02/04/2026
ACTUALITENATIONAL

Transition énergétique dans les communes: Le constat de la Cour des comptes

Une enquête de la Cour des comptes couvrant la période 2019-2023 dresse un bilan contrasté de la mise en œuvre de la feuille de route énergétique des collectivités locales. Si la généralisation de l’éclairage public à LED a permis de générer des économies tangibles, le recours à l’énergie solaire demeure, en revanche, entravé par des insuffisances techniques et un déficit manifeste de maintenance.

Dès 2017, le ministère de l’Intérieur avait fixé aux communes algériennes une orientation ambitieuse, visant à réduire significativement la facture énergétique tout en favorisant l’intégration des énergies renouvelables. Plusieurs années plus tard, les conclusions de la Cour des comptes, issues de l’audit mené dans les wilayas de Tlemcen, Tiaret, Sidi Bel-Abbès, Naâma et Aïn Témouchent, mettent en lumière des résultats en demi-teinte, malgré les montants considérables mobilisés.

Un secteur fait toutefois figure d’exception : celui de l’éclairage public. Le remplacement progressif des anciennes lampes à mercure par la technologie LED s’impose comme l’un des volets les plus aboutis de la transition énergétique locale. La commune de Bouzedjar, dans la wilaya d’Aïn Témouchent, en offre une illustration probante à travers une modernisation progressive et structurée de son réseau sur une période de quatre ans.

Engagée entre 2019 et 2020 par un premier investissement de 1,5 million de dinars sur fonds propres, l’opération a pris de l’ampleur en 2021 grâce à la mobilisation de 11,4 millions de dinars dans le cadre des Plans communaux de développement, notamment pour la réhabilitation des zones balnéaires et du quartier Tayebi Kada. En 2023, un dernier effort financier de 7,8 millions de dinars a permis d’achever le maillage des zones urbaines, portant l’investissement global à plus de 20,7 millions de dinars. Au-delà de la baisse significative de la consommation électrique, cette transition technologique s’est accompagnée d’une amélioration notable de la gestion des infrastructures, désormais assurée par une application numérique de suivi exploitée avec précision par l’administration territoriale.

Le tableau s’assombrit toutefois dès lors que l’on aborde le volet photovoltaïque, en net contraste avec les performances enregistrées dans l’éclairage LED. Le rapport d’audit se montre à cet égard sans concession : la majorité des communes éprouvent de sérieuses difficultés à assurer l’exploitation durable des installations solaires, transformant une promesse prometteuse sur le papier en une réalité souvent marquée par l’abandon progressif des équipements. Cette situation, que l’on pourrait résumer par la formule « on installe, mais on ne répare pas », résulte principalement de l’absence de service après-vente structuré et de dispositifs de maintenance pérennes.

Ces dysfonctionnements trouvent leur origine dans plusieurs failles structurelles. Le manque de formation technique prive fréquemment les agents communaux des compétences nécessaires pour gérer des équipements complexes, notamment les onduleurs et les systèmes de stockage par batteries. À cela s’ajoute une planification insuffisante, les projets étant parfois lancés sans études de faisabilité technique ou économique préalables. Enfin, la vulnérabilité des installations, caractérisée par des pannes précoces, met en cause la qualité des équipements retenus, souvent inadaptés aux contraintes locales, compromettant ainsi la durabilité des investissements.

Pour la Cour des comptes, l’argent public ne saurait continuer à être mobilisé dans des installations solaires vouées à l’arrêt après quelques mois d’exploitation. Les recommandations formulées insistent sur la nécessité d’intégrer des clauses de maintenance de longue durée dans les contrats et de professionnaliser la gestion énergétique au niveau local. La transition énergétique des communes est bel et bien engagée, mais elle progresse à deux vitesses : tandis que le LED s’impose comme une réussite immédiate en matière d’efficacité, le solaire demeure en attente d’une véritable stratégie de pérennisation capable d’en garantir la viabilité à long terme.

Par M. A.

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