Écosystème start-up : Des avancées enregistrées
Le secteur des start-up en Algérie poursuit sa montée en puissance. À l’occasion de la 5e édition de la Foire de l’entrepreneuriat organisée dans la wilaya d’Annaba, Chems Eddine Bemmoussat, directeur des start-up et des structures d’appui au ministère des Start-up, a dressé un bilan ambitieux des avancées enregistrées et des perspectives à court et moyen termes.
Événement phare à l’échelle régionale, la Foire de l’entrepreneuriat (CF) d’Annaba a franchi un nouveau cap cette année. Selon M. Bemmoussat, l’édition 2026 a rassemblé des porteurs de projets, des décideurs et des experts issus de 35 wilayas, confirmant ainsi l’attractivité croissante de la manifestation. « Chaque année, les organisateurs élèvent le niveau d’exigence et élargissent la participation », souligne-t-il.
Lors de cet événement, Bemmoussat, a rappelé dans ses grandes lignes, la stratégie en la matière mise en place, et de faire remarquer, qu’après une première phase marquée par la prédominance du e-commerce et des services IT (2020-2023), celle-ci mise désormais sur la deeptech : intelligence artificielle, cybersécurité, agritech, gaming et technologies brevetées. La souveraineté des données constitue un enjeu central. Certaines start-up développent déjà leurs propres modèles d’IA et investissent dans des infrastructures matérielles locales afin de garantir l’hébergement et la protection des données sensibles en Algérie.
Les incitations demeurent un pilier de la politique publique. Les démarches de labellisation sont gratuites et entièrement digitalisées. Les start-up bénéficient de quatre ans d’exonération fiscale, renouvelables deux ans, ainsi que d’avantages douaniers sur les équipements importés. Plus de 1100 start-up sont aujourd’hui labellisées, avec un taux de survie supérieur à 95 %, selon une enquête menée en 2025.
De même qu’il a tenu à rappeler que le statut d’auto-entrepreneur complète ce dispositif. Accessible en ligne en quelques minutes, il autorise un chiffre d’affaires annuel allant jusqu’à 5 millions de dinars, avec un impôt symbolique de 0,5 %.
L’événement a également pris une dimension internationale. Des délégations tunisiennes, une délégation allemande ainsi que des experts italiens et allemands ont pris part aux travaux, notamment dans le cadre de la coopération algéro-allemande. Cette ouverture à l’international témoigne, selon le responsable, de la crédibilité acquise par l’écosystème algérien de l’innovation.
Annaba s’impose désormais comme un modèle en matière d’accompagnement des jeunes entrepreneurs. La wilaya abrite le premier centre d’innovation du pays, fruit d’un partenariat entre les autorités locales et le ministère. Le wali met à disposition des locaux aménagés, tandis que le ministère intègre les start-up et structures d’accompagnement.
De 30 à 40 start-up à ses débuts, le centre accueille aujourd’hui 52 jeunes entreprises innovantes, aux côtés d’incubateurs et de décideurs économiques. « Cette concentration crée une dynamique et une énergie exceptionnelles », explique M. Bemmoussat, qui attribue à cette organisation la maturité observée lors de la foire.
Pour la première fois, la manifestation s’est structurée autour de thématiques ciblées : intelligence artificielle, santé et agritech. La troisième journée, consacrée à l’agriculture technologique, a particulièrement retenu l’attention des partenaires allemands. L’agritech, qui combine technologie et agriculture pour optimiser les rendements, économiser l’eau et améliorer la précision des cultures, constitue un axe stratégique pour un pays confronté aux défis hydriques.
Les retours des experts allemands ont été jugés très positifs. « Ils ont salué le talent et la matière grise disponibles en Algérie, ainsi que l’engagement des étudiants dans la création de start-up », rapporte le directeur. L’un d’eux aurait même affirmé n’avoir « jamais vu un gouvernement soutenir autant les start-up ».
Au cœur de cette stratégie figure le Comité national de labellisation, créé en 2020. Initialement doté de trois labels, il s’est enrichi d’un quatrième label, celui de « scale-up », instauré le 17 décembre 2025.
Le label « projet innovant » s’adresse aux jeunes de 18 ans et plus, algériens ou étrangers résidant en Algérie, porteurs d’un projet technologique à potentiel international, sans obligation de créer immédiatement une entreprise. Le label « start-up », quant à lui, requiert un registre de commerce et confère des avantages fiscaux et parafiscaux pour une durée de quatre ans, renouvelable une fois.
Le nouveau label « scale-up » distingue les start-up ayant atteint un stade de maturité avancé : croissance soutenue, exportations, contribution à l’économie de la connaissance et à la diversification économique. Une première entreprise, spécialisée dans le e-commerce, a déjà obtenu ce statut. L’objectif affiché est d’atteindre 15 à 16 scale-up en 2026, avec, à terme, l’ambition de faire émerger des licornes valorisées à un milliard de dollars.
Par Réda Hadi
