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Chronique Eco/ Une économie mondiale sans régulation, c’est comme un train sans conducteur

Par Anouar el Andaloussi

Ce qui se passe ces derniers mois est très inquiétant pour l’économie mondiale et pour tous les Etats. Certains Etats se substituent au marché et au droit international. Les régulations économiques, souvent définies par les plus forts, arrivent plus ou moins à organiser les relations économiques et financières internationales. Ces règles ne sont pas exemptes de défaut et surtout de discriminations envers les pays les plus vulnérables, mais définissent les bases d’une régulation à minima.

Trump a fêté ce mercredi son premier anniversaire à la tête des USA. Au cours de cette année, beaucoup de coups ont été portés à l’ordre international tant au plan économique qu’au plan géopolitique allant de « l’imposition » des droits de douanes aux pays en fonction de critères très loin des règles et des usages de l’économie mondiale à l’enlèvement d’un président d’un Etat souverain en passant par une distribution de menaces à l’emporte-pièce. L’ordre économique mondial est réellement menacé. Lorsqu’il s’attaque à l’Europe, cela devient inquiétant ; il n y a que les fous qui s’attaquent à leurs proches. A première lecture, ceci peut paraître intéressant car il arrive à fissurer un ordre hégémonique établi depuis plus de 80 ans au seul profit de l’Occident. Mais en réalité, un état de « mauvais ordre » est meilleur qu’un état « sans ordre ». Dans le premier cas, il y a au moins des contrepouvoirs ou des limites à la violence des plus forts, les détenteurs de l’ordre, alors que dans le 2ème cas, c’est la loi du plus fort, sans limite.

Le monde est donc dans une situation qui peut conduire à des pratiques de violence dans le domaine économique, en particulier.  Le contrôle du marché de l’énergie, la course aux terres rares, la violence du dollar … peuvent conduire à des « guerres économiques » dévastatrices pour tout le monde. Si l’ordre économique de l’après-guerre a été mis en place par les puissants du moment, l’Occident, sans grande résistance des faibles, même l’URSS n’était pas suffisamment forte économiquement, aujourd’hui, nous avons l’émergence de grandes puissances économiques au Sud, capables de bien résister à l’assaut de l’empire américain. 

Aujourd’hui, le Monde est confronté à des problèmes nouveaux, autrement plus important pour l’humanité toute entière, et qui exigent des accords internationaux, des règles partagées, des responsabilités collectives et la mobilisation de ressources considérables ; car il est question de problèmes d’intérêts commun. Il s’agit du Climat et de l’Intelligence Artificielle (IA). Ces deux domaines sont appelés à être au cœur des transformations économiques et on a besoin de règles et de conventions et d’accords entre Etats. Qui va gérer la décarbonation ? Aujourd’hui, avec des règles et un droit international de l’environnement et plusieurs résolutions et accords (différentes COP), on assiste à un ralentissement du rythme de décarbonation et de réduction des émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) ; alors que sera demain de la situation de notre climat sans règles et sans accords internationaux.  Le climat est un bien commun à l’ensemble de l’humanité ; sa protection est donc l’affaire de tous, et c’est pourquoi des règles, des accords, des normes sont définis pour gérer collectivement ce bien commun. Sans ces règles, chacun pour soi et le bien commun sera détruit.

L’IA va transformer radicalement l’économie et la société. Cette transformation entrainera de nouvelles formes d’organisation des marchés et des entreprises. Des impacts profonds se produiront sur la vie de tous les jours, sur l’emploi, sur les règles morales et déontologiques, sur la vie privée des individus. Les entreprises pourraient se réduire à un système de données. La fusion « Humain + IA » est le véritable enjeu de l’avenir de l’économie. Dans cette fusion, certainement efficace en termes d’efficacité et de rendement, comment redistribuer les responsabilités lorsque l’IA tente de remplacer l’homme ?

A travers ces deux exemples, le Climat et l’IA, la négation de l’ordre international et l’émergence de l’ordre du plus fort qui s’exprime à travers la violence, le monde va vivre ses pires moments de l’histoire. Les écosystèmes disparaitront, les ressources naturelles seront l’objet d’accapement par la violence alors que leur préservation sera mise dans l’oubli. L’IA sans régulation et son gouvernance mondiale produira les phénomènes inédits dans les sociétés en termes de valeurs morales, de déresponsabilisation totale et de déshumanisation des relations sociales.  

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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