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Transplantation d’organes en Algérie: Seulement 1 600 interventions réalisées en 40 ans !

Quarante ans après les premières expériences nationales, l’Algérie dispose aujourd’hui d’un savoir-faire médical reconnu en matière de transplantation. Pourtant, malgré la maîtrise technique et la disponibilité de compétences spécialisées, la discipline se heurte à un obstacle de taille : la rareté des donneurs. Depuis 1986, environ 1 600 opérations ont été réalisées, un bilan que les spécialistes jugent « insuffisant» face à l’explosion de la demande.

Invité de la « Chaîne I » de la Radio nationale, le professeur Rachid Belhadj, directeur des activités médicales au CHU Mustapha-Pacha et président du comité d’éthique pour la transplantation, a analysé les freins qui ralentissent encore ce secteur. Pour lui, cet acte dépasse le cadre strictement clinique. « Le don d’organes représente le sens même de la médecine, de l’humanité, de l’éthique et de la solidarité », a-t-il expliqué, précisant que ce domaine est « un véritable indicateur du niveau de développement d’un système de santé ».

L’histoire de cette discipline en Algérie est jalonnée de dates symboliques. Tout commence en 1977 au CHU Mustapha-Bacha avec la première greffe de cornée, suivie, le 14 juin 1986, par la première transplantation rénale. « L’hôpital Mustapha-Bacha a une responsabilité historique dans ce domaine et doit continué à jouer un rôle pionnier dans la formation », a souligné le Pr Belhadj. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle et les avancées en microbiologie transforment les pratiques, laissant présager que « la médecine de demain sera largement tournée vers la transplantation d’organes».

Cependant, le passage du temps révèle un bilan modeste. « Entre 1986 et 2026, nous avons réalisé environ 1 600 transplantations. C’est un chiffre encore faible pour une période de quarante ans », a reconnu le professeur. Si les années 1990 ont marqué un coup d’arrêt, une nouvelle dynamique émerge, portée par des centres d’excellence régionaux. À titre d’exemple, l’hôpital de Batna réalise désormais près de 60 % des greffes de rein du pays, une performance saluée comme « une véritable avancée qualitative ».

Sur le plan logistique, le pays semble prêt. « Nous disposons de médecins formés, de techniciens, de laboratoires et d’équipements modernes », a affirmé le spécialiste. Le blocage n’est donc pas technique mais structurel : le manque de donneurs. Actuellement, le modèle repose essentiellement sur la générosité intrafamiliale. « Dans la sphère familiale, le citoyen algérien est extrêmement généreux. Un père peut donner un rein à son fils, une épouse à son mari », observe-t-il.

En revanche, le don post-mortem reste l’exception, alors qu’il constitue le pilier des systèmes de santé les plus performants au monde. L’urgence est pourtant là. Plus de 32 000 Algériens souffrent d’insuffisance rénale chronique, et « près de 15 000 personnes attendent potentiellement une greffe de rein». Pour le Pr Belhadj, les réticences ne sont pas religieuses, les autorités compétentes ayant déjà autorisé le don en cas de mort cérébrale. « Le problème est davantage social et culturel », a-t-il affirmé, plaidant pour une sensibilisation accrue.

Par Selma R.

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