Elargissement des assurances agricoles aux catastrophes climatiques: Un levier stratégique pour sécuriser la production agricole
Face à l’intensification des aléas climatiques et à leurs répercussions de plus en plus lourdes sur l’agriculture nationale, le gouvernement amorce un tournant décisif dans la protection du monde agricole. Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, a annoncé, jeudi à Alger, une réforme majeure visant à élargir la couverture des assurances agricoles afin d’y inclure les catastrophes naturelles directement liées aux changements climatiques.

S’exprimant lors d’une séance plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN), consacrée aux questions orales, le ministre a souligné que cette nouvelle orientation s’inscrit dans une vision globale de sécurisation durable de l’activité agricole. Elle ambitionne de protéger les agriculteurs contre des risques de plus en plus récurrents, tels que la sécheresse prolongée, les vents violents ou encore les épisodes extrêmes de chaleur, devenus des réalités structurelles plutôt que conjoncturelles.
Au cœur de cette réforme figure la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA), appelée à jouer un rôle central dans la modernisation du système d’assurance. Selon M. Oualid, la CNMA œuvre actuellement à développer de nouvelles formules d’assurance adaptées aux réalités climatiques actuelles, couvrant aussi bien les productions végétales qu’animales. Une attention particulière est accordée à la filière céréalière, considérée comme l’une des plus exposées aux aléas climatiques et stratégique pour la sécurité alimentaire nationale.
Un nouveau système d’assurance spécifique aux catastrophes dues aux changements climatiques, notamment la sécheresse et les vents, a ainsi été proposé et se trouve actuellement en cours d’examen. Ce dispositif viendra compléter les assurances classiques déjà proposées par la CNMA à travers ses antennes locales, lesquelles couvrent des risques tels que le gel, les incendies, les inondations ou encore la baisse de rendement. L’objectif est clair : offrir une protection plus complète et plus cohérente face à l’ensemble des menaces pesant sur la production agricole.
Les bienfaits attendus de cette mesure sont multiples. En premier lieu, l’élargissement de la couverture assurantielle permettra aux agriculteurs de mieux faire face aux pertes liées aux catastrophes climatiques, en garantissant une indemnisation structurée et prévisible. Cette sécurité financière est essentielle pour assurer la continuité de l’activité agricole, préserver les revenus des exploitants et éviter l’abandon des terres, notamment dans les zones rurales les plus vulnérables.
Le ministre a rappelé que les effets négatifs des intempéries se sont accentués ces dernières années, avec un allongement notable des périodes de sécheresse, une faible pluviométrie, la multiplication des glissements de terrain, la hausse des températures et une baisse significative des rendements. Les cultures dépendantes de l’irrigation pluviale sont particulièrement affectées, ce qui renforce l’urgence de mettre en place des mécanismes de protection adaptés et pérennes.
Dans ce contexte, la réforme des assurances agricoles marque une transition majeure : celle du passage d’une indemnisation ponctuelle, souvent prise en charge par le Trésor public, vers un système d’assurance organisé, durable et mutualisé. En 2024, la CNMA a ainsi indemnisé 4.233 agriculteurs assurés dans 40 wilayas pour un montant dépassant 387 millions de dinars, contre 133 millions de dinars en 2023 dans 33 wilayas. Ces chiffres illustrent à la fois l’ampleur des dommages climatiques et l’importance d’un dispositif assurantiel renforcé.
Le ministre a également évoqué l’indemnisation exceptionnelle des agriculteurs touchés par la sécheresse en 2023, qui a affecté 892 communes dans 34 wilayas. Cette prise en charge, assurée par le Trésor public en l’absence d’une couverture assurantielle contre la sécheresse, a permis aux exploitants concernés de poursuivre leur activité. La nouvelle orientation vise précisément à éviter le recours systématique à ce type de solutions conjoncturelles.
Par Réda Hadi
