03/04/2026
ACTUALITEAGRICULTURE/PÊCHE

Les réserves d’eau fossiles du Sahara : Une opportunité stratégique pour l’agriculture

Confrontée à une pression hydrique croissante et à des aléas climatiques de plus en plus marqués, l’Algérie aborde une phase décisive dans la gestion de ses ressources en eau. Entre la répartition inégale des pluies et les besoins grandissants du secteur agricole, le pays cherche à concilier rareté et résilience. Au cœur de cette équation, les immenses réserves d’eau fossiles du Sahara apparaissent comme un levier stratégique pour repenser le modèle agricole national et garantir une souveraineté alimentaire durable.

L’année agricole 2025-2026 s’est ouverte sous des signes encourageants. Les précipitations automnales, survenues après la mise en place des semences, ont eu un effet bénéfique immédiat sur les trois millions d’hectares consacrés aux grandes cultures, soit 54 % de la Surface Agricole Utile du pays. Céréales et légumineuses profitent de ce regain d’humidité, tout comme les vergers, notamment les oliveraies, dont la qualité des récoltes s’annonce meilleure. Cependant, cette embellie reste fragile, menacée par des pratiques culturales encore perfectibles. Brahim Mouhouche, expert reconnu en hydraulique, a alerté sur l’inefficience de l’utilisation de l’eau dans le secteur agricole. « Aujourd’hui, on peut affirmer qu’une mauvaise préparation du sol entraîne une perte de plus de la moitié des eaux de pluie. Cette précieuse ressource ruisselle simplement vers les oueds, au lieu de s’infiltrer et d’être absorbée par nos cultures. Nous devons travailler le sol à temps pour limiter l’érosion hydrique et maximiser l’infiltration », a-t-il déclaré sur la « Chaîne II » de la radio nationale.

Il a insisté sur la nécessité d’une meilleure coordination et d’une planification rigoureuse des travaux agricoles afin d’optimiser la rétention des pluies et de soutenir les cultures durant la phase critique de croissance printanière. Mais le véritable atout stratégique de l’Algérie se situe dans son Sud. Loin de l’image d’un désert stérile, le Sahara, qui couvre 87 % du territoire national, abrite l’une des plus vastes réserves d’eau souterraine au monde. Cette eau fossile, formée il y a des millions d’années, représente un volume colossal estimé à 50 000 milliards de mètres cubes, soit l’équivalent de 50 000 fois la capacité du barrage de Beni Haroun, le plus grand du pays.

Ce contraste est saisissant avec la situation climatique du Nord. À collo, dans le Constantinois, les précipitations atteignent jusqu’à 1 600 mm par an, tandis qu’à Adrar, dans le Sud, elles ne dépassent pas 18 mm annuels, avec un taux d’évaporation équivalent… par jour. Pour Mouhouche, cette disparité impose une révision profonde des politiques de gestion de l’eau : « Le Nord et les Hauts Plateaux sont paradoxalement pauvres en eau utile malgré les pluies, tandis que le Sud est assis sur des réserves stratégiques inexploitables sans moyens adéquats. Cette répartition inégale impose une nouvelle stratégie de gestion intégrée ».

Ainsi, la réponse aux défis hydriques ne réside plus seulement dans la construction de nouveaux barrages, mais dans l’adoption de solutions technologiques innovantes. L’exploitation raisonnée des eaux fossiles du Sahara, bien qu’elles ne soient pas renouvelables à l’échelle humaine, peut constituer un stock stratégique pour une agriculture durable et modernisée. Comme l’a souligné l’expert : « La durabilité agricole algérienne ne peut plus s’appuyer uniquement sur la pluie. Elle repose sur l’équilibre entre des moyens techniques modernes (technologies d’irrigation et de pompage efficientes), une gestion hydrique rigoureuse et le savoir-faire local. Nous devons accélérer notre transition vers une agriculture technologique ».

Par M. A.

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