L’Algérie mise sur les technologies de pointe, la diversification des financements et l’ouverture des marchés publics pour accompagner la croissance de ses start-ups. La 5ᵉ Conférence africaine des start-ups, prévue du 5 au 7 décembre à Alger, placera la Deeptech au cœur des discussions, dans un contexte marqué par l’émergence de nouveaux mécanismes de financement et par les premières expériences d’introduction en Bourse.
L’écosystème algérien des start-ups poursuit sa structuration, avec l’ambition de transformer les projets innovants en entreprises capables de se développer durablement et de conquérir de nouveaux marchés. L’accès à la commande publique, l’ouverture du marché financier et le rapprochement entre recherche universitaire et entrepreneuriat figurent parmi les leviers mis en avant par les pouvoirs publics. Intervenant sur les ondes de la « Chaîne III » de la radio nationale, Chemseddine Benmoussat, directeur des start-ups et des structures d’appui au ministère de l’Économie de la connaissance, des Start-ups et des Micro-entreprises, a souligné la nécessité de diversifier les sources de financement et de faciliter les relations entre les jeunes entreprises innovantes et les grands opérateurs économiques.
La 5ᵉ édition de la Conférence sera consacrée aux Deeptech, à savoir les entreprises issues de travaux de recherche avancée menés dans les laboratoires, les centres de recherche et les universités. Elles nécessitent souvent plusieurs années de développement avant de commercialiser un premier produit. « L’intelligence artificielle a accéléré les choses, notamment au niveau de la recherche et développement », a expliqué Chemseddine Benmoussat, estimant que l’IA permet de réduire les délais et les moyens matériels nécessaires à certaines étapes de la recherche. L’événement devrait accueillir plus de 25 000 visiteurs, 35 à 40 ministres africains et 400 exposants, contre 228 lors de la précédente édition.
Les discussions porteront notamment sur l’application de la Déclaration d’Alger de 2022 et sur la facilitation de l’accès aux marchés africains, grâce à une meilleure harmonisation des normes et des certifications. Un Prix des technologies africaines mettra par ailleurs en avant des solutions liées à l’agriculture de précision, aux technologies de l’eau, à la souveraineté technologique, à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité et à la transition énergétique. Les organisateurs souhaitent aussi transformer les rencontres en partenariats commerciaux et en possibilités de financement. « Il faut être très pragmatique », a insisté le responsable, soulignant l’importance d’assurer le suivi des engagements pris.
L’accès aux marchés publics constitue un autre levier. Selon Chemseddine Benmoussat, l’article 41 du Code des marchés publics prévoit des possibilités de négociation directe avec les start-ups, les incubateurs et les scale-ups, et les textes d’application correspondants sont en cours de finalisation. Parallèlement, Algeria Venture joue un rôle d’intermédiaire entre les entreprises innovantes et les grands opérateurs, avec lesquels des collaborations ont déjà été engagées, notamment Djezzy, Sonelgaz et Naftal. « Il faut que les entreprises fassent confiance à nos start-ups, à nos jeunes Algériens, à nos jeunes innovateurs », a déclaré le responsable, plaidant pour une meilleure adéquation entre les besoins des opérateurs et les solutions développées localement. Le dispositif d’Open Innovation permet en outre aux entreprises de financer des projets innovants par l’intermédiaire de start-ups, de scale-ups ou d’incubateurs, avec des avantages fiscaux soumis aux conditions prévues par les textes.
Sur le plan du financement, l’Algeria Startup Fund (ASF) intervient en capital-risque en prenant des participations dans les entreprises. « On ne peut pas financer tout le monde. Le financement va à ceux qui le méritent », a expliqué Chemseddine Benmoussat, rappelant que les projets sont évalués selon leur potentiel. La Bourse constitue une autre voie de financement : le responsable a cité « Moustachir », introduite en Bourse près de deux ans avant son intervention, ainsi que AAT, spécialisée dans les centres de données, le cloud et la souveraineté des données. Le programme Proto Market, de son côté, a financé 937 projets, à hauteur d’un à deux millions de dinars chacun, dont plus de 200 relevant de la Deeptech.
Les fonds communs de placement à risques (FCPR) et les réseaux de Business Angels doivent enfin contribuer à mobiliser davantage de capitaux privés. Cet écosystème évolue dans un marché du commerce électronique estimé entre 1,5 et 1,9 milliard de dollars en Algérie, avec une croissance annuelle d’environ 20 %, selon les chiffres présentés par le responsable. Le pays compte plus de 1 000 start-ups dans ce secteur, et la livraison, la gestion des commandes, les logiciels spécialisés et le traitement des retours structurent progressivement cette chaîne de valeur.
Par Selma R.



