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La déminéralisation de l’eau au Grand Sud : Un choix stratégique et rentable

La décision présidentielle de lancer des stations de déminéralisation à Tindouf et Tamanrasset s’inscrit dans une approche jugée « économique et rationnelle » pour répondre durablement aux besoins en eau du Grand Sud. Le professeur Brahim Mouhouche, expert en agronomie et en hydraulique, a apporté des éclaircissements techniques sur la nature de ces projets et leurs enjeux stratégiques.

Invité chez nos confrères de la radio nationale, l’expert explique que contrairement aux grandes usines de dessalement implantées sur le littoral, ces infrastructures ne relèvent pas d’un dessalement classique de l’eau de mer. « Il ne s’agit pas d’une désalinisation comme sur la côte, mais d’une déminéralisation des eaux souterraines », a-t-il précisé. La nuance est de taille. Dans les régions sahariennes, la salinité des nappes varie généralement entre 5 et 10 grammes par litre, alors que l’eau de mer affiche une concentration moyenne comprise entre 35 et 40 grammes par litre.

Or, l’énergie nécessaire pour retirer 35 grammes de sel par litre est sans commune mesure avec celle requise pour réduire une salinité bien plus faible. « Au Sud, il suffit de diminuer un tout petit peu le sel et l’eau devient directement utilisable », explique l’expert. Ce différentiel se traduit par un coût énergétique réduit et, par conséquent, par une meilleure viabilité économique des installations projetées à Tindouf et Tamanrasset.

Au-delà de l’aspect technique, le professeur Mouhouche insiste sur la logique territoriale du choix opéré. Transporter de l’eau sur 400 ou 500 kilomètres représenterait une charge énergétique considérable, sans compter les investissements en infrastructures et les pertes potentielles. À l’inverse, l’implantation de stations de déminéralisation au plus près des zones de consommation limite les coûts et sécurise l’approvisionnement local. L’expert plaide en outre pour que ces unités soient alimentées par des sources d’énergie renouvelable, notamment solaire et éolienne, abondantes dans le Sahara, renforçant ainsi la cohérence environnementale du projet.

Cette réflexion sur l’eau s’inscrit dans une vision plus large du développement du Sud, notamment agricole. Le Sahara algérien dispose, selon lui, d’un potentiel hydrique considérable, avec des réserves souterraines estimées à 50 000 milliards de mètres cubes. Une richesse stratégique, mais qui appelle à la prudence. « L’agriculture est un gouffre de consommation d’eau », rappelle-t-il, soulignant la nécessité d’une gestion rigoureuse. Pour illustrer la pression exercée sur la ressource, il cite des chiffres parlants : produire un kilogramme de blé requiert environ 3 000 litres d’eau, contre près de 150 litres pour un kilogramme de pommes de terre. Ces écarts imposent des arbitrages dans les choix de cultures et les politiques de soutien, particulièrement dans les régions arides où chaque mètre cube d’eau compte.

Parallèlement, la situation hydraulique nationale connaît une embellie relative grâce aux précipitations récentes. Sur les 81 barrages que compte le pays, huit ont atteint leur capacité maximale et 58 affichent un taux de remplissage supérieur à 50 %. La moyenne nationale devrait ainsi dépasser les 60 %, selon les estimations avancées. Une amélioration notable, même si l’expert rappelle que tous les barrages ne se remplissent pas chaque année de manière homogène.

Certains ouvrages, à l’image du barrage de Beni Haroun, disposent d’une capacité telle qu’ils peuvent assurer l’alimentation en eau sur plusieurs années lorsqu’ils atteignent un niveau satisfaisant. « Il y a des barrages qui, lorsqu’ils se remplissent, tiennent entre trois et cinq ans », explique-t-il. Toutefois, la sélection d’un site de barrage demeure un exercice complexe, dépendant de nombreux paramètres : pluviométrie suffisante, bassin versant adapté, configuration géographique permettant de limiter le coût des digues, absence de pollution et proximité des zones d’usage.

Enfin, la question de l’eau demeure indissociable des ambitions agricoles et de la réduction des importations. Si l’autosuffisance totale, notamment en blé tendre, apparaît difficilement atteignable, le professeur Mouhouche estime possible de réduire progressivement la dépendance extérieure. L’agriculture nationale couvrirait déjà près de 75 % des besoins alimentaires du pays. Dans cette perspective, le développement du Sud, adossé à une gestion rationnelle de l’eau et à l’essor des technologies de déminéralisation adaptées aux réalités sahariennes, constitue un levier stratégique.

« S’il n’y a pas d’eau, l’agriculture n’existe pas », résume-t-il. À travers les projets de Tindouf et Tamanrasset, c’est donc bien une politique de sécurisation durable de la ressource hydrique qui se dessine, au cœur des équilibres économiques et alimentaires de l’Algérie.

Par Réda Hadi

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