L’usine Holcim de Mascara: Fer de lance du ciment 100 % algérien
L’industrie du ciment en Algérie s’inscrit aujourd’hui dans une nouvelle dynamique. La production nationale de ciment a doublé ces dernières années, grâce aux investissements consentis par l’Algérie dans ce secteur, tant par des investisseurs locaux que par des groupes étrangers, à l’instar du géant mondial Holcim.

Holcim El Djazaïr a, en effet, multiplié ses investissements en modernisant ses usines à travers le pays et en augmentant ses capacités de production afin de satisfaire en priorité le marché local, tout en partant à la conquête de parts de marché à l’international. Des objectifs ambitieux ont été fixés pour consolider sa position, tout en accordant une importance particulière à l’environnement et à la durabilité. L’usine d’Oggaz, implantée dans la wilaya de Mascara, illustre parfaitement cette politique industrielle ambitieuse. Le site, qui s’étend à perte de vue, témoigne du savoir-faire et de la compétitivité du ciment algérien. Chaque pierre transformée raconte l’histoire d’une industrie qui conjugue performance, innovation et responsabilité environnementale. Des espaces verts aménagés entourent le décor extérieur de l’usine et séparent les différentes lignes de production, traduisant une intégration harmonieuse du site dans son environnement. Plusieurs particularités distinguent l’usine d’Oggaz, première cimenterie en Algérie à être certifiée ISO 14001:2015. Elle constitue une référence en matière de performance environnementale et d’engagement durable, illustrant pleinement l’ambition de Holcim El Djazaïr : « Building progress for people and the planet ».
L’usine applique des standards européens et américains afin de garantir la conformité de ses produits. Le ciment blanc et gris est conditionné en sacs de 25 ou 50 kg, en palettes bois ou en big bags (BIBO), et exporté vers les cinq continents. « Nos produits sont certifiés selon les standards internationaux, ce qui nous permet d’exporter en toute confiance », souligne le directeur de l’usine, Abdelkrim Abdelli.
Sur le plan industriel, Oggaz s’impose comme un pilier de l’industrie cimentière nationale et un acteur majeur de l’exportation hors hydrocarbures. Abdelkrim Abdelli a mis en avant les atouts techniques et stratégiques de cette unité, qui transforme la pierre brute en ciment et en clinker de haute qualité, reconnus aussi bien sur le marché local qu’international.
C’est au sein de ses lignes de production que le premier ciment vert « EcoPlanet » est fabriqué. Cette orientation s’inscrit dans les efforts de décarbonation de l’industrie cimentière, efforts qui seront renforcés par l’instauration de la taxe carbone aux frontières, fixée à 2,5 % à partir de 2026, avant de progresser graduellement pour atteindre 100 % en 2034. Conscient de l’impact potentiel de cette taxe sur les exportations algériennes de ciment, Holcim El Djazaïr a élaboré un programme visant à réduire significativement l’empreinte carbone de ses usines.
Une production annuelle de 2,7 millions de tonnes
Selon les explications fournies sur place, l’usine d’Oggaz se compose de deux lignes de production. La première, mise en service en 2007, affiche une capacité de 460 000 tonnes de clinker par an, soit environ 1 million de tonnes de ciment. La seconde ligne, opérationnelle depuis 2008, est une ligne grise capable de produire jusqu’à 2 millions de tonnes de clinker par an, portant la capacité totale de l’usine à 2,7 millions de tonnes annuelles. « L’emplacement du site est stratégique par rapport aux axes logistiques nationaux, ce qui nous permet d’optimiser la distribution sur l’ensemble du territoire et vers les marchés à l’export », précise Abdelkrim Abdelli.
L’approvisionnement en matières premières repose sur six carrières, dont une carrière principale de calcaire d’une capacité de 3,2 millions de tonnes, ainsi que des carrières d’argile, de sable et d’autres minerais nécessaires à la production de ciment gris et blanc. Des projets sont également à l’étude pour exploiter de nouvelles carrières situées à plus de 100 km, afin de garantir la continuité de l’approvisionnement. Chaque année, plus de trois millions de tonnes sont produites, générant environ 140 millions de dollars de recettes et contribuant de manière significative aux exportations hors hydrocarbures.
Depuis ce site stratégique, le ciment algérien est acheminé vers les marchés africains, les pays du bassin méditerranéen et même les États-Unis. En 2023, l’Algérie s’est imposée comme premier exportateur de ciment et de clinker en Afrique et deuxième exportateur dans le bassin méditerranéen.
« Les marchés internationaux, notamment ceux à forte valeur ajoutée, exigent de plus en plus des ciments à faible impact carbone, des ciments verts que nous sommes désormais capables de produire », explique un responsable de l’usine. Plusieurs investissements ont ainsi été réalisés pour développer les exportations et s’aligner sur la vision du président de la République visant à renforcer les exportations hors hydrocarbures.
