02/04/2026
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Diplomatie et développement: L’axe Algérie–Niger au cœur de la stabilité régionale

 Le réchauffement des relations entre l’Algérie et le Niger marque un retour naturel à la normale, à la stabilité et à la sérénité entre deux pays liés par l’histoire, la géographie et des intérêts stratégiques communs. C’est l’analyse livrée par l’expert en géopolitique et en géoéconomie, Arslane Chikhaoui, lors de son intervention à l’émission L’Invité du jour sur la Radio algérienne, à l’occasion de la visite du président nigérien en Algérie.

Selon l’expert, cette visite, qualifiée officiellement de « visite de travail et d’amitié », revêt une portée diplomatique forte. « Le terme “travail” indique que des dossiers précis et sensibles ont été traités à très haut niveau, tandis que l’amitié renvoie à la fraternité et à la construction de la confiance, socle indispensable de toute relation durable entre États », a-t-il souligné. Pour Chikhaoui, la confiance retrouvée constitue aujourd’hui le pilier central du partenariat algéro-nigérien.

Cette dynamique s’inscrit dans le strict respect des principes fondateurs des relations entre les deux pays. Les deux chefs d’État ont réaffirmé leur attachement au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, à la non-ingérence dans les affaires intérieures et à la solidarité face aux menaces communes. « Chaque mot est important. Ces principes sont hérités du non-alignement et font partie de l’ADN diplomatique de l’État algérien », a rappelé l’expert.

Dans un contexte international marqué par une recomposition géopolitique et géoéconomique accélérée, Arslane Chikhaoui estime que la notion de souveraineté s’est élargie. Elle ne se limite plus aux frontières physiques, mais englobe désormais l’espace digital. « La protection des données, la cybersécurité et la non-violation de l’espace numérique sont devenues des dimensions essentielles de la sécurité nationale », explique-t-il, soulignant la pertinence d’une coopération renforcée entre Alger et Niamey face à ces nouveaux défis. Au-delà du cadre bilatéral, ce rapprochement revêt une portée régionale majeure pour l’ensemble de l’espace sahélo-saharien. Cette zone est confrontée depuis plusieurs années à des turbulences politico-militaires, à des conflits de faible intensité et à une instabilité chronique.

« Le sud-ouest du Niger, zone des trois frontières avec le Mali et le Burkina Faso, est aujourd’hui l’une des régions les plus fragiles du Sahel », a rappelé Chikhaoui. La relance du dialogue algéro-nigérien contribue ainsi à désamorcer les risques d’implosion et à contenir les menaces transfrontalières.

Pour l’expert, la stabilité ne peut être durable sans développement économique. « Sans stabilité, il n’y a pas de développement, et sans développement, l’instabilité nourrit le terrorisme, le narcotrafic, les trafics humains et d’armes, ainsi que les migrations clandestines », affirme-t-il. Contrairement aux idées reçues, près de 80 % des flux migratoires africains sont intra-africains, souvent motivés par la recherche d’emploi ou la fuite de zones d’insécurité.

C’est dans ce cadre que s’inscrit la stratégie algérienne de développement des régions frontalières. Historiquement, les frontières ont toujours été des espaces d’échanges économiques et humains. L’Algérie a ainsi mis en place plusieurs zones de développement frontalier, dont une avec le Niger, afin de créer de l’emploi, stimuler le commerce légal et réduire la contrebande. « Le développement économique est la réponse la plus humaine et la plus efficace aux défis sécuritaires », insiste Chikhaoui.

L’un des piliers majeurs de cette coopération renforcée reste la relance du projet du gazoduc transsaharien (TSGP). Porté par Sonatrach, ce projet stratégique prévoit le transit du gaz à travers le territoire nigérien avant son acheminement vers l’Algérie et les marchés européens. « Le TSGP est un projet structurant. Il crée de l’emploi local, stabilise les régions frontalières et génère des retombées économiques directes pour le Niger à travers des redevances et des dividendes », explique l’expert. Pour l’Algérie, le projet consolide son rôle d’acteur énergétique majeur et de trait d’union entre l’Afrique et l’Europe. « Il y a un retour sur investissement évident, mais surtout une vision africaine fondée sur la coopération et la solidarité », souligne Chikhaoui.

Selon lui, cette approche rompt avec les anciennes logiques de prédation des ressources et illustre la capacité de l’Afrique à se prendre en charge. En définitive, le réchauffement des relations entre Alger et Niamey illustre une diplomatie de proximité, patiente et stratégique, fondée sur le temps long. « L’Algérie avance calmement mais sûrement, en défendant, avec ses voisins, une aire d’intérêt commun face aux appétits d’acteurs extrarégionaux », conclut l’expert, voyant dans cette dynamique un levier essentiel pour une stabilité durable du Sahel.

Par Réda Hadi

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