Recours aux financements de la BAD : « L’emprunt ne porte aucunement atteinte à la souveraineté de décision de l’Algérie »
Le recours ciblé aux financements de la Banque africaine de développement (BAD) pour soutenir les grands projets d’infrastructure, notamment ferroviaires, ne remet nullement en cause l’indépendance de la décision nationale. C’est le message central délivré par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de son entrevue périodique avec les médias nationaux diffusée sur les chaînes de télévision et de radio. Le chef de l’État a tenu à clarifier la philosophie de l’Algérie en matière d’endettement extérieur : un usage sélectif, orienté vers l’investissement productif, sans condition politique et sans impact sur la souveraineté.
Dans ses explications, le président Tebboune a rappelé le statut particulier de la BAD, en soulignant que l’Algérie en est à la fois un pays fondateur et l’un des plus grands contributeurs. Il a insisté sur la nature de cette institution, qu’il distingue clairement des circuits financiers privés. « La Banque africaine de développement n’est pas une banque privée, c’est une banque africaine créée pour soutenir le développement des États membres », a-t-il affirmé, mettant en avant des conditions de financement qu’il qualifie de souples et préférentielles.Le chef de l’État a expliqué que les concours financiers envisagés auprès de la BAD s’inscrivent dans une logique strictement économique.
Les prêts mobilisés ne visent pas à couvrir des dépenses de fonctionnement ou de consommation, mais à soutenir des projets structurants à forte rentabilité. « Ces crédits ne sont pas destinés à la consommation, mais à l’investissement », a-t-il précisé, en citant en priorité l’extension du réseau ferroviaire vers le Sud comme principal champ d’affectation.
Selon les indications données, le volume de financement mobilisable auprès de la BAD pourrait atteindre environ 3 milliards de dollars. Cette enveloppe s’inscrirait dans un montage global beaucoup plus large, notamment pour le projet de ligne ferroviaire Tamanrasset–El Meniaa, dont le coût est estimé à près de 20 milliards de dollars. Le président a souligné que ces prêts peuvent être remboursés sur des périodes allant de 10 à 15 ans, avec des modalités adaptées au cycle de rentabilité des projets financés.
Abdelmadjid Tebboune a surtout tenu à lever toute équivoque sur la portée politique de ce recours au financement extérieur. « L’emprunt auprès de la Banque africaine ne porte aucunement atteinte à la souveraineté de décision de l’Algérie », a-t-il insisté. Il a réaffirmé que la doctrine nationale reste fondée sur la préservation totale de l’indépendance de choix, tant sur le plan économique que diplomatique. « L’Algérie n’hypothèquera pas l’avenir de ses enfants par l’endettement et ne renoncera jamais à l’indépendance de sa décision », a-t-il martelé.
Pour illustrer cette ligne rouge, le président a lié explicitement la question du financement à la liberté de positionnement international du pays. Il a assuré que le recours à ces mécanismes n’empêchera en rien l’Algérie de maintenir ses positions politiques et humanitaires, notamment son soutien à la cause palestinienne. Autrement dit, les outils financiers mobilisés dans un cadre africain et multilatéral ne sauraient, selon lui, conditionner la voix diplomatique du pays.
Par Selma R.
