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Chute des prix de la pomme de terre : Les agriculteurs tirent la sonnette d’alarme

La pomme de terre, produit phare des marchés algériens, traverse une crise paradoxale : alors que la récolte 2025 s’annonce historiquement abondante, les prix se sont effondrés à des niveaux jamais observés. Dans plusieurs wilayas, notamment à Laghouat, le kilogramme se négocie entre 15 et 20 dinars, un prix qui ne couvre même pas les coûts de production. Une situation que les professionnels qualifient de « catastrophique », tant ses répercussions menacent la pérennité de toute une filière.

Selon Achène Kodmani, président de la Fédération nationale des producteurs de pommes de terre, « la production a augmenté d’environ 30 % cette saison grâce à des conditions climatiques exceptionnellement favorables ». Le rendement moyen a atteint 400 quintaux par hectare, contre 300 quintaux seulement l’an passé. Une performance agricole saluée sur le plan technique, mais qui s’est traduite par une saturation du marché et une chute brutale des prix. « Nous nous attendions à une baisse, mais pas à ce point. Le marché est inondé et les producteurs vendent à perte », a-t-il déploré au micro d’Echourouk News.

Pour limiter les dégâts, le ministère de l’Agriculture a chargé la société publique SARPA de racheter la production à un prix plancher de 60 dinars le kilogramme, une mesure de soutien jugée «indispensable mais insuffisante ». Car au-delà de la conjoncture, c’est toute la structuration du marché qui est mise en cause : faiblesse du stockage, absence d’industrie de transformation, manque de planification et de coordination entre les différents acteurs. « Cette abondance ne devrait pas être synonyme de crise », a expliqué Kodmani, plaidant pour « le développement urgent d’usines de transformation et la conclusion de contrats de commercialisation ou d’exportation à long terme ». Il a rappelé que le stockage reste un maillon faible : « Si nous pouvions conserver la pomme de terre jusqu’à 24 mois, nous éviterions ces fluctuations brutales ».

De son côté, El Hadj Djilali, président de la Chambre d’agriculture de la wilaya d’Aïn Defla, met en garde contre les conséquences à long terme : « Aujourd’hui, c’est le producteur qui paie la facture, mais demain ce sera le consommateur. Si le fellah renonce à planter, les prix flamberont à nouveau ». Il a appelé à « refonder la politique agricole sur des bases professionnelles solides » et à « instaurer une stratégie de régulation associant l’État, les chambres agricoles et les organisations de producteurs ».

Cette situation contraste fortement avec celle d’il y a à peine quelques mois, lorsque la pomme de terre atteignait 150 à 170 dinars le kilogramme à cause d’une pénurie provoquée par le manque d’eau. Depuis, les producteurs se sont déplacés vers les régions sahariennes, notamment Laghouat, Naâma et El Bayadh, où la disponibilité hydrique a permis d’étendre les surfaces irriguées. Si cette expansion a favorisé la hausse des rendements, elle a aussi conduit à une surproduction incontrôlée, aggravée par l’absence de régulation du marché.

Autre conséquence, la qualité du produit suscite des critiques. « Il existe plusieurs variétés, certaines destinées à la consommation directe, d’autres à l’industrie. Mais faute de tri et d’orientation claire, tout se retrouve sur les étals », a reconnu Djilali, tout en assurant que « le potentiel du sol algérien reste exceptionnel si la filière est correctement encadrée ».

Par M. A.

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