, les attitudes d’égoïsme sont présentes dans les relations internationales, alors que les attitudes altruistes sont combattues avec violence.
Les Etats et les organisations qui ont soutenu, aidé, défendu les palestiniens face au génocide organisé par Israël avec l’appui des Etats unis ont été menacés et même ils ont été interdits d’entrée aux Etats Unis pour assister aux sessions des organisations des Nations Unies et de leurs agences. C’est le cas notamment de l’Iran, de l’Autorité palestinienne, du Venezuela… et même de certaines personnes comme les juges des Cours internationales (CIP, CIJ) au motif qu’ils ont condamné les dirigeants israéliens. Le retrait des Etats Unis de plusieurs agences onusiennes est l’autre exemple d’égoïsme de ce pays. Pourtant depuis la seconde guerre mondiale, les USA ont souvent été solidaires de plusieurs pays face à des situations difficiles et ont contribué significativement au financement du système des Nations Unis. Trump excelle dans l’humiliation des chefs d’Etat.
Myriam Revault d’Allonnes (philosophe, entretien Le Monde du 13 janvier 2026, p.22), écrit : « Le sentiment d’humiliation est un moteur puissant qui, lorsqu’il n’arrive pas à se muer en affirmation positive, peut conduire à la haine. » Elle ajoute, « Les progrès de la rationalité n’entraînent pas ceux de la culture. Cela peut même devenir l’inverse, lorsque les normes morales de la rationalité, celles-là mêmes qui fondent la civilisation, se retournent en entreprise meurtrière et que s’efface l’attention à l’autre comme notre semblable », c’est exactement l’attitude de Trump et d’autres lorsqu’ils exhibent leurs technologies militaires pour menacer et même pour anéantir l’autre, parce qu’il est différent ou ne partageant pas la même rationalité. Et de conclure : « Nos démocraties ne doivent pas abandonner les émotions aux populismes. »
Aujourd’hui, les populistes prennent le pouvoir par la voie démocratique ou non un peu partout. C’est la fin des idéologies ! Les Etats post-idéologique sont des acteurs transnationaux dont l’ambition est de dominer le plus faible et contrôler le plus vulnérable. Les USA veulent dominer tous les pays du Sud et contrôlent déjà les pays occidentaux. L’Etat voleur et prédateur est né.
L’économie devient le premier instrument de domination et de soumission des autres. Ainsi la violence entre Etats est souvent le seul moyen de règlement des différends. Le nationalisme et le souverainisme en économie conduisent souvent à une limitation aux échanges par des mesures de protection tarifaires ou non tarifaires. La mondialisation heureuse aura vécu. Pourtant celle-ci a été plébiscitée par tous les pays si l’on en juge par le nombre de pays ayant adhéré à l’OMC. Même un économiste de renom considéré de gauche au sens américain (prix Nobel d’économie avait intitulé son live « La mondialisation n’est pas coupable : vertus et limites du libre -échange », Paul Krugman, 1996). En effet, d’un point de vue empirique, le libre –échangé a profité à beaucoup d’économies du Nord comme du Sud. Qu’aura été la Chine ou le Vietnam ou l’Indonésie ou les philippines ou l’Argentine…..sans le libre-échange. Il est vrai aussi, que le libre-échange a fragilisé des économies faiblement organisées comme celles d’Afrique. L’OMC brille ces derniers temps par son absence dans les débats et les arènes internationales ; est-ce la fin de missions ?
Mais avec l’avènement du populisme et ses avatars le nationalisme et le suprémacisme, le libre-échange est contraint par la violence des Etats dit libéraux qui sont devenus brutalement voleur et prédateur (cas du Venezuela). C’est la Fin de la Mondialisation. Quelques conclusions s’imposent par rapport à cette évolution économique du monde. D’abord, l’alliance atlantique USA-Europe se fissure, ensuite les institutions nées dans l’après-guerre autour de la transformation de la Société des Nations en ONU et la création des institutions de Bretton-woods (FMI, Banque mondiale), créés par les vainqueurs sur le fascisme et le populisme dont la mission est d’organiser l’économie mondiale pour le bien de tous. Tout ceci est aujourd’hui soufflé par les comportements de certains Etats, en particulier les USA. Enfin, les nouvelles alliances, comme les BRICS+, ont été mises à rude épreuve par le contexte des mouvements géopolitiques des deux dernières années. Leurs manifestations sur la crise en Ukraine, en Palestine, face aux agressions de Trump envers la Russie, la Chine et même l’allié Indien (tous membres fondateurs des BRICS+) étaient symboliques et sans impacts notoires.
La violence des USA sera encore plus forte, comme dans toute fin d’empires, lorsqu’ils se sentent menacés par la disparition du privilège exorbitant du Dollar et son système Swift, plus important que le pétrole.
Les Etats ont donc des attitudes égoïstes comme les individus ; chacun pour soi et importe peu le sort des autres.
Face à l’égoïsme des Etats, il faut construire un altruisme interne entre les membres de la nation dont la cohésion sociale doit être le socle central. Préparer le pays à une grande résilience face à la violence des plus forts qui sera la règle dans l’avenir.
ANOUAR EL ANDALOUSSI
