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Hydrogène vert et ammoniac vert : Les atouts de l’Algérie à l’export

Dans la course mondiale aux énergies propres, l’Algérie dispose de leviers stratégiques qui la placent en position crédible sur le marché émergent de l’hydrogène vert et de l’ammoniac vert (green ammonia). Longtemps focalisée sur les seuls coûts de production, la compétition internationale s’est progressivement déplacée vers un autre terrain décisif : celui de la logistique et des capacités d’exportation. Un récent rapport de la plateforme spécialisée « Attaqa.net » met en évidence ce basculement, soulignant que, dans cette nouvelle équation, ports et corridors de transport deviennent des facteurs déterminants de compétitivité. À ce jeu-là, l’Algérie dispose d’atouts structurels encore sous-exploités, mais bien réels.

La proximité géographique avec l’Europe constitue l’un des principaux avantages comparatifs du pays. À l’heure où les marchés européens cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en carburants bas carbone, la façade maritime algérienne sur la Méditerranée offre des temps de traversée réduits et des coûts logistiques potentiellement inférieurs à ceux de concurrents plus éloignés. Cette position naturelle de « porte sud » de l’Europe confère à l’Algérie une carte stratégique, d’autant plus qu’elle s’appuie sur une longue expérience dans l’exportation énergétique et sur des infrastructures portuaires déjà opérationnelles. Contrairement à certains pays de la région ayant opté pour la construction de ports entièrement dédiés à l’hydrogène ou à l’ammoniac vert, l’Algérie s’oriente vers un modèle fondé sur l’adaptation progressive de ses ports existants.

Cette approche permet, selon le rapport, de contenir les coûts initiaux tout en conservant une marge d’évolution vers des fonctions énergétiques spécialisées. À condition d’investissements ciblés dans le stockage, la transformation et le chargement, ces infrastructures peuvent devenir des plateformes d’exportation compétitives, capables de relier efficacement la production nationale aux marchés de destination.

Sur le plan industriel, le pays bénéficie également d’une configuration favorable. Les vastes régions du Sud, dotées d’un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde, constituent un socle solide pour le développement de la production d’hydrogène vert. La relative proximité entre ces futures zones de production et les corridors logistiques menant vers le Nord ouvre la voie à un modèle intégré, associant production d’électricité renouvelable, électrolyse, transformation en ammoniac vert et exportation maritime. Cette intégration verticale figure précisément parmi les facteurs identifiés par le rapport comme déterminants dans la réduction des coûts globaux à l’export.

S’agissant plus spécifiquement de l’ammoniac vert, l’Algérie adopte une stratégie complémentaire, misant à la fois sur ses capacités portuaires et sur les projets de transport transfrontaliers. Le rapport rappelle l’inscription du pays, aux côtés de la Tunisie, dans le projet du corridor sud de l’hydrogène, un pipeline de 3 300 kilomètres destiné à relier l’Afrique du Nord à l’Europe. Avec une capacité estimée à 4 millions de tonnes par an, cette infrastructure représente une alternative logistique majeure, susceptible de sécuriser l’accès au marché européen tout en réduisant, à court et moyen termes, la pression sur les ports pour l’exportation d’ammoniac vert.

Cet atout confère à l’Algérie un avantage stratégique dans la phase initiale du développement du marché, en lui permettant de phaser ses investissements portuaires et de concentrer ses efforts sur la structuration de l’offre industrielle. Toutefois, le rapport souligne que cette solution ne saurait se substituer durablement à la modernisation des ports, notamment si l’ammoniac vert s’impose comme un vecteur dominant du commerce mondial de l’hydrogène. La toxicité du produit et ses exigences techniques imposent, à terme, des infrastructures spécialisées, des normes de sécurité renforcées et une traçabilité rigoureuse.

Comparée à des pays comme l’Égypte ou l’Arabie saoudite, qui ont engagé des investissements massifs dans des terminaux dédiés, l’Algérie avance à un rythme plus mesuré. Cette prudence s’explique par la volonté de capitaliser sur les infrastructures existantes et par une approche progressive du marché. Mais le rapport met en garde : dans un contexte où les écarts de coûts d’exportation entre ports peuvent devenir déterminants, le facteur temps pourrait peser lourd dans la conquête des parts de marché. À l’horizon 2026-2027, identifiée comme une période charnière, l’Algérie se trouve ainsi à un tournant.

Ses ressources solaires et éoliennes abondantes, sa proximité avec l’Europe, son expérience énergétique et son intégration dans des corridors transcontinentaux constituent une base solide. La transformation de ces atouts en capacités opérationnelles, notamment à travers la montée en gamme des infrastructures portuaires, sera décisive pour permettre au pays de s’imposer non seulement comme producteur, mais aussi comme exportateur fiable d’hydrogène vert et d’ammoniac vert.

Par M. A.

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