A LA UNE

Numérisation de l’agriculture : Plaidoyer pour un écosystème intégré et durable

L’économiste statisticien Omar Bouazouni a plaidé pour une transformation profonde du modèle agricole algérien à travers la numérisation, qu’il considère comme un levier stratégique pour la productivité, la durabilité et la sécurité alimentaire.

Selon l’expert, l’agriculture algérienne, qui nourrit « 47 millions d’habitants et contribue à hauteur de 15 % au PIB », reste encore fondée sur un modèle de croissance exogène, dépendant de l’extension des surfaces cultivées. « Il est temps de passer à une croissance endogène, fondée sur la connaissance, la donnée et l’innovation », a-t-il affirmé dans une déclaration à la radio nationale « chaîne III ».

Cette mutation, estime-t-il, doit permettre de faire évoluer le secteur d’une logique réactive à une logique proactive : « Aujourd’hui, nos agriculteurs agissent en urgence, sans outils d’anticipation. Le numérique doit leur permettre de planifier, prévoir et décider sur la base d’informations fiables». Bouazouni a cité plusieurs exemples concrets de l’apport du numérique : capteurs d’humidité, automates de gestion de l’irrigation, drones et logiciels de prévision. Ces technologies, a-t-il expliqué, peuvent réduire le gaspillage d’eau, améliorer le rendement et réguler les marchés.

« Le numérique permettra de rompre avec le comportement moutonnier qui pousse tous les producteurs à cultiver la même spéculation au même moment, provoquant des surproductions et des pertes », a-t-il noté, en proposant également la création d’un observatoire national du numérique agricole pour centraliser les données, suivre les tendances de production et anticiper les déséquilibres du marché.

Le spécialiste a par ailleurs appelé à bâtir un écosystème du numérique agricole articulé autour de trois pôles : Les institutions publiques, garantes de la régulation et de la planification ; les chercheurs, porteurs de solutions scientifiques et les opérateurs économiques et start-up, chargés d’introduire et de vulgariser les technologies.

Il a salué l’implication croissante des start-up dans le domaine agricole, tout en appelant à mieux adapter leurs outils aux réalités du terrain. «Le numérique sans l’humain est une équation nulle. Il faut vulgariser, former, et même récompenser les exploitations les plus digitalisées », a-t-il proposé, évoquant l’idée d’un trophée national de la ferme numérique.

Face au défi du stress hydrique, Bouazouni a estimé que le numérique peut jouer un rôle central. Les systèmes connectés permettront, selon lui, d’ajuster les volumes d’irrigation en fonction des besoins réels, de surveiller la qualité de l’eau et d’améliorer la gestion énergétique dans le Sud. «Il faut abandonner le modèle d’agrobusiness intensif et passer à un modèle de durabilité appuyé par la technologie et la donnée », a-t-il insisté.

Parmi les recommandations majeures issues de la conférence nationale sur la modernisation de l’agriculture, il cite la création d’un système d’information agricole intégré, avec une carte numérique de l’agriculteur et un identifiant unique connecté aux bases de données nationales. Ce dispositif faciliterait le suivi des exploitants, la traçabilité des aides et la planification des politiques publiques. Bouazouni a aussi insisté sur la certification des appareils connectés (IoT), en confiant cette mission à l’Office national de métrologie légale, afin de garantir la fiabilité des données agricoles.

Évoquant le projet laitier Baladna (joint-venture algéro-qatarie), l’économiste a souligné l’apport du numérique dans le suivi du bétail : alimentation, gestation, température et production laitière. Il a également soutenu le recensement national du cheptel, « indispensable pour connaître les capacités réelles de production ». Enfin, l’expert a salué la création du Comité scientifique national de la sécurité alimentaire, qui aura pour mission d’orienter les décisions du secteur et de protéger les espèces locales.

Par Selma R.

lesenjeuxeco

Share
Published by
lesenjeuxeco

Recent Posts

10e édition de « Seeds for the Future 2026 »: Huawei Algérie accompagne 30 étudiants algériens en Chine

Huawei Algérie poursuit son engagement en faveur du développement des jeunes talents, en participant à…

14 heures ago

Campagne labours-semailles 2026-2027: L’OAIC renforce son dispositif d’accompagnement des agriculteurs

Les 78 guichets uniques de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), déployés à travers le…

14 heures ago

Un budget de 20,48 milliards de DA alloué au secteur minier: L’accélération des projets structurants en priorité

Le secteur des mines s’engage à accélérer la valorisation des ressources naturelles nationales en 2027,…

14 heures ago

Solidarité nationale: 270 milliards de DA de budget prévus dans le PLF 2027

Les crédits alloués au secteur de la solidarité nationale devraient connaître une nouvelle hausse en…

14 heures ago

Projet Baladna El Djazair: 50 jeunes en formation pour répondre aux besoins en main d’œuvre qualifiée

Une session de formation au profit de 50 jeunes a été lancée, dimanche à l’Institut…

14 heures ago

Le président de la République reçoit le ministre tunisien des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger

Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a reçu, dimanche, le ministre tunisien des…

14 heures ago