Diabète: Plus de 4,7 millions d’Algériens touchés !
Alors que le monde s’apprête à célébrer la Journée mondiale du diabète, le constat dressé par le Pr Samia Zekri, professeure en médecine interne et experte en diabétologie auprès du ministère de la Santé, se veut à la fois lucide et alarmant : l’Algérie fait face à une véritable épidémie silencieuse. Plus de 4,7 millions d’Algériens vivent aujourd’hui avec un diabète, un chiffre en forte progression ces dernières années, révélateur d’un mode de vie bouleversé et d’habitudes alimentaires à risque, a-t-elle révélé chez nos confrères de la radio nationale
Elle affirme que le diabète touche actuellement plus de 537 millions de personnes dans le monde, et les projections annoncent 783 millions d’ici 2045. L’Algérie n’est pas épargnée : selon une étude menée entre 2016 et 2017, la prévalence de la maladie atteignait déjà 14,4 % chez les adultes de 18 à 69 ans. Ce taux a grimpé à 17,5 % en 2024, d’après la Fédération internationale du diabète, a précisé Pr Samia Zekri lors de son passage sur les ondes de la radio nationale « Chaîne III». Le diabète de type 2, le plus répandu, représente près de 90 % des cas. Il est étroitement lié à l’obésité, en particulier abdominale, et à une résistance à l’insuline qui empêche l’organisme d’utiliser correctement le sucre.
« Ce type de diabète est intimement associé à la prise de poids et au surpoids abdominal, une tendance de plus en plus marquée en Algérie », souligne le Pr Zekri.
Le lien entre surpoids et diabète est aujourd’hui indéniable. En Algérie, les cas d’obésité touchent désormais toutes les tranches d’âge, y compris les enfants. Selon une étude de l’Institut national de santé publique publiée début 2025, 13,4 % des enfants âgés de 5 à 11 ans souffrent déjà d’obésité.
Pour l’intervenante, la solution passe par une rééducation alimentaire profonde : « Il faut revenir à la cuisine maison, aux produits naturels, au régime méditerranéen riche en légumes, fruits et huile d’olive. » Elle dénonce la prolifération des produits industriels, riches en sucres et en graisses, et l’adoption du « fast-food » qui a profondément modifié le régime des familles algériennes. Les autorités sanitaires ont entrepris plusieurs actions pour limiter la consommation de sucre, notamment par la création d’un comité multisectoriel chargé de réguler la teneur en sucre dans les aliments et boissons. La quantité, autrefois fixée à 160 g par kilo, a été réduite à 110 g. Mais la mise en œuvre reste perfectible.
« Les industriels, craignant une baisse de ventes, ont compensé par l’usage d’édulcorants, parfois cancérigènes », alerte la spécialiste. Elle plaide pour un contrôle plus rigoureux des produits alimentaires et une véritable éducation nutritionnelle dès l’école.
Le diabète n’est pas une maladie bénigne. Il s’agit de la première cause de cécité, de dialyse et d’amputation non traumatique dans le monde. En Algérie, il est également l’un des principaux facteurs de mortalité cardiovasculaire. « Entre sept et huit patients diabétiques sur dix décèdent d’un infarctus ou d’un AVC », rappelle le Pr Zekri.
Autre préoccupation croissante : le diabète gestationnel, qui touche les femmes enceintes. Mal dépisté, il accroît les risques de diabète chronique après l’accouchement. La spécialiste insiste sur la nécessité d’un suivi systématique : « Chaque grossesse doit être accompagnée d’un dépistage précoce et d’un suivi postnatal rigoureux. »
Face à la progression de la maladie, l’Algérie mise sur un levier essentiel : l’éducation thérapeutique du patient (ETP). Cette discipline, encore méconnue du grand public, vise à rendre les patients autonomes dans la gestion de leur maladie.
Par Réda Hadi
