AFRIQUE

Commerce intra-africain: L’Algérie, vitrine de l’intégration continentale

Alors que les échanges de marchandises du continent ont atteint environ 1 500 milliards de dollars en 2025, le commerce entre pays africains ne représente encore que 213,8 milliards de dollars. Selon Afreximbank, quelque 77 milliards de dollars d’exportations intra-africaines restent inexploités, soit près de 40 % de la valeur actuelle des échanges entre les économies du continent. Dans cette équation, l’Algérie, forte de sa position géographique, de ses capacités industrielles et de son potentiel énergétique, entend se positionner comme l’un des relais de cette intégration commerciale.

L’enjeu ne se limite plus à la seule suppression des droits de douane. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ambitionne de construire un marché continental intégré, et le potentiel identifié par Afreximbank montre que les capacités existent, notamment dans les produits manufacturés et semi-transformés. Ceux-ci représentent déjà plus de 60 % des échanges intra-africains, contre seulement 13 à 17 % des exportations vers l’extérieur, largement dominées par les matières premières (65 à 75 %).Cet écart traduit un potentiel industriel encore sous-exploité, une grande partie de la transformation des ressources minières et métallurgiques africaines continuant de se faire hors du continent. Développer des chaînes de valeur régionales apparaît donc essentiel pour retenir davantage de valeur ajoutée sur place.

La faible complémentarité commerciale entre économies africaines reste toutefois un frein majeur, avec un indice inférieur à 0,35, contre 0,80 en Europe et 0,75 en Asie : les pays du continent produisent encore insuffisamment ce dont leurs voisins ont besoin. Pour Afreximbank, lever les contraintes qui pèsent sur les échanges pourrait accroître le commerce intra-africain d’environ un tiers, à condition de rapprocher les capacités de production, de développer les infrastructures logistiques et de faciliter l’accès des entreprises au financement. C’est précisément dans cette perspective que l’Algérie a accueilli, en septembre 2025, la quatrième édition du Salon du commerce intra-africain (IATF).

Coorganisé par Afreximbank, l’Union africaine et le Secrétariat de la ZLECAf, l’événement a transformé Alger, pendant plusieurs jours, en véritable plateforme d’affaires à l’échelle du continent. La manifestation a réuni 10 chefs d’État en exercice, deux anciens chefs d’État, 2 190 exposants ainsi que 112 476 visiteurs et délégués, représentant au total 132 pays, dont 54 africains. Le rendez-vous a débouché sur près de 49,94 milliards de dollars de contrats commerciaux et d’investissement. Ces résultats donnent une dimension particulière au rôle de l’Algérie dans le déploiement de la ZLECAf : le pays ne s’est pas contenté d’accueillir un grand rendez-vous économique continental, il a également servi d’espace de mise en relation entre producteurs, investisseurs, institutions financières et opérateurs économiques africains.

La première évaluation de l’impact de l’IATF, lancée lors de l’édition algérienne, confirme d’ailleurs l’effet multiplicateur de ce type de plateforme : chaque dollar investi dans le salon génère en moyenne 2,2 dollars d’échanges intra-africains et 1,3 dollar d’exportations manufacturées. Le potentiel de l’Algérie dans cette dynamique repose également sur son évolution industrielle. Le pays figure parmi les économies africaines ayant enregistré les progrès les plus notables en matière d’industrie et d’infrastructures, gagnant plus de dix places dans le classement mondial lié à l’Objectif de développement durable 9 depuis 2015, et se classe parmi les dix premiers pays africains selon l’Indice de compétitivité industrielle de l’ONUDI.

Cette progression rejoint directement les constats d’Afreximbank, qui identifie les produits manufacturés et semi-transformés comme principal gisement de croissance du commerce intra-africain. Les hydrocarbures demeurent un élément majeur du potentiel d’exportation algérien, mais les produits industriels, les matériaux de construction, les produits pharmaceutiques et les équipements offrent également des perspectives de consolidation sur les marchés africains.

Le secteur énergétique constitue un autre atout de poids. Premier producteur africain de gaz naturel avec l’Égypte et le Nigeria, l’Algérie développe progressivement ses capacités nationales de transformation, notamment via le GNL et la production d’électricité, tout en raffinant une part significative de sa production pétrolière sur le continent. Cette capacité peut soutenir l’industrialisation régionale, l’intégration des marchés africains reposant autant sur les échanges de marchandises finies que sur les infrastructures énergétiques et les chaînes d’approvisionnement.

Sa proximité avec l’Europe, son ouverture sur la Méditerranée et ses connexions avec les marchés subsahariens, renforcées par le développement des infrastructures routières, portuaires et ferroviaires vers le Sud, confortent la vocation de l’Algérie comme trait d’union entre différentes zones économiques du continent.

Par S. R.

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