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Commerce électronique en Algérie: Un marché en pleine expansion

Longtemps cantonné à des pratiques informelles, le commerce électronique s’impose aujourd’hui comme l’un des segments les plus dynamiques de l’économie nationale. Porté par une jeunesse entreprenante et par la généralisation progressive des usages numériques, le e-commerce algérien connaît une croissance rapide, au point de poser un défi majeur aux pouvoirs publics : celui de structurer un marché qui a évolué plus vite que son cadre juridique.

Les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. Selon des estimations conjointes du ministère du Commerce intérieur et de la Régulation du marché national et de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), le chiffre d’affaires du commerce électronique en Algérie a atteint près de 1,9 milliard de dollars en 2023, un niveau déjà considéré comme dépassé. Chaque année, plus de 42 millions de colis sont expédiés à travers le pays, témoignant d’une activité intense, mais encore largement désorganisée. C’est dans ce contexte que les autorités ont décidé de passer à une nouvelle étape.

Le ministère du Commerce intérieur travaille actuellement à l’élaboration d’une législation spécifique destinée à encadrer le commerce électronique et à éviter « l’émergence d’un marché virtuel anarchique ». Lors de la première Conférence nationale sur l’emploi, la ministre du secteur, Amel Abdellatif, a souligné que « le commerce électronique s’est imposé comme l’un des secteurs les plus pourvoyeurs d’opportunités », attirant massivement les jeunes vers un espace propice à l’initiative, à l’innovation et à la création de valeur.

L’objectif affiché par les pouvoirs publics est double : protéger le consommateur et offrir aux opérateurs un environnement clair et sécurisé. Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large de numérisation de l’économie nationale, fondée sur la transparence, la confiance et la traçabilité des transactions. Elle prévoit notamment l’actualisation du cadre juridique, la simplification des procédures administratives à travers la numérisation des services du ministère et la sensibilisation des commerçants aux moyens de paiement électronique, en collaboration avec le secteur bancaire.

La question du e-commerce a également été portée au plus haut niveau de l’État. Lors d’une récente réunion du Conseil des ministres consacrée à la stratégie nationale de développement du commerce électronique, le président de la République a qualifié ce dossier de « défi important », appelant à la mobilisation de tous les acteurs concernés. Il a insisté sur la nécessité de garantir la sécurité numérique, de lever les entraves administratives et de promouvoir la transparence commerciale, considérée comme la finalité essentielle de la numérisation. Si le potentiel est indéniable, les faiblesses structurelles demeurent nombreuses.

Dans son rapport 2025 sur l’état de préparation de l’Algérie au commerce électronique, la Cnuced pointe un déficit de coordination et de régulation, estimant que le marché algérien, dans une large mesure, devancé le droit. À cela s’ajoutent des obstacles culturels et réglementaires, notamment la méfiance persistante envers l’achat à distance, le manque de formation spécialisée et la lenteur de l’adaptation juridique, comme l’ont souligné plusieurs études académiques.

Par ailleurs, l’essor du commerce en ligne s’accompagne de risques croissants liés à la cybercriminalité. Une récente opération menée par la Direction générale de la Sûreté nationale a permis le démantèlement de 32 réseaux d’escroquerie spécialisés dans la fraude en ligne. Au total, 197 personnes ont été arrêtées, et les préjudices financiers causés aux victimes dépassent 52 milliards et 900 millions de centimes, en plus de montants en devises étrangères. Ces affaires mettent en lumière l’urgence de renforcer la sécurité numérique et la protection des consommateurs.

Les autorités ambitionnent à travers la future loi sur le commerce électronique de transformer un dynamisme parfois désordonné en une véritable filière économique structurée, créatrice de valeur ajoutée et d’emplois durables. L’enjeu est désormais de canaliser les énergies entrepreneuriales vers un marché numérique national organisé, compétitif et sécurisé, capable de jouer pleinement son rôle dans la diversification de l’économie algérienne.

Par Adem A.

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