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CHRONIQUE ECO: L’économie mondiale contrainte par la géopolitique

Davos n’a plus son charme d’antan. Les déclarations des chefs d’Etat et des grandes firmes se font discrètes. Les appels à plus d’investissements dans le monde et particulièrement en Europe est un signe de la crise de confiance dans les sphères décisionnelles du capitalisme mondial (ou mondialisé).

Intitulée « Rebuilding Trust » (« Reconstruire la confiance »), la 54e édition du sommet annuel du WEF souhaite mettre au programme de l’édition 2024 « les principes fondamentaux de la confiance », transparence, cohérence et responsabilité. Ainsi, gouvernements, chefs d’Etat – le président ukrainien VolodymyrZelensky et ses homologues Isaac Herzog pour Israël et Emmanuel Macron pour la France ont été de la partie.Les deux premiers sont des acteurs des guerres en cours, c’est dire l’impact de ces guerres sur l’économie mondiale. Mais les deux chefs d’Etat sont pour l’un un sous-traitant et pour l’autre un protégé d’un même parrain, les Etats Unis. Macron plaide pour plus d’investissements en Europe, comme si les instances européennes ne lui ont pas tendu l’oreille ; une vraie crise au sein de l’UE sur fond de récession en cours ou annoncée, particulièrement celle qui a touché l’économie allemande (2022), force motrice de toute l’Europe. L’Allemagne perd son leadership mondiale dans l’automobile, la Chine prend le relais avec plus de 3 Millions de voitures produites en 2023 et place ses 5 grands constructeurs (publics, privés et dans toutes les gammes) dans le top 15 mondial des constructeurs. La chine s’installe, pour la voiture électrique, en Europe même. L’avantage de la localisation en Chine et ses facteurs différentiels de main d’œuvre et services moins chers ne sont plus de arguments de localisation. La Chine trouve d’autres facteurs de compétitivité et parmi ceux-ci, l’innovation (premier mondial dans le dépôt des brevets).

« À Davos, on retrouve chaque année quelques-uns des 358 milliardaires (1997) qui ensemble et dans ‘la diversité’ contribuent d’autant à changer la planète qu’ils détiennent davantage de richesses à eux seuls que près de la moitié de la population mondiale ». Aujourd’hui, on dénombre environ 2700 milliardaires autour du globe, et nul doute que leurs intérêts seront aussi représentés à Davos ». Davos est un grand Bto B pour ceux qui savent exploiter ces évènements, mais n’apporte rien de nouveau à l’économie mondiale. Ainsi, cette dernière est plombée par les tensions géopolitiques. La croissance au ralenti, l’inflation en forte tension, les chaines logistiques encore grippées et leurs coûts deviennent exorbitants. Le recours aux instruments monétaires pour juguler ces tensions ne va pas suffire, car les problèmes deviennent plus structurels que conjoncturels. La manipulation des taux d’intérêt risque d’aggraver la crise de confiance ; mais a-t-on le choix. « Quand on qu’un marteau comme outil, on voit tous les problèmes comme des clous ». Peut-être que l’IA va améliorer la composition de la boite à outils des décideurs pour les aider à voir les problèmes dans leur vraie nature et non en fonction des solutions disponibles dans le moment. En tout cas l’IA a pris une place prépondérante dans la grande messe de Davos. 

L’année 2024 serait bien difficile tant que les tensions géopolitiques persisteront. Aujourd’hui rien n’indique qu’elles s’estomperont. Peut-être même d’autres tensions naitront de cette transition du capitalisme mondial ; elle est à la fois, idéologique, morale, politique et bien entendu économique. La recomposition prendra du temps et sera coûteuse pour tout le monde ; elle se jouera sur des facteurs nouveaux, comme la démographie, encore les matières premières et la technologie, car les enjeux sont dans la sécurité alimentaire et la transition énergétique. Les Etats les plus avertis se placeront avantageusement dans cette recomposition en tirant profit des nouvelles règles du jeu, mais au prix d’une vision et d’une anticipation sur l’avenir. Les plus médiocres se contenteront d’être des suiveurs. Le forum économique de Davos (le WEF) est arrivé à sa fin de mission.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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