Objectif « zéro cash » en 2028 : «Tous les éléments sont réunis pour réussir la transition»
L’Algérie s’apprête à passer d’une économie largement dominée par l’espèce à une société presque entièrement digitalisée d’ici 2028. L’annonce du gouverneur de la Banque d’Algérie a suscité un large écho, mais les responsables du secteur se veulent optimistes : les bases techniques, réglementaires et humaines sont bel et bien en place pour concrétiser ce virage.
Avec près de 21 millions de cartes bancaires en circulation, plus d’un million de commerçants enregistrés et 80 000 terminaux de paiement électronique (TPE) déjà déployés à travers le pays, produits localement par deux sociétés nationales, l’écosystème du paiement numérique se structure à grande vitesse. « Nous avons mis à niveau toute l’infrastructure selon les standards internationaux. Le paiement mobile, le QR code et les solutions interbancaires sont désormais pleinement opérationnels », a souligné Madjid Messaoudène, directeur général de la SATIM, la société en charge du système national de paiement électronique, sur les ondes de la Chaîne III de la radio nationale.
Depuis le lancement officiel du paiement mobile en 2025, l’adhésion des citoyens et des commerçants progresse. Le nombre d’opérations électroniques dépasse déjà le million de transactions par mois, une tendance appelée à s’accélérer grâce à la gratuité des transactions introduite dans la loi de finances 2025. Cette mesure, couplée à des campagnes de sensibilisation et à des programmes d’accompagnement, vise à encourager les commerçants à s’équiper de TPE et à familiariser les consommateurs avec les paiements dématérialisés. La SATIM prévoit également la généralisation des cartes Visa et Mastercard d’ici 2026, entièrement fabriquées et personnalisées en Algérie, une avancée majeure pour l’inclusion financière et la souveraineté technologique. « Nous voulons que chaque citoyen puisse payer ou se faire payer de manière fluide et sécurisée, partout sur le territoire », a ajouté Messaoudène.
L’objectif « zéro cash » reste ambitieux, mais il ne s’agit pas d’un saut dans l’inconnu. Le taux de bancarisation atteint déjà près de 60 % de la population, en incluant Algérie Poste, et les infrastructures bancaires s’étendent à un rythme soutenu, avec près de 4 000 distributeurs automatiques en service. Pour BoubekeurSellami, expert en finances et fiscalité, « la trajectoire est claire : l’économie informelle recule à mesure que les paiements électroniques se démocratisent. Avec des incitations adaptées, on peut espérer atteindre un taux de digitalisation de 60 à 70 % d’ici 2028 ». Le poids de l’informel demeure important, estimé entre 34 % et 50 % de la masse monétaire, mais son intégration progressive dans le circuit officiel représente une formidable opportunité. Selon les estimations, si 70 % de l’informel rejoignait l’économie légale, le PIB pourrait bondir de 300 à près de 500 milliards de dollars et les recettes fiscales doubler en l’espace de deux à trois ans.
Généralisation des cartes Visa et Mastercard d’ici 2026
La réussite de cette mutation repose autant sur la technologie que sur la confiance. « La sécurité technique de nos systèmes est garantie, mais la vigilance de l’utilisateur reste essentielle », a reconnu Messaoudène. C’est pourquoi les autorités multiplient les initiatives de formation et d’éducation financière, afin d’aider les citoyens à adopter les bons réflexes face aux risques de fraude et d’usurpation. La digitalisation est également un levier d’innovation et d’emploi. De plus en plus de startups fintech s’intéressent au paiement mobile et aux services financiers numériques. Toutefois, le capital minimal de 700 millions de dinars exigé pour obtenir un agrément de prestataire de services de paiement (PSP) demeure un frein pour les jeunes entrepreneurs. « Il faut alléger les conditions d’accès pour encourager l’innovation locale. Nos jeunes ont le savoir-faire, il faut leur donner les moyens d’agir », a plaidé Sellami.
Pour les autorités, la transition vers le « zéro cash » ne se limite pas à la modernisation des paiements. C’est un projet de souveraineté économique visant à mieux canaliser les flux financiers, renforcer la transparence et optimiser la collecte fiscale. L’État entend aussi favoriser l’inclusion financière dans les zones éloignées, où les services numériques peuvent pallier le manque d’agences physiques. Les prochaines étapes sont claires : poursuivre la sensibilisation, renforcer la confiance et soutenir la production locale d’équipements. « Tous les éléments sont réunis pour réussir cette transition », a conclu Madjid Messaoudène. « L’infrastructure est prête, les outils existent, et la société algérienne montre déjà sa capacité d’adaptation. Il s’agit maintenant d’un effort collectif : citoyens, commerçants et institutions doivent avancer ensemble ».
Par Adem A.
