55 ans après la nationalisation des hydrocarbures: L’Algérie consolide son leadership continental
Cinquante-cinq ans après la nationalisation des hydrocarbures, l’Algérie revendique plus que jamais son statut de puissance énergétique régionale et d’acteur central de la souveraineté africaine. De l’acte fondateur du 24 février 1971 à la mise en œuvre du plan hydrocarbures 2026-2030, le pays inscrit son action dans une continuité stratégique où la maîtrise des ressources naturelles constitue un levier d’industrialisation, de stabilité et d’influence continentale.

Plus qu’un simple héritage historique, la nationalisation apparaît aujourd’hui comme le point de départ d’une dynamique d’expansion maîtrisée. À travers le plan hydrocarbures 2026-2030, l’augmentation programmée de la production, le développement du gaz naturel liquéfié, la diplomatie énergétique africaine et l’essor minier, l’Algérie entend consolider durablement son leadership continental. Invité du Forum de la Radio nationale, Sofiane Ouffa, directeur de la coopération internationale au ministère des Hydrocarbures et des Mines, a replacé cette trajectoire dans sa profondeur historique. « Le 24 février 1971 n’était pas seulement une décision économique, c’était un choix souverain, un prolongement de l’indépendance de 1962 », a-t-il rappelé, évoquant la décision prise par Houari Boumédiène.
« Si la révolution nous a permis de récupérer la terre, la nationalisation nous a permis de récupérer nos richesses », a-t-il insisté. Selon lui, l’un des acquis majeurs de cette décision historique réside dans la construction d’une industrie énergétique intégrée. « L’objectif n’était pas seulement de produire du pétrole et du gaz, mais d’ériger une véritable industrie nationale », a-t-il souligné. Aujourd’hui, l’Algérie ne se limite plus à l’exportation d’hydrocarbures bruts. Le pays dispose d’une chaîne industrielle complète intégrant raffinage, pétrochimie et production d’engrais. Six raffineries sont en activité, deux complexes d’engrais fonctionnent, tandis que d’autres unités sont développées en partenariat.
L’autosuffisance en produits pétroliers et en engrais est désormais assurée, avec une capacité d’exportation significative. « L’indépendance énergétique ne signifie pas uniquement posséder les ressources, mais savoir les transformer et les valoriser », a affirmé le responsable.
Sonatrach, pilier de la souveraineté énergétique
Au cœur de ce dispositif se trouve Sonatrach, première entreprise africaine et classée dixième mondiale dans son secteur. Forte de plus de 150 filiales et de plus de 150 000 employés, tous issus du système universitaire national, la compagnie constitue, selon Sofiane Ouffa, « le bras stratégique de la souveraineté énergétique algérienne ». Il précise que 80 % des projets d’exploration et de production sont développés par Sonatrach avec ses propres moyens, tandis que 20 % sont réalisés en partenariat.

« Travailler avec des partenaires étrangers n’est pas une dépendance, c’est un choix stratégique pour capter technologie et investissements, tout en gardant la maîtrise nationale », a-t-il expliqué. Présente en Afrique et en Amérique latine, notamment au Pérou, en Libye, au Mali, au Niger et en Mauritanie, Sonatrach est aujourd’hui perçue par plusieurs États africains comme un modèle d’entreprise nationale intégrée et opérationnelle.
Sur le plan international, l’Algérie capitalise sur une réputation de fiabilité bâtie sur la durée. Le pays approvisionne l’Europe en gaz depuis près de quarante ans et fournit la Turquie depuis 1986. Il dispose de deux axes stratégiques d’exportation : les gazoducs reliant l’Italie et l’Espagne, ainsi que le gaz naturel liquéfié. L’Algérie fut d’ailleurs la première au monde à exporter du GNL en 1964. « Cette avance technologique a forgé notre crédibilité internationale », a rappelé Sofiane Ouffa, soulignant que le GNL offre aujourd’hui une flexibilité accrue vers les marchés asiatiques et latino-américains.
Dans un contexte marqué par la hausse continue de la demande mondiale, cinq nouveaux contrats d’exploration ont été signés récemment et un second appel d’offres est prévu au premier semestre 2026. « Nous recevons quotidiennement des demandes de nouveaux clients. Le gaz restera une énergie d’accompagnement essentielle dans la transition énergétique mondiale », a-t-il affirmé.
Le gazoduc transsaharien, symbole d’intégration africaine
Parmi les projets structurants figure le gazoduc transsaharien reliant le Nigeria, le Niger et l’Algérie. Quatre réunions ministérielles ont déjà été tenues afin d’accélérer sa mise en œuvre. Environ 800 kilomètres restent à réaliser au Niger, tandis que les infrastructures sont largement avancées au Nigeria. Pour Sofiane Ouffa, ce projet dépasse largement sa dimension technique. « Nous ne voyons pas ce projet comme un simple tube de gaz. C’est un projet de développement africain intégré », a-t-il insisté. Il estime que ce corridor énergétique contribuera à la création d’emplois, à la stimulation des investissements et à la stabilisation régionale, tout en renforçant la sécurité énergétique européenne.

L’Algérie place également l’énergie au cœur de sa diplomatie continentale. Plus de dix pays africains ont été visités ces deux dernières années dans le cadre de partenariats énergétiques renforcés. Le Sommet du gaz tenu à Alger en mars 2024 a consacré la promotion de la souveraineté énergétique africaine comme priorité stratégique. Sofiane Ouffa rappelle un paradoxe frappant : l’Afrique détient environ 13 % des réserves mondiales de gaz, mais près de 300 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité.
« Nous ne concevons pas l’énergie comme un instrument de pression, mais comme un outil de coopération et de développement », a-t-il affirmé. Cette approche repose sur le transfert de compétences, la formation des cadres et l’accompagnement des compagnies africaines vers un modèle d’opérateur intégré, capable d’assurer production, transformation et valorisation locale.
La diversification minière, nouvelle frontière stratégique
Parallèlement aux hydrocarbures, l’Algérie accélère le développement de son secteur minier. Le projet de fer de Gara Djebilet, les complexes intégrés de phosphates ainsi que les projets liés au zinc et au plomb traduisent cette volonté de diversification. Le pays dispose également de réserves d’or et de terres rares. « Lorsque nous possédons les matières premières, il est logique de les transformer localement », a expliqué Sofiane Ouffa. L’objectif est double : réduire la facture d’importation et accroître la valeur ajoutée nationale, tout en consolidant la souveraineté économique.
Par Selma R.
