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Face à la taxe carbone européenne: L’Algérie sort la carte de l’acier vert

Au-delà de l’exportation d’électricité verte ou d’hydrogène renouvelable, l’Algérie entend désormais transformer localement ses ressources naturelles grâce aux énergies propres afin de conquérir les marchés européens engagés dans la décarbonation de leurs économies. Au cœur de cette stratégie figure une filière appelée à jouer un rôle majeur : l’acier vert.

Cette orientation intervient alors que l’Union européenne renforce progressivement ses mécanismes de régulation environnementale, notamment à travers la taxe carbone aux frontières. Dans ce contexte, les produits industriels à faible empreinte carbone devraient bénéficier d’un avantage compétitif croissant sur le marché européen. Invité de la « Chaîne III » de la Radio nationale, le directeur général du Green Energy Cluster, Boukhalfa Yaïci, a plaidé pour un changement de paradigme économique fondé sur la création de valeur locale plutôt que sur l’exportation de matières premières brutes.

« Nous ne devons plus nous contenter d’exporter des matières premières. L’objectif est de les transformer localement grâce à une énergie décarbonée afin de créer davantage de valeur ajoutée, d’emplois et de richesse », a-t-il affirmé. Selon lui, les ressources solaires exceptionnelles dont dispose l’Algérie constituent un avantage compétitif susceptible de transformer durablement le modèle industriel national. Cette vision trouve une illustration concrète dans le développement de l’acier vert.

En plus de son potentiel solaire, l’Algérie dispose d’importantes ressources minières, notamment en minerai de fer, qui peuvent être valorisées grâce à une électricité renouvelable abondante et compétitive. « Nous avons la possibilité de transformer nos ressources minières grâce à l’énergie renouvelable et de produire de l’acier vert destiné notamment à l’industrie automobile européenne », a expliqué Boukhalfa Yaïci. « L’enjeu n’est pas uniquement d’exporter de l’énergie verte ou de l’hydrogène, mais de les utiliser comme des catalyseurs d’industrialisation ».

Cette stratégie s’inscrit également dans la dynamique de coopération énergétique euro-méditerranéenne portée par l’initiative T-MED, récemment lancée par la Commission européenne. Doté d’une enveloppe pouvant atteindre 25 milliards d’euros, ce programme vise à soutenir les investissements dans les énergies renouvelables et les infrastructures énergétiques au sud de la Méditerranée. Pour Boukhalfa Yaïci, cette initiative constitue une opportunité majeure pour attirer des investissements européens et développer une véritable base industrielle locale. « L’Europe recherche une énergie décarbonée et sécurisée. L’Algérie peut répondre à cette demande tout en développant sa propre base industrielle grâce à des projets de co-investissement avec des partenaires européens », a-t-il souligné.

L’hydrogène vert s’inscrit également dans cette logique de création de valeur. Le responsable rappelle qu’environ 70 % de la valeur d’un kilogramme d’hydrogène vert provient directement de l’énergie renouvelable utilisée dans sa production. « Lorsque nous produisons de l’hydrogène vert, la majeure partie de la valeur est créée localement grâce à notre ressource solaire. Cela doit nous pousser à aller plus loin et à développer des industries consommatrices de cette énergie propre », a-t-il indiqué.  Toutefois, la réussite de cette ambition dépend de la capacité du pays à produire une électricité verte compétitive.

Le directeur général du Green Energy Cluster estime que le coût du kilowattheure renouvelable devra progressivement passer d’environ cinq centimes de dollar actuellement à un niveau compris entre 1,5 et 2 centimes afin de renforcer la compétitivité des futures productions industrielles. Dans cette perspective, le programme national des énergies renouvelables est considéré comme un maillon essentiel. Une première tranche de 3 200 MW est déjà en cours de réalisation, tandis que le Cluster plaide pour le lancement rapide d’un nouveau programme de 3 000 MW. « Les investisseurs ont besoin de visibilité. Nous devons éviter les cycles d’arrêt qui entraînent la perte des compétences et découragent les industriels », a insisté Boukhalfa Yaïci.

À travers le développement de l’acier vert, l’Algérie cherche ainsi à transformer son potentiel solaire en avantage industriel durable. Face aux nouvelles contraintes environnementales européennes, le pays entend faire de la décarbonation une opportunité de diversification économique et de conquête de nouveaux marchés à forte valeur ajoutée.

Par Selma R.

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