Production halieutique :Cap sur 120 000 tonnes par an
L’Algérie affiche désormais une ambition claire et structurée pour son secteur halieutique. Porter la production nationale à 120 000 tonnes par an, dont 115 000 tonnes issues de l’aquaculture, constitue le cap fixé par les pouvoirs publics dans le cadre d’une stratégie globale de diversification économique et de renforcement de la sécurité alimentaire.

Cet objectif dessine les contours d’un secteur appelé à devenir l’un des piliers de la transformation économique nationale. Invité de la « Chaîne I » de la Radio nationale, le directeur général de la pêche au ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Miloud Tria, a souligné que « le secteur est appelé à jouer un rôle central dans le développement économique, en augmentant significativement la production nationale tout en améliorant le taux de consommation individuelle de poisson ».
Il a insisté sur la nécessité d’inscrire cette progression dans une logique durable, garantissant « la préservation de la ressource et son exploitation rationnelle et responsable ».L’objectif des 120 000 tonnes s’intègre dans une feuille de route plus large à l’horizon 2030, articulée autour du développement de l’économie bleue. Selon le responsable, ce modèle pourrait générer plus de 200 000 emplois directs et indirects dans les prochaines années.
« Les opportunités concernent aussi bien les marins et capitaines de navires que l’aquaculture, les industries de transformation, la maintenance navale, la commercialisation et les fonctions techniques comme les vétérinaires », a-t-il précisé, mettant en avant la dimension sociale et territoriale de cette dynamique.
Au cœur de cette stratégie, l’aquaculture apparaît comme le principal levier de croissance. L’Algérie élève actuellement deux espèces majeures, la dorade en milieu marin et le tilapia rouge en eaux douces, mais la diversification est désormais engagée. Des projets d’élevage de crevettes sont en cours de lancement en coopération avec le Japon, à la suite d’expériences pilotes jugées concluantes.
« Nous avons engagé de nouvelles mesures pour soutenir l’aquaculture, notamment dans les wilayas de l’intérieur », a indiqué M. Tria, citant en particulier la wilaya de Chlef, considérée comme pionnière dans l’élevage de poissons d’eau douce.L’ambition ne se limite toutefois pas à l’augmentation des volumes. Elle vise également à réduire la dépendance extérieure. Le ministère œuvre ainsi au développement des industries de transformation et d’appui, notamment la fabrication d’aliments pour poissons, le conditionnement des produits halieutiques et la production locale d’alevins.
« Nous sommes en train d’injecter de nouveaux investissements pour localiser la production d’aliments et d’alevins afin de réduire notre dépendance aux marchés internationaux et éviter toute perturbation d’approvisionnement », a affirmé le responsable. L’objectif est clairement affiché : mettre fin à l’importation de poissons d’eau douce et consolider une production nationale durable.
La modernisation de la flotte constitue un autre pilier de cette feuille de route. Ces dernières années, l’Algérie a enregistré un regain notable d’investissements dans la construction et la réparation de navires de pêche, notamment ceux destinés à la haute mer. Plusieurs entreprises nationales ont réussi à produire des navires de grande taille, contribuant ainsi au développement de la flotte et à la réduction de la facture d’importation. Le pays a d’ailleurs lancé la construction de son premier thonier entièrement fabriqué localement, une première qui devrait être suivie par la production d’autres unités à travers le territoire national.
Dans le même sillage, quinze licences d’investissement ont été accordées dans le domaine de la construction navale au niveau de douze wilayas côtières. Parallèlement, l’autorisation d’importation de navires de grande taille de moins de quinze ans, ainsi que l’examen de cinq navires en attente de licences de pêche, s’inscrivent dans une démarche visant à accélérer la modernisation des capacités d’exploitation.
Cette dynamique repose également sur l’action de l’Agence nationale de développement durable de la pêche maritime et de l’aquaculture, active dans 19 wilayas. Elle accompagne les professionnels, modernise les équipements, attribue des postes d’amarrage, gère les investissements et délivre les autorisations d’exploitation, dans une perspective de développement durable et de diversification économique. Pour Miloud Tria, les orientations présidentielles récemment réaffirmées lors d’un Conseil des ministres donnent une impulsion décisive à cette stratégie.
« Le développement de la pêche maritime et de l’aquaculture est une priorité nationale pour renforcer la sécurité alimentaire. Nous devons redoubler d’efforts pour accroître la production, moderniser les méthodes d’exploitation et encourager les pêcheurs à travers des facilités et des incitations », a-t-il rappelé, confirmant que le cap des 120 000 tonnes constitue désormais la boussole du secteur.
Par Selma R.
