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La Fondation GRFI Filiha Innov (Groupe de réflexion et d’initiatives) a officiellement inauguré, samedi à Alger, son cycle mensuel de conférences-débats consacré aux problématiques de l’agriculture, de l’environnement et de la gestion des ressources. Pour cette première édition, le débat s’est focalisé sur un écosystème aussi emblématique que méconnu, à savoir l’oasis. Dans son intervention, le Dr Amine Bensemmane, président de la fondation, a souligné la nécessité de porter un regard renouvelé sur cet écosystème.

Souvent considérée soit comme un patrimoine naturel à préserver, soit comme un espace agricole à intensifier pour accroître les rendements, l’oasis mérite une approche plus globale, tenant compte de ses spécificités écologiques et de ses modes de gestion des ressources. Au cours de cette rencontre, elle a ainsi été présentée comme un modèle d’interaction entre l’homme et son environnement, susceptible d’offrir des enseignements précieux face aux défis de la crise écologique mondiale et de l’Anthropocène.

En ouverture des échanges, Brahim Zitouni, vice-président du GRFI, a appelé à changer de regard sur l’écosystème oasien. Face aux grands débats mondiaux sur la transition écologique et l’épuisement des ressources, l’oasis s’impose comme un « système de connaissance de la limite ». En effet, la durabilité de l’oasis repose, dira-t-il, sur l’équilibre strict entre une ressource en eau physiquement limitée et la gestion collective d’un écosystème partagé. En dépassant la vision classique de la propriété privée, l’organisation oasienne, historiquement soutenue par le concept éthique du waqf et du rôle de l’homme comme garant de la nature (khalifa), démontre que l’optimisation des ressources dépend avant tout de la préservation des biens communs.

L’oasis biocybernétique : quand l’architecture s’inspire du vivant

Dans son intervention, l’architecte Amel M’hari a présenté la concrétisation spatiale et technique de cette approche à travers le concept d’«oasis biocybernétique ». En se fixant des critères stricts, notamment une consommation plafonnée à 10 000 mètres cubes par hectare et par an, la démarche cherche à intégrer les contraintes environnementales plutôt qu’à les subir.

Pour faire face à la forte salinité de l’eau, le projet repose sur un système intégré associant circuits fermés et traitements successifs. L’eau pompée et filtrée alimente d’abord des bassins de pisciculture, dédiés notamment à l’élevage du tilapia et des anguilles, où elle s’enrichit en nutriments organiques avant d’être utilisée pour l’irrigation de la palmeraie. Des fosses nutritives contribuent ensuite à réduire progressivement la salinité de l’eau destinée aux jeunes palmiers, tout en permettant la récupération des sels minéraux. Parallèlement, ajoute-t-elle, les déchets issus de l’élevage sont valorisés sous forme de compost organique pour fertiliser les sols, dans une démarche d’économie circulaire visant à optimiser l’utilisation des ressources et à limiter les rejets.

Pour sa part, Yasmine Belhadj a présenté l’expérimentation de la ferme Ferdaous à Timimoun. Témoignant d’une application concrète au cœur du Sahara, Yasmine Belhadj a partagé l’expérience de la ferme Ferdaous, située à 100 km du chef-lieu de la wilaya de Timimoun. Née d’un besoin familial d’autonomie alimentaire, cette initiative est devenue un véritable laboratoire d’innovation agroécologique, a indiqué l’intervenante. Malgré un climat exigeant et des eaux chargées en sel, la ferme est parvenue, selon les explications de Mme Belhadj, à produire des choux-fleurs, des artichauts, ainsi que des dattes d’une taille exceptionnelle obtenues par semis de noyaux. En adaptant les rythmes de semis et en valorisant le sel à travers des mélanges aromatiques, la ferme démontre la faisabilité d’une agriculture oasienne diversifiée, résiliente et sans intrants chimiques.

La science au service de la traçabilité et de l’exportation

Enfin, la dimension sanitaire et scientifique a été abordée par le Dr Mounira Azzouz (INRA), lors de sa présentation sous le thème : « Les technologies nucléaires au service de la preuve de l’état phytosanitaire des productions oasiennes ». Présentant les avancées dans l’application des technologies nucléaires au contrôle phytosanitaire, elle a mis en avant les résultats d’analyses effectuées sur 63 échantillons de dattes algériennes. Ces tests rapides (environ 30 minutes) ont confirmé l’absence de résidus d’antibiotiques et garanti la conformité de la qualité sensorielle et morphologique des produits. Le Dr Azzouz a également souligné l’effort institutionnel en cours, marqué par le déploiement de neuf laboratoires mobiles à travers le territoire national. Ce dispositif scientifique apporte une preuve irréfutable de la qualité des productions oasiennes, protégeant ainsi la réputation des produits locaux face aux rumeurs et facilitant leur accès aux marchés internationaux.

En rassemblant philosophes, architectes, agriculteurs et scientifiques, cette première conférence-débat a démontré que l’oasis ne fait pas seulement partie de l’histoire, mais qu’elle détient les clés d’un modèle économique et environnemental d’avenir, fondé sur la sobriété, l’innovation technique et le respect des équilibres naturels.

Par Zahir R.

L’auteur

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