03/04/2026
ACTUALITENATIONAL

Réorganisation du marché national : Vers un système de distribution modernisé

La réforme du marché national de distribution entre dans une phase décisive. Entre modernisation des marchés de gros, relance des marchés de proximité et constitution de stocks stratégiques, les autorités affichent une volonté claire de structurer durablement l’approvisionnement et de stabiliser les prix. Une transformation d’ampleur, portée par le ministère du Commerce intérieur, qui vise à corriger les déséquilibres structurels et à mieux encadrer les circuits de distribution.

Au cœur de cette dynamique, la réorganisation des marchés de gros apparaît comme un chantier prioritaire. Selon les données présentées, seuls neuf marchés répondent aux normes modernes, tandis que 37 autres nécessitent une réhabilitation en profondeur. Un constat qui illustre, selon le directeur général de la régulation et de l’organisation du marché, Ahmed Mokrani, « le décalage entre les infrastructures existantes et les exigences actuelles en matière de distribution et de logistique ». Face à cette situation, un vaste programme de mise à niveau est en cours, avec pour objectif d’adapter ces espaces aux standards modernes, notamment en matière d’hygiène, de stockage et de traçabilité.

Dans ce cadre, l’établissement public « Magros » voit ses missions considérablement élargies. Longtemps limité à la gestion des marchés de gros, cet organisme est désormais appelé à jouer un rôle central dans la régulation du marché. « Aujourd’hui, Magros ne se contente plus de gérer les infrastructures. Il est appelé à intervenir directement dans le marché, à travers l’achat auprès des agriculteurs, le stockage des produits et même l’importation si nécessaire pour corriger les déséquilibres », a expliqué Ahmed Mokrani, lors de son intervention sur la « Chaîne I » de la radio nationale. Cette évolution marque un tournant dans la gouvernance du marché, en dotant l’État d’un levier opérationnel plus direct.

Parallèlement, la question des marchés de proximité s’impose comme un autre axe stratégique. Avec 1 541 communes à l’échelle nationale, le pays ne dispose que de 852 marchés de proximité opérationnels, révélant un déficit important en infrastructures commerciales de base. Toutefois, 257 marchés sont aujourd’hui prêts à être exploités. Leur mise en service, prévue dans les prochains mois, devrait permettre d’améliorer significativement la distribution au niveau local. « L’objectif est double : rapprocher les produits du citoyen et offrir des alternatives organisées pour réduire l’ampleur du commerce informel »,a souligné le responsable.

Au-delà des infrastructures, la sécurisation de l’approvisionnement repose également sur la constitution de stocks stratégiques. Sur ce point, les autorités se veulent rassurantes. « Nous disposons de réserves couvrant jusqu’à six mois pour certains produits essentiels », a affirmé Ahmed Mokrani. Ces stocks concernent notamment des produits sensibles tels que le blé dur et tendre, le lait en poudre, la levure, l’huile brute et le sucre brut. Un dispositif qui permet non seulement de faire face aux éventuelles perturbations des marchés internationaux, mais aussi d’intervenir rapidement pour stabiliser les prix sur le marché local.

Enfin, la réforme s’accompagne d’un volet réglementaire visant à mieux organiser les pratiques commerciales, en particulier dans les marchés agricoles. Une nouvelle réglementation sur la présentation et la vente des produits entrera en vigueur dès le mois d’avril. Elle vise à mettre fin aux pratiques désordonnées observées dans certains espaces commerciaux. « Il s’agit d’améliorer les conditions de commercialisation et d’offrir au consommateur un cadre plus organisé et plus transparent », a précisé Ahmed Mokrani, évoquant une série d’actions de sensibilisation déjà engagées auprès des professionnels.

La stratégie d’anticipation pour la régulation des marchés

Pour garantir la stabilité du marché durant le Ramadan et l’Aïd el-Fitr, l’État a mis en place une stratégie d’anticipation rigoureuse dès octobre 2025. Ce dispositif repose sur une coordination étroite entre les producteurs, les distributeurs et les autorités locales, sous l’égide d’une cellule de veille permanente. Cette organisation permet d’assurer un approvisionnement régulier en produits de base, tout en mobilisant plus de 55 000 commerçants réquisitionnés et des milliers d’agents de contrôle. Comme l’a souligné Ahmed Mokrani : « Nous avons engagé un travail de coordination très en amont avec tous les secteurs impliqués afin d’assurer un approvisionnement régulier du marché».

Parallèlement à cette logistique, la modernisation et la lutte contre la spéculation constituent des piliers majeurs de cette gestion. Grâce à l’application « Mourafiq-com », le citoyen participe activement à la surveillance, tandis que les autorités luttent fermement contre la rétention de marchandises. Ce passage d’une gestion réactive à une approche préventive porte ses fruits, transformant ces périodes de forte consommation en moments de stabilité pour les ménages. Ahmed Mokrani a d’ailleurs résumé ce succès par ce constat : « Nous sommes passés d’une gestion réactive à une gestion anticipative du marché », marquant ainsi une transformation déterminante pour la sécurité alimentaire nationale.

Par Selma R.

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