Avec une capacité nationale de production dépassant les neuf millions de tonnes par an, Oggaz s’affirme comme un pilier du tissu industriel algérien, soutenant l’emploi, la logistique et l’ensemble de la chaîne de valeur. Mais produire davantage signifie ici produire autrement. L’usine valorise désormais les déchets industriels en ressources. Plus de 130 000 tonnes de matières ont été récupérées cette année, réduisant l’empreinte environnementale d’une industrie longtemps considérée comme polluante. « Nous cherchons à réduire l’impact carbone en utilisant des matières premières alternatives. Au lieu de prélever exclusivement dans les carrières, nous privilégions les déchets issus d’autres industries », précise un responsable.
Abdelkrim Abdelli résume cette approche en ces termes : « Produire plus, c’est aussi produire autrement, durablement, intelligemment et dans le respect des normes internationales ». Portée par Oggaz, l’industrie cimentière algérienne confirme ainsi sa montée en puissance sur les marchés régionaux et internationaux, tout en accompagnant la stratégie nationale de développement industriel et d’exportation hors hydrocarbures.
Innovation et durabilité
L’innovation et la durabilité sont au cœur de la stratégie industrielle du site. Oggaz est la première cimenterie en Algérie à produire du ciment vert à faible empreinte carbone. Grâce à la valorisation des déchets industriels via le programme Geocycle, plus de 130 000 tonnes de matières résiduelles sont traitées chaque année, réduisant l’impact environnemental tout en préservant les ressources naturelles pour les générations futures.
L’usine a également investi massivement dans la modernisation de ses installations. Deux nouveaux silos de stockage de 5 000 tonnes chacun ont été mis en service en 2024, renforçant les capacités d’exportation. La digitalisation des processus, à travers le Smart Operation Room, permet un suivi en temps réel de l’ensemble des équipements, fours, broyeurs et lignes de production, avec un système de maintenance prédictive destiné à prévenir les pannes et optimiser la performance. Grâce à ces technologies, l’usine a enregistré jusqu’à 998 heures de production continue sans interruption en 2017, un indicateur de fiabilité remarquable.
Sécurité, santé et environnement : une exigence permanente
L’usine d’Oggaz ne se distingue pas uniquement par ses performances industrielles et son rôle stratégique à l’export, mais également par son engagement en matière de santé, de sécurité et d’environnement. Rochieda Amina Meghezzi, directrice HSE, a présenté un panorama des initiatives mises en œuvre pour garantir la sécurité des employés et des sous-traitants tout en réduisant l’empreinte environnementale du site.
En 2025, Oggaz a consacré plus de 5 500 heures de formation à 2 246 employés et sous-traitants, couvrant la sécurité, la santé et les bonnes pratiques industrielles. La cimenterie accorde une attention particulière à la santé au travail, à travers des visites médicales périodiques, des tests respiratoires pour les postes exposés aux poussières et un suivi de l’exposition au bruit.
Un programme global, le Well-Being Framework, évalue la santé physique et mentale des employés, leur situation financière et leur bien-être social, avec des plans d’action destinés à atteindre les objectifs fixés.
La sécurité routière constitue également un axe majeur, dans un secteur où plus de cinq millions de kilomètres sont parcourus chaque année. Tous les chauffeurs bénéficient d’une formation à la conduite défensive. Oggaz a par ailleurs célébré la première femme chauffeuse de poids lourd électrique de l’usine, une initiative en phase avec la politique de durabilité du groupe. Sur le plan environnemental, l’usine s’est fixé des objectifs ambitieux : réduction de l’empreinte carbone, minimisation des déchets et consommation d’eau proche de zéro. Les émissions de poussières et de dioxyde de soufre sont suivies en temps réel et ont été réduites respectivement de 25 % et de 5 % depuis 2021. Le programme Geocycle est également déployé pour la valorisation des déchets industriels.
Grâce à ces efforts, Oggaz affiche un système HSE robuste et performant. En 2025, aucun accident du travail avec arrêt n’a été enregistré parmi les employés et les sous-traitants, sur plus de huit millions d’heures travaillées, attestant de l’efficacité du dispositif mis en place.
Ces initiatives illustrent l’engagement de Holcim El Djazaïr à concilier performance industrielle, sécurité et durabilité environnementale. Oggaz confirme ainsi sa position de leader du secteur cimentier, non seulement en matière de production et d’exportation, mais également en termes de standards HSE, en intégrant innovation, formation et responsabilité sociale au cœur de sa stratégie globale.
Par Zahir Radji
