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Disponibilité des médicaments en Algérie: Entre vigilance accrue et efforts de régulation

Face à un contexte international marqué par des tensions géopolitiques croissantes, notamment au Moyen-Orient, la question de la disponibilité des médicaments en Algérie revient au cœur de l’actualité. Bouchene Mehdi expert pharmaceutique, vice-président du Syndicat national des pharmaciens d’officine (SNAPO) et membre de l’Observatoire national de veille sur la disponibilité des produits pharmaceutiques, a apporté des éclairages sur la situation actuelle, les risques potentiels et les mesures engagées par les autorités.

L’expert qui s’est exprime chez nos confrères de la radio nationale a, d’emblée, souligné le caractère « sensible mais maîtrisé » de la situation. Selon lui, les récentes instructions émises par le ministère de l’Industrie pharmaceutique traduisent une approche proactive visant à anticiper d’éventuelles perturbations de l’approvisionnement. « Depuis une semaine, nous constatons une intensification des notes d’orientation, des inspections et des mesures de contrôle. L’objectif est clair : prévenir les ruptures et rassurer les patients ainsi que les professionnels de santé », a-t-il expliqué.

Parmi les décisions importantes prises récemment, figure l’appel lancé aux opérateurs pour signaler toute difficulté liée au transport, au déchargement ou à l’approvisionnement en matières premières. Une mesure stratégique, dans un contexte où l’industrie pharmaceutique dépend fortement de l’importation d’intrants, principalement en provenance d’Asie, notamment de Chine et d’Inde.

Dans le même esprit, les autorités ont décidé d’alléger certaines procédures administratives, notamment en supprimant l’obligation d’autorisation préalable pour l’importation de matières premières. Une démarche visant à accélérer la production locale et à réduire les délais d’approvisionnement.

Le dispositif de contrôle a également été renforcé. Des commissions mixtes regroupant les services du ministère de l’Industrie pharmaceutique et du Commerce ont été déployées sur le terrain pour inspecter les différents acteurs de la chaîne : producteurs, importateurs et distributeurs. Ces opérations visent à vérifier la disponibilité réelle des produits et à lutter contre d’éventuelles pratiques spéculatives ou non conformes à la réglementation.

Le secteur pharmaceutique algérien compte environ 200 producteurs, près de 400 distributeurs actifs et plusieurs centaines d’importateurs. Un écosystème complexe dont la régulation reste un enjeu majeur pour garantir un accès équitable aux médicaments.

Concernant les produits les plus exposés aux tensions, Mahdi Bouchene précise que la situation reste fluctuante. « On distingue généralement entre 20 et 30 médicaments sous tension – disponibles mais difficiles à trouver – et quelques produits en rupture totale », a-t-il indiqué. Ces ruptures peuvent être liées à plusieurs facteurs : problèmes de production, hausse des coûts des matières premières, ou encore décisions stratégiques des laboratoires internationaux.

Les médicaments à faible coût sont particulièrement vulnérables. Peu rentables à produire localement, ils sont souvent importés et peuvent subir des perturbations d’approvisionnement. À titre d’exemple, certains traitements largement utilisés, notamment pour les maladies chroniques, dépendent encore entièrement de l’importation.

Toutefois, des efforts sont en cours pour renforcer la production nationale. Des projets industriels, souvent en partenariat avec des laboratoires étrangers, visent à produire localement certains médicaments stratégiques. Mais ces initiatives nécessitent du temps, notamment pour garantir la qualité et la stabilité des produits avant leur mise sur le marché.

L’expert met également en garde contre les comportements de surconsommation et de stockage excessif, qui peuvent aggraver artificiellement les tensions. « Lorsqu’un patient achète plusieurs boîtes par précaution, cela déséquilibre le marché et pénalise d’autres malades », a-t-il averti. Il appelle à une consommation responsable et à une stricte observance des prescriptions médicales.

Le phénomène du recours aux médicaments achetés à l’étranger, souvent appelé « cabas », persiste également. Il s’explique par des facteurs culturels et économiques, certains patients privilégiant des marques étrangères perçues comme plus fiables, malgré la qualité équivalente des produits locaux.

Malgré ces défis, les indicateurs globaux restent encourageants. Selon les données récentes, près de 80 à 82 % des médicaments commercialisés en Algérie sont produits localement, contre environ 60 % au début des années 2020. Une progression significative qui témoigne des efforts engagés pour renforcer la souveraineté pharmaceutique du pays.

Par Reda Hadi.

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