CHRONIQUE/EDITO

Les Banques Centrales ont –elles encore un rôle à jouer ?

La Banque Centrale, la Banque des banques, le gendarme de la monnaie, le régulateur des marchés monétaire et financier et encore… Ce sont tous ces qualificatifs et d’autres qui sont donnés à cette institution singulière et puissante dans l’économie moderne. L’évolution de ses missions ne s’arrête pas et son pouvoir dans les économies s’grandit de plus en plus. Elle s’est donné un statut de jure ou de facto qui lui garantit une large autonomie. Le pouvoir politique qui s’exprime, dans le domaine économique, par le gouvernement légitime et en tout cas soumis, selon les régimes politiques, à un contrôle plus ou moins fort ; alors que la Banque centrale, elle, est sans aucun contrôle, sauf celui de ses organes appelés, pompeusement, la Gouvernance. Il va sans dire, que la non soumission de certaines institutions de régulation, de contrôle, de surveillance… au pouvoir exécutif est une excellente chose et ne peut être discutable ; à condition que cette large autonomie ou même pour certains cette indépendance soit compensée, au moins par des « Contre-pouvoirs » ou par un droit de regard par les instances comme le Parlement. Car laisser cette institution en ROUE libre peut avoir des conséquences néfastes sur l’économie et la société. Il ne faut pas oublier que les Banques centrales sont très solidaires entre elles et sont articulées au système monétaire international, à travers le FMI. Souvent ce dernier, quand il ne peut pas infléchir une politique ou une orientation d’un gouvernement, il agit par la Banque centrale du pays considéré.

Les Banques centrales ne sont responsables de rien, pourtant les crises sont souvent de nature monétaire ou financière. Elles ne peuvent pas anticiper sur l’avenir et elles ne sont redevables devant aucune institution si l’une de leur décision produit un tremblement dans l’économie : le krach boursier de 1929, les crises pétrolières, la crise des subprimes, les variations fortes des taux de change entre monnaies…

Pourtant, à l’origine, les banques centrales avaient une seule et unique mission : lutter contre l’inflation. Vous trouvez dans tous les statuts des banques centralesla lutte contre l’inflation comme principale mission. L’inflation est une maladie économique et sociale, très contagieuse et surtout ruineuse même pour les économies les plus solides. Mais pour justifier cette mission, elles ont commencé à s’intéresser à la régulation des marchés, à la politique budgétaire, à la politique de croissance, au chômage, au commerce extérieur etc. Peut-on dire que c’est normal, puisque l’économie est un rouage complexe de relations et d’interactions entre plusieurs facteurs et plusieurs variables et l’inflation en est certainement l’exemple type de ces relations quasi-mécaniques. Depuis quelques temps, les Banques centrales élargissent l’éventail de leurs missions pour intégrer l’environnement et l’écologie, les énergies renouvelables et la nouvelle économie (économie numérique). Chemin faisant, l’inflation a pris de l’ampleur. Souvent appelée l’impôt du pauvre, elle devient le principal risque dans les pays développés ou émergents. L’inflation est la cause de nombreuses révoltes dans le monde. Elle atteint en 2023 des taux à deux chiffres (Turquie, Maroc, Egypte et même certains pays de l’UE). Des révoltes de la faim (ou du pouvoir d’achat) sont observés ici et là (au Maroc il y a quelques jours).

N’est-il pas plus indiqué que les banques centrales reviennent à leur mission originelle plutôt que de s’ériger en autorité suprême sans prendre les responsabilités en conséquence.

Le BitCoin fut créé lorsqu’un sentiment de défiance face aux gouvernements s’est installé par suite de décisions impopulaires pour lutter contre l’inflation. Les crytomonnaies se développent parce que les banques centrales dévient de leurs missions et se posent comme alternatives aux monnaies traditionnelles gérées par ces dernières.  Mais rien ne garantit que le « nouveau système des cryptomonaies » soit efficace. Une chose est sûre, ce sont souvent les décisions des banques centrales qui incitent à l’émergence de la cryptomonnaie qui échappe à tout contrôle. Alors voilà une vraie mission pour les banques centrales pour éviter que les systèmes monétaire et financier ne s’emballent, provoquant une catastrophe planétaire. Indépendance oui, responsabilité c’est encore mieux.

ANOUAR EL ANDALOUSSI.

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