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Marchés du carbone et finance climatique: L’Algérie prépare le terrain aux investisseurs

L’Algérie ambitionne de se positionner sur les nouvelles opportunités offertes par la finance climatique et les marchés du carbone. Pour cela, elle entend se doter d’un cadre national capable de mobiliser les investissements publics et privés, nationaux et internationaux. Cette ambition a été affichée ce mardi à Alger, lors de l’ouverture d’un atelier national consacré à ces deux mécanismes.

Présidée par le Premier ministre, Sifi Ghrieb, au Centre international des conférences Abdelatif-Rahal, cette rencontre de deux jours est organisée par le ministère des Hydrocarbures et Sonatrach. Elle vise à élaborer une stratégie nationale intégrée de gouvernance du financement climatique et des marchés du carbone, en prévision notamment de la COP31. Dans son allocution, le Premier ministre a rappelé que l’Algérie avait fait de la question climatique l’une de ses priorités stratégiques. Celle-ci est inscrite dans la Constitution de 2020, et le pays a adopté en 2023 sa stratégie nationale de l’hydrogène vert. Il a également actualisé sa contribution déterminée au niveau national, déposée auprès des instances onusiennes en août dernier. Cette contribution prévoit une réduction de 14 % des émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2035, un objectif susceptible d’atteindre 31 % sous réserve de la disponibilité d’un soutien international. « Les transformations climatiques et énergétiques en cours dans le monde constituent à la fois un défi et une opportunité, permettant de remodeler les systèmes énergétiques, productifs et d’investissement et ouvrant la voie à l’émergence de nouvelles industries et technologies », a-t-il souligné.

Pour Sifi Ghrieb, les marchés du carbone ne doivent pas être considérés uniquement comme un instrument de conformité aux engagements climatiques, mais aussi comme un nouveau domaine économique susceptible de générer de la valeur et d’attirer des capitaux. « Le développement du marché du carbone en Algérie doit être envisagé comme un nouveau domaine économique pouvant contribuer à mobiliser les investissements, à transférer les technologies et à créer de la valeur », a-t-il affirmé. Dans cette perspective, il a insisté sur la nécessité de mettre en place des règles transparentes encadrant l’approbation des projets, la propriété et l’enregistrement des unités carbone, ainsi que le suivi des réductions d’émissions. Ces règles permettraient de préserver les intérêts nationaux et d’éviter la double comptabilisation.

Le chef de l’Exécutif a par ailleurs appelé à renforcer la participation du secteur privé national, des banques et des institutions financières dans le financement des projets climatiques, tout en favorisant l’accès aux financements extérieurs. Il a également plaidé pour une meilleure coordination entre les différents secteurs, les institutions économiques, les universités et les centres de recherche. « Nous insistons sur la nécessité d’impliquer davantage le secteur privé national dans le financement des projets climatiques et de réunir les conditions permettant aux banques et aux institutions financières nationales de contribuer efficacement à cette dynamique, parallèlement à l’attraction des financements et des investissements étrangers », a-t-il déclaré.

Une approche conciliant transition énergétique et sécurité des approvisionnements

De son côté, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a mis l’accent sur le rôle du financement climatique dans l’accompagnement des politiques nationales de réduction des émissions et d’adaptation aux changements climatiques. Selon lui, « les marchés du carbone peuvent constituer un moyen de mobiliser des ressources financières supplémentaires et de valoriser les projets permettant des réductions effectives et vérifiables des émissions, à condition de les soumettre à des règles rigoureuses garantissant la transparence et la crédibilité des crédits carbone ».

Le ministre a ensuite souligné que l’intégration de ces mécanismes devait tenir compte des spécificités économiques et énergétiques de l’Algérie, en particulier de son statut de pays producteur et exportateur d’hydrocarbures. L’objectif consiste à accompagner la transition énergétique sans compromettre la sécurité énergétique, la compétitivité industrielle et les besoins de développement du pays. « Le financement climatique doit être considéré comme un levier au service du développement national, en garantissant la cohérence des choix retenus avec les priorités économiques et sociales du pays, les exigences de sécurité énergétique, la compétitivité industrielle, le transfert de technologies et le développement des compétences nationales », a-t-il indiqué.

Mohamed Arkab a enfin insisté sur la nécessité de protéger les intérêts économiques nationaux, ainsi que les droits liés aux projets et aux actifs carbones. Cette protection suppose un dispositif réglementaire adapté et un système national de mesure, de notification et de vérification des émissions. L’atelier doit notamment permettre d’identifier les secteurs prioritaires, les besoins de financement et les partenariats susceptibles d’être mobilisés, afin de préparer une feuille de route nationale.

Sonatrach au cœur de la démarche

Pour sa part, le PDG de Sonatrach, Nour Eddine Daoudi, a mis en avant la dimension stratégique de la finance climatique et des marchés du carbone. Selon lui, ces outils permettent de mobiliser les investissements et de les orienter vers des projets durables et des solutions technologiques à faibles émissions. Il a notamment insisté sur l’importance d’un cadre réglementaire clair, de méthodologies rigoureuses de mesure des émissions et d’une coordination renforcée entre les secteurs et les organismes concernés. « Nous espérons que cet atelier contribuera à définir une approche nationale intégrée, prenant en considération les spécificités de l’économie algérienne et la préservation de ses intérêts stratégiques », a-t-il souligné.

Cette démarche concerne directement Sonatrach, appelée à contribuer à la réduction de l’empreinte carbone de la production et du traitement des hydrocarbures. Parmi ses axes prioritaires figurent la réduction du torchage, la maîtrise des émissions de méthane, le développement de l’efficacité énergétique, le captage du carbone et la promotion de l’hydrogène vert. L’objectif national consiste notamment à parvenir à zéro émission de méthane à l’horizon 2030.

Par Selma R.

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