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Marché pétrolier sous tension: Les mises en garde de l’AIE

L’économie mondiale bascule dans une zone de turbulences d’une ampleur inédite. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le conflit au Moyen-Orient a entraîné la disparition de onze millions de barils de pétrole par jour du marché. Une contraction brutale de l’offre qui place le monde face à un défi énergétique historique et révèle, dans le même temps, les vulnérabilités structurelles du système énergétique mondial.

Dans ce contexte de fortes tensions géopolitiques et de destructions d’infrastructures, l’équilibre du marché pétrolier reste suspendu à une variable clé : la capacité à rétablir durablement les flux à travers le détroit d’Hormuz. Ce chiffre, avancé par le directeur exécutif de l’AIE, Fatih Birol, dépasse à lui seul les pertes enregistrées lors des deux chocs pétroliers des années 1970. « Nous faisons face à l’équivalent de deux crises pétrolières et d’une crise gazière combinées », a-t-il déclaré, insistant sur la dimension historique de la perturbation en cours. Revenant sur son silence initial, il a reconnu que « la profondeur du problème n’était pas bien appréciée par les décideurs ».

Au cœur de cette crise se trouve précisément le détroit d’Hormuz, artère stratégique par laquelle transite habituellement près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Depuis le début des hostilités, ce passage fonctionne à capacité minimale, avec une chute estimée à près de 95 % des flux. Cette paralysie partielle a provoqué un resserrement brutal des marchés, propulsant les prix du brut au-delà des 100 dollars le baril, tandis que les produits raffinés, notamment le diesel, le kérosène et le gaz de pétrole liquéfié, enregistrent des hausses encore plus marquées.

Toutefois, la crise ne se limite pas aux seuls flux maritimes. Sur le terrain, les dégâts s’accumulent et compromettent durablement les capacités de production. L’AIE recense au moins quarante infrastructures énergétiques gravement endommagées dans plusieurs pays de la région, incluant champs pétroliers, raffineries et pipelines. « Même si le conflit s’arrêtait rapidement, la remise en service des installations prendra du temps », a averti Fatih Birol. « Certaines infrastructures nécessiteront au moins six mois pour redevenir opérationnelles, d’autres beaucoup plus ».

Face à cette situation, les mesures d’urgence se multiplient. Le 11 mars, les États membres de l’AIE ont décidé de libérer 400 millions de barils de réserves stratégiques, une opération sans précédent dans l’histoire de l’organisation. Si cette initiative vise à atténuer la pression sur les marchés, elle demeure insuffisante pour compenser l’ampleur des pertes. « Cela aidera à rassurer les marchés, mais ce n’est pas une solution. Cela réduira seulement la douleur », a reconnu le directeur de l’agence, tout en rappelant que « la priorité absolue reste la reprise du trafic dans le détroit d’Hormuz ».

Dans ce contexte tendu, l’AIE insiste sur la nécessité d’agir immédiatement sur la demande afin de limiter l’impact de la crise sur les consommateurs. Son dernier rapport propose une série de mesures concrètes et rapidement applicables. Le secteur des transports routiers, qui représente près de 45 % de la demande mondiale de pétrole, constitue un levier central. Le recours accru au télétravail, la réduction des vitesses sur les autoroutes, le développement des transports en commun ou encore le covoiturage apparaissent comme des solutions capables de générer des économies significatives en carburant.

Parallèlement, d’autres actions ciblent les segments les plus sous tension. La limitation des déplacements aériens lorsque des alternatives existent permettrait de réduire la pression sur le kérosène, tandis que la réorientation de l’usage du GPL vers les besoins essentiels vise à protéger les ménages les plus vulnérables. L’industrie est également appelée à contribuer, notamment en adoptant des matières premières alternatives et en améliorant son efficacité énergétique. « Nous sommes en contact étroit avec les gouvernements du monde entier », a affirmé Fatih Birol. « Le rapport propose des mesures immédiates et concrètes pour protéger les consommateurs et amortir les effets de cette crise ». Une mobilisation jugée indispensable pour éviter une aggravation durable des tensions sur les marchés.

Au-delà de l’urgence, cette crise pourrait marquer un tournant profond dans les politiques énergétiques mondiales. À l’instar des chocs pétroliers des années 1970, elle pourrait accélérer la transition vers les énergies renouvelables, relancer le nucléaire et renforcer l’essor des véhicules électriques. Mais, à court terme, elle pourrait également entraîner des arbitrages plus complexes, avec un possible recours accru à des sources d’énergie plus polluantes.

Par S. R/Agence

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