A LA UNE

Guerre prolongée au Moyen-Orient : Vers un baril à 150 dollars ?

La guerre au Moyen-Orient pourrait transformer durablement le marché mondial de l’énergie. Entre la hausse record des prix, la vulnérabilité des infrastructures et la forte dépendance des pays importateurs, l’hypothèse d’un pétrole à 150 dollars le baril n’apparaît plus comme de la science-fiction. Dans ce contexte, les choix stratégiques des pays producteurs ainsi que la diversification des sources d’énergie deviennent des impératifs pour préserver l’équilibre de l’économie mondiale.

La flambée des prix du pétrole, déjà spectaculaire depuis le début du conflit, pourrait atteindre des niveaux historiques si les hostilités se prolongent. Selon le professeur Hamada, doyen de la Faculté des Hydrocarbures à l’Université de Boumerdès, « si la guerre perdure, le prix du baril pourrait atteindre 150 dollars, voire davantage, bouleversant l’économie mondiale et les chaînes d’approvisionnement ».

Durant la semaine du 2 au 6 mars, le prix du Brent a enregistré une hausse de plus de 30 %, passant de 64 dollars avant le début des hostilités à 92 dollars le baril. Dans ces conditions, une augmentation dépassant les 100 dollars n’est plus une simple hypothèse. « La caractéristique principale de ce conflit est que les infrastructures énergétiques des pays producteurs sont directement menacées. Une réduction de l’offre entraîne forcément une flambée des prix », a-t-il expliqué sur les ondes de la « Chaîne III » de la radio nationale.

La situation est encore aggravée par la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, une voie maritime stratégique par laquelle transite une part importante du pétrole et du gaz destinés aux pays importateurs. « Cette fermeture pose un véritable problème pour l’approvisionnement mondial. Même les réserves stratégiques, comme celles de la Chine qui possède 8,2 milliards de barils, ne suffisent que pour 90 à 100 jours », a précisé le professeur Hamada. Par ailleurs, plusieurs pays du Golfe, dont l’Arabie Saoudite, les Émirats arabes unis et l’Irak, ont décidé de privilégier leur consommation intérieure en limitant leurs exportations. « Si cette tendance se confirme, les pays importateurs se retrouveront dans une situation délicate, car le pétrole et le gaz ne servent pas uniquement à produire de l’énergie mais aussi à fabriquer des carburants, des polymères et de nombreux produits indispensables au quotidien », a averti l’expert.

Le professeur Hamada a également souligné que la dépendance mondiale aux hydrocarbures touche l’ensemble des secteurs économiques, de l’agriculture aux centres médicaux, en passant par l’industrie manufacturière. « Le gaz naturel est utilisé pour produire de l’hélium, indispensable dans certaines installations médicales. Une interruption pourrait paralyser des chaînes de valeur critiques et impacter directement la vie des populations », a-t-il indiqué. Les pays les plus vulnérables face à une crise énergétique de cette ampleur seraient notamment l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, la France, le Royaume-Uni ainsi que plusieurs États européens fortement dépendants des importations de pétrole et de gaz.

Dans le même temps, les attaques ciblées contre certaines installations pétrolières en Iran et au Koweït viseraient, selon le professeur Hamada, à limiter l’accès énergétique de la Chine, acteur central de l’économie mondiale. « Privé de ses sources d’approvisionnement, un pays comme la Chine pourrait voir ralentir son développement technologique et industriel. C’est une dimension stratégique de cette guerre, où l’économie mondiale est directement en jeu », a-t-il analysé. Dans ce contexte, certains pays pourraient tirer profit de la crise, notamment la Russie, capable d’écouler son pétrole malgré les sanctions, ainsi que les États-Unis, grands producteurs de pétrole de schiste. La Russie a d’ailleurs repris ses ventes de pétrole à l’Inde, tandis que certains pays européens, comme la Hongrie, ont annoncé la reprise de leurs importations de brut russe.

Face à ces tensions, le professeur Hamada a insisté sur l’urgence de diversifier les sources d’approvisionnement et de renforcer les capacités de stockage. « L’Inde dépend à 60 % du détroit d’Ormuz pour son énergie, la Chine à 65 %. Les routes alternatives existent, mais leur capacité reste limitée. Cette crise illustre la fragilité du système énergétique mondial et la nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement », a-t-il expliqué. Il a également estimé que cette situation pourrait accélérer les investissements dans les énergies renouvelables et la transition énergétique. « Si le prix du pétrole continue de grimper vers 125 dollars, cela incitera davantage de pays à développer des sources alternatives, même si celles-ci restent aujourd’hui partiellement dépendantes des énergies fossiles ».

Concernant l’évolution du marché dans les prochains mois, plusieurs scénarios sont envisagés. Une désescalade rapide pourrait permettre une stabilisation progressive des prix. En revanche, un blocage prolongé de deux à trois mois accentuerait les tensions entre l’offre et la demande et entraînerait une hausse continue des tarifs. Dans l’hypothèse la plus critique, une escalade touchant directement les infrastructures énergétiques pourrait porter le prix du pétrole à 150 dollars, voire davantage, avec des conséquences particulièrement lourdes pour les économies importatrices.

Le professeur Hamada a conclu en soulignant la vulnérabilité structurelle du marché énergétique mondial. « Les pays du Golfe disposent de réserves commerciales suffisantes pour répondre aux besoins de leur population, mais l’offre mondiale reste extrêmement fragile. Si les infrastructures sont détruites, leur reconstruction pourrait prendre trois à quatre ans, ce qui limiterait fortement l’offre sur le marché mondial ».

Par Selma R.

lesenjeuxeco

Share
Published by
lesenjeuxeco

Recent Posts

10e édition de « Seeds for the Future 2026 »: Huawei Algérie accompagne 30 étudiants algériens en Chine

Huawei Algérie poursuit son engagement en faveur du développement des jeunes talents, en participant à…

10 heures ago

Campagne labours-semailles 2026-2027: L’OAIC renforce son dispositif d’accompagnement des agriculteurs

Les 78 guichets uniques de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), déployés à travers le…

10 heures ago

Un budget de 20,48 milliards de DA alloué au secteur minier: L’accélération des projets structurants en priorité

Le secteur des mines s’engage à accélérer la valorisation des ressources naturelles nationales en 2027,…

10 heures ago

Solidarité nationale: 270 milliards de DA de budget prévus dans le PLF 2027

Les crédits alloués au secteur de la solidarité nationale devraient connaître une nouvelle hausse en…

10 heures ago

Projet Baladna El Djazair: 50 jeunes en formation pour répondre aux besoins en main d’œuvre qualifiée

Une session de formation au profit de 50 jeunes a été lancée, dimanche à l’Institut…

10 heures ago

Le président de la République reçoit le ministre tunisien des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger

Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a reçu, dimanche, le ministre tunisien des…

10 heures ago