D’ici 2030, l’Algérie disposera de 27 stations de dessalement
8 milliards de dollars alloués au dessalement
L’Algérie poursuit à un rythme soutenu la mise en œuvre de sa stratégie nationale de sécurité hydrique, plaçant le dessalement de l’eau de mer au cœur de sa politique d’approvisionnement. À l’horizon 2030, le pays ambitionne de disposer de 27 stations réparties le long du littoral, pour une capacité globale estimée entre 5,6 et 5,7 millions de mètres cubes par jour. Ce programme colossal, qui mobilise près de huit milliards de dollars d’investissements, vise à couvrir environ 60 % des besoins des citoyens en eau potable.

Invité de la « Chaîne I » de la Radio nationale, Mouloud Hachlaf, assistant du P-DG chargé de l’Information et de la Communication au sein de l’Algerian Desalination Company (ADC), filiale du groupe Sonatrach, a souligné l’ampleur du changement de paradigme. Selon lui, l’Algérie vit une « véritable révolution dans le domaine du dessalement ». Il précise : « Nous parlons d’investissements de plusieurs milliards de dollars dans un secteur stratégique qui constitue désormais l’un des piliers de la sécurité hydrique nationale ».
Le premier jalon de cette stratégie a été franchi avec l’achèvement du programme complémentaire, inauguré progressivement jusqu’en février 2025. Ce volet a permis la mise en service de cinq grandes stations, apportant une capacité de production supplémentaire de 1,5 million de mètres cubes par jour.Grâce à ces infrastructures, la contribution du dessalement dans l’approvisionnement national est passée de 18 % à 42 %. Parallèlement, la capacité globale de production a bondi de 2,2 millions à près de 3,7 millions de mètres cubes quotidiens.
« Ces nouvelles stations ont permis d’injecter près de 300 millions de mètres cubes d’eau supplémentaires dans le réseau », a souligné Mouloud Hachlaf, rappelant que ces volumes ont été cruciaux pour atténuer les effets de la sécheresse. « Malgré la persistance du déficit pluviométrique, l’Algérie a pu maintenir un approvisionnement stable grâce à ces nouvelles capacités », a-t-il ajouté.
Face à la croissance démographique et au développement économique, les autorités ont lancé un deuxième programme complémentaire. Ce plan prévoit la construction de six nouvelles stations, dont la première phase priorise les wilayas de Tlemcen, Mostaganem et Chlef. Ce choix stratégique répond à la chute drastique des précipitations dans l’Ouest, estimée entre 65 % et 70 % par rapport à la moyenne historique (1958-2020).Les trois premières stations de ce nouveau cycle disposeront chacune d’une capacité de 300 000 mètres cubes par jour.
Leur particularité réside dans leur portée géographique : grâce à des réseaux de transfert s’étendant sur 150 à 250 kilomètres, l’eau ne profitera pas qu’au littoral. « L’objectif est d’assurer une plus grande équité et de répondre aux besoins des régions de l’intérieur », a expliqué M. Hachlaf. Ainsi, la station de Tlemcen alimentera Sidi Bel Abbès, celle de Chlef desservira Aïn Defla et Médéa, tandis que l’unité de Mostaganem soutiendra la wilaya de Relizane.

Le délai de réalisation de ces installations est estimé à 26 mois. Un point d’honneur est mis sur l’expertise locale : la construction repose sur des champions nationaux tels que Cosider Canalisations, la Société algérienne des projets industriels et la Société algérienne des grands travaux pétroliers, forts de leurs succès sur les sites de Fouka 2 ou Cap Djinet 2.Parallèlement, la stratégie s’adapte aux spécificités du Grand Sud. L’ADC y déploie des unités de dessalement mobiles conteneurisées.
Capables de produire entre 2 500 et 5 500 mètres cubes par jour et fonctionnant aux énergies renouvelables, ces installations valoriseront les ressources en eaux saumâtres à El M’Ghair, Oued Souf, Biskra ou Ouargla. Sur le plan financier, Mouloud Hachlaf a détaillé l’effort budgétaire de la nation : « Le premier programme a représenté 2,4 milliards de dollars. Pour le second, la première phase dépasse déjà le milliard. Au total, nous atteignons près de huit milliards de dollars consacrés au dessalement ». Cette montée en puissance préserve toutefois le caractère social de l’accès à l’eau.
Alors que le coût de production réel d’un mètre cube oscille entre 80 et 100 dinars, il reste facturé environ 6 dinars au citoyen. « L’État prend en charge plus de 95 % du coût réel », souligne le responsable.
Vers une autonomie technologique, la vision nationale s’articule en conclusion autour de trois piliers fondamentaux que sont la réalisation des infrastructures par des entreprises locales, le transfert de technologies via des partenariats internationaux ainsi que le développement d’une industrie locale d’équipements.
À ce sujet, M. Hachlaf affirme que l’ambition est de localiser des technologies clés, notamment la fabrication des membranes semi-perméables, soulignant ainsi une volonté de maîtrise industrielle accrue. Enfin, considérées comme des infrastructures vitales pour le pays, ces stations bénéficient désormais d’un dispositif de protection renforcé assuré par l’État afin de garantir la pérennité de ces actifs stratégiques.
Par Selma R.
