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Contribution: L’INDUSTRIE AU CENTRE DE DEFIS ET D’ENJEUX

Par Rachid MEKSEN (*)

Si l’on prend bien soin de guetter les  effets positifs de politiques publiques en termes de croissance, de progrès social et de mesures d’économie d’énergie carbonée, il y a de quoi s’inquiétermême en plaçant le curseur sur les pays développés de l’Europe du nord, plus enclins à gérer les compromis sociétaux entre le présent et le futur.

Si l’on met en perspective les maigres bilans engrangés au plan mondial depuis l’année de la COP 21 de 2015 sur les changements climatiques, tenue à Paris, beaucoup doit être initié par les uns, et tout doit être accéléré par les autres. Pour rappel,  le président des Etats Unies Donald Trump, s’est désolidarisé de l’Accord de Paris une fois au pouvoir, en contestant la relation entre l’industrie et la détérioration du climat.

A l’instar de tous les pays, l’Algérie a pris part à cet évènement mondial, et chacun devait décliner sa bonne foi sous forme de politique audacieuse pour consacrer sinon le reverdissement de la planète, au moins une limitation de l’augmentation moyenne des température à 1,5° en agissant sur les ressources fossiles traditionnelles et en proposant des modes alternatifs de transport, de chauffage et en modifiant les processus de production industrielle.

C’est là où précisément les politiques doivent faire montre d’audace et d’intelligence en traitant trois problématiques simultanément, une sorte de « 3 fois gagnant » jusque la jamais réussi par un pays :

Faire face frontalement  aux questions économiques, aux impératifs écologiques et aux nécessités sociales dans un même élan.

Sur cette voie étroite mais incontournable, on doit souligner que :

– L’amélioration des conditions de vie n’est pas possible sans croissance, sans productivité et sans innovation,

-la justice territoriale exige que la ré-industrialisation profite aussi aux « zones d’ombre » délaissées faute d’attractivité naturelle ou d’avantages comparatifs avérés,

-la bataille contre le changement climatique émane de la décarbonation de nos processus de production, de nos habitudes domestiques et de nos modes de transport et  de consommation, ce qui pourrait signifier une baisse de l’activité  donc une décroissance économique.

L’intérêt pour tout un chacun est d’arriver à faire combiner les objectifs et les caractéristiques de ce triptyque Economie-Société-Climat par des voies originales et inexplorées  en déclinant une politique publique optimale, axée sur un horizon de moyen et long termes et surtout productive dans ses effets macroéconomiques.

A ce stade, le « comment faire » s’impose pour tracer les contours de cette politique du 21 ème siècle, la seule qui soit au niveau des attentes et des impératifs à la fois.

Lors d’un prochain ajustement budgétaire éventuel qui pourrait être retenu dans le cadre d’une  Loi de Finances Complémentaire (pour 2024 bien entendu), le législateur  inscrirait une mesure phare du quinquennat en suggérant un Crédit Impôt Climat (CIC pour faire court) comme cela a été fait r en faveur de la recherche-développement, mais qui est passée presque inaperçue faute d’avoir été expliquée dans son énoncé et vulgarisée dans son mode opératoire.

Sous d’autres cieux, des crédits d’impôt pour l’innovation ont rencontré des succès substantiels malgré les réticences des administrations à le promouvoir.

Le CIC serait un outil novateur impliquant un effort budgétaire pluriannuel en renonçant à lever une partie de l’impôt sur les bénéfices des sociétés mais en encourageant, par voie de conséquence, les investissements propres, économe en énergie et avec un meilleur retour que les multiples aides consenties mais dont les résultats n’ont jamais été validés ici ou ailleurs.

Le budget CIC à allouer à l’industrie prendrait en compte notre faible  ‘voilure’ industrielle (4% du PIB), une population d’entreprises à peine supérieure à 100.000, dans le meilleur des cas, et une taille de ces dernières encore modeste (+90% sont des petites entreprises). En tout état de cause l’effort budgétaire à prévoir sur la durée serait modeste et en substitut à d’autres aides peu ou pas utilisées.

Cependant, le dernier rapport de la Banque Mondiale (automne 2023) indique que les investissements industriels se redressent et impactent positivement la croissance, ce qui laisse présager un mouvement d’une ampleur plus vaste après des années de stagnation durant et après l’épisode du COVID.

Malheureusement, le système statistique opérationnel en Algérie, le  Centre National d’Information et de Statistique dans ce cas là, CNIS, n’est pas fin au point de discriminer les équipements industriels par nature, entre ceux qui sont intensifs en utilisation d’énergie, voire polluants, et ceux qui ont vocation à avoir un bilan carbone neutre ou proche de l’être. Des statistiques plus élaborées auraient permis de classifier les futurs investissements en fonction de leur empreinte carbone tout en autorisant la mise en place diligente d’une fiscalité adaptée selon la règle du « pollueur –payeur » pour les décourager à la source voire pour en interdire l’entrée si d’autres processus équivalents et plus écologiques sont disponibles.

Cette dynamique des investissements doit être mise à profit et surtout orientée vers une industrie en phase avec son temps, et c’est là que le rôle du CIC s’avèrera opportun. On encouragerait les investissements dans des technologies vertes,  vecteurs de croissance pour l’économie et  salutaires pour la santé des concitoyens : production de batteries, de panneaux solaires, d’éoliennes et de pompes à chaleur.  Le CIC assurerait une diminution d’impôts  et stimulerait un ensemble de filières industrielles qui se verraient offrir des ‘fenêtres de tir’ pour l’exportation : ce 3 fois gagnant comme nous l’avons introduit plus haut se manifesterait concrètement  pour l’économie, l’emploi et le bien être social.

Comme tout instrument nouveau à introduire, il pourrait là aussi, rencontrer l’hostilité de certaines franges de l’administration qui verrait d’un mauvais œil une renonciation à des recettes fiscales certaines en face de gains hypothétiques pour le budget général. La prédominance de la courte vue appuierait cette inertie en multipliant les voies réglementaires et les justificatifs préalables pour décourager le recours au CIC. Le bénéfice certain  à escompter d’une industrie verte en tant qu’émanation d’une politique publique stratégique, sur un horizon raisonnable, ne doit pas être mis en balance avec des soucis d’intendance qui seraient les derniers soubresauts d’une économie rentière administrée.

(*) Économiste, ancien DG ministère de l’industrie 

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