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Marché pétrolier : L’AIE prévoit un recul de la consommation mondiale en 2026

Le marché pétrolier mondial s’oriente vers une inflexion majeure en 2026. Dans son dernier rapport, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe une contraction de la demande mondiale de pétrole, un scénario qui rompt avec les prévisions de croissance formulées quelques mois plus tôt et qui traduit l’impact direct des tensions géopolitiques sur les équilibres énergétiques.

Selon l’agence, la consommation mondiale devrait reculer d’environ 80 000 barils par jour sur l’ensemble de l’année, alors qu’une progression de plus de 600 000 barils quotidiens était initialement attendue. Ce retournement s’inscrit dans un contexte international marqué par l’escalade des tensions au Moyen-Orient, où les perturbations des infrastructures énergétiques et des routes maritimes ont profondément désorganisé les flux d’approvisionnement.

La fermeture du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour une large part du pétrole mondial, a notamment contribué à propulser les prix vers les 100 dollars le baril. Cette flambée des cours pèse directement sur la consommation, en particulier dans les régions les plus dépendantes des importations, à l’image de l’Asie et du Moyen-Orient.

À court terme, le ralentissement s’annonce encore plus marquer. L’AIE prévoit une chute de la demande de près de 1,5 million de barils par jour au deuxième trimestre 2026, soit la plus forte baisse trimestrielle depuis la crise sanitaire mondiale. Cette contraction est portée par le recul de la consommation de carburants clés, tels que le kérosène, le naphta et le gaz de pétrole liquéfié, sous l’effet combiné de la hausse des prix et des tensions sur l’offre. Dans le même temps, l’offre mondiale subit également un repli significatif. La production a diminué de plus de 10 millions de barils par jour en mars, pour s’établir autour de 97 millions de barils quotidiens.

Ce recul s’explique en grande partie par les ajustements opérés par OPEP+, ainsi que par des baisses de production dans plusieurs pays producteurs, malgré des hausses ponctuelles observées aux États-Unis et au Brésil. Malgré cette double contraction, le marché devrait rester en situation d’excédent, avec un surplus estimé à 410 000 barils par jour en 2026. Toutefois, cet excédent apparaît nettement inférieur aux anticipations précédentes, ce qui reflète une réduction des marges de manœuvre et une volatilité accrue du marché.

Les stocks mondiaux témoignent eux aussi de ces tensions. Ils ont reculé de 85 millions de barils en mars, en raison notamment des perturbations logistiques liées au détroit d’Ormuz. Les pays asiatiques importateurs ont puisé dans leurs réserves, tandis que des volumes importants ont été stockés en mer au Moyen-Orient, signe des difficultés d’acheminement vers les marchés finaux. L’activité de raffinage n’est pas épargnée. Les raffineries, particulièrement en Asie et au Moyen-Orient, ont réduit leurs cadences d’environ 6 millions de barils par jour face au manque d’approvisionnement. Sur l’ensemble de l’année, la production de produits raffinés devrait diminuer, même si les marges connaissent une hausse temporaire en raison de la rareté de certains produits.

Dans ce contexte incertain, le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, n’exclut pas un recours renouvelé aux réserves stratégiques pour atténuer les tensions sur les marchés. Il insiste toutefois sur le caractère ponctuel de cette mesure, qui ne saurait se substituer à un rééquilibrage durable entre l’offre et la demande. Au cœur de cette crise, l’évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz demeure déterminante. Les flux y ont chuté de manière drastique, passant de plus de 20 millions à moins de 4 millions de barils par jour. Si des itinéraires alternatifs ont été mobilisés, ils ne compensent qu’en partie les pertes, accentuant les déséquilibres du marché.

Dans ce climat d’incertitude, l’AIE envisage un retour progressif des flux énergétiques d’ici la mi-2026, sans pour autant retrouver les niveaux d’avant-crise. Un scénario plus pessimiste reste toutefois envisageable en cas de prolongation des tensions. Dans tous les cas, la contraction attendue de la demande mondiale confirme que le marché pétrolier entre dans une phase de recomposition profonde, sous l’effet conjugué de la géopolitique et des nouvelles dynamiques énergétiques.

Synthèse S. R.

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