CHRONIQUE/EDITO

Jusqu’à quand, la régulation du marché n’est pas source d’efficacité mais de surcoûts : les leçons du Ramadan 2023

Le mois de ramadan avec son modèle de consommation a mis à nu l’organisation et la régulation des marchés en Algérie. Pénurie, hausse des prix, gaspillage, …. Sans les moyens financiers (réserves de change pour l’importation) et budgétaires de l’Etat (soutien des prix) on aurait frôlé une catastrophe vu la demande sur le marché. L’administration économique a pris la mauvaise habitude, parce que l’Etat peut mobiliser des moyens financiers), de toujours répondre à la forte demande par l’offre importée.  Il est connu que la demande, durant le ramadan et lorsque les prix sont soutenus, s’emballe par des facteurs à la fois physiologique, psychologique et sociologique, accessoirement économique. Vouloir répondre à cette demande « singulière » par la seule offre de produits demandés quels qu’en soient le prix et surtout le coût, est une décision antiéconomique. En effet, une demande motivée par des facteurs souvent non économique, doit être traitée par des instruments pas seulement économiques. La seule réponse par l’offre ne suffit pas. Il faut agir aussi sur la demande et par l’organisation et la régulation des marchés. C’est-à-dire agir en amont de ceux-ci. L’importation massive de la viande bovine n’a eu aucun effet sur les prix de ce produit chez les bouchers ; seul point positif, cette importation a, peut-être, permis à certains consommateurs d’accéder à cette viande à un prix raisonnable, après plusieurs heures entre recherche d’un point de vente et attente devant le comptoir. Elle a eu le même effet que tous les autres produits subventionnés. Elle n’a pas joué son rôle de régulation du marché, ce qui est d’ailleurs attendu d’elle.

La réponse à une demande par une offre importée n’est pas donc la solution dans un marché désorganisé, des circuits de distribution totalement contrôlés par des « corporations » non identifiées, non immatriculées, non déclarées, plus puissantes que les services de l’Etat. Cette forme de réponse à la demande, souvent infinie, par une offre nécessairement limitée, n’est pas efficace tant qu’on n’a pas traité le vrai problème, celui de l’organisation des marchés. L’oignon s’est installé sur le trône des légumes sans concurrent et a même changé de statut pour devenir un « fruit » exotique. Son ascension sur la mercuriale a été foudroyant, pourtant il pouvait bien être boycotté par les consommateurs sans que l’on souffre d’un manque de calories ou même de goût, mais c’est sans connaitre le comportement du consommateur algérien, l’enfant gâté du système redistributeur et redistributif.  Ces dysfonctionnements du marché coûtent beaucoup au trésor public. Un coût souvent inutile, parce que ces dysfonctionnements se répèteront encore. La régulation par la dépense publique ou par l’autorisation d’importation n’est efficace que lorsque les marchés son concurrentiels et les professions sont organisées par des corporations de professionnels conscients de leur rôle, de leur responsabilités dans la société et surtout que leur existence dépend en grande partie de ces aspects. Malheureusement, nous avons affaire à des prédateurs dont le seul objectif est l’accumulation de profits à court terme et disparaitre au moindre problème. Sans continuité dans le temps, pas d’apprentissage, pas d’organisation pérenne et point de régulation. Le rôle de l’Etat est de construire sur le long terme, et de ne pas céder à la conjoncture. L’Etat a le monopole de la violence légitime et il doit l’utiliser chaque que nécessaire. Le court terme nous détruit à petit feu et le long terme ne peut être vu, réfléchi et imposé que par les institutions de l’Etat. Sur le court terme, les prédateurs et autres spéculateurs ont toujours l’avantage sur les institutions. Les instituions doivent jouer sur les grands terrains, pas sur les terrains de quartier. La régulation de l’économie est une affaire sérieuse pour ne pas la laisser à une administration sans vision, sans horizon, sans compétence avérée dans le domaine de l’organisation des marchés et de la concurrence.

ANOUAR EL ANDALOUSSI

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