18/05/2026
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Hydrocarbures: De nouveaux défis à relever

Le 24 février 1971 demeure l’un des actes fondateurs majeurs de l’histoire économique nationale. En décidant la nationalisation de ses hydrocarbures, l’Algérie faisait le choix de la souveraineté énergétique et posait les bases d’un modèle de développement structuré autour de ses ressources naturelles. Cinquante-cinq ans plus tard, ce secteur reste au cœur des équilibres économiques du pays, entre réalisations majeures, défis structurels et nouvelles orientations stratégiques.

S’exprimant sur les ondes de la radio internationale à l’occasion de cette commémoration, Abdelmadjid Attar, ancien ministre de l’Énergie et ex-PDG de Sonatrach, a rappelé la portée historique de la nationalisation, qu’il qualifie d’« avènement de l’indépendance énergétique du pays», soulignant qu’elle a permis à l’Algérie de devenir un acteur énergétique de premier plan sur les scènes africaine et internationale .

Plus d’un demi-siècle après 1971, l’Algérie affiche des indicateurs énergétiques solides. Elle est aujourd’hui le premier exportateur africain de gaz naturel et le troisième producteur de pétrole sur le continent. La production nationale avoisine le million de barils par jour, tandis que celle du gaz naturel atteint près de 110 milliards de mètres cubes par an.

En effet, ces performances traduisent une consolidation réelle de la souveraineté énergétique nationale, rendue possible par la mise en place progressive d’un cadre institutionnel et industriel maîtrisé. Après la fin du système des concessions en 1971, l’État algérien est devenu propriétaire exclusif des richesses du sous-sol, contrôlant 51 % des compagnies pétrolières et la totalité des gisements de gaz. Cette politique a permis la structuration d’un domaine minier national et l’émergence de nouvelles formes de partenariats énergétiques, a rappelé Attar,  .

Des réalisations structurantes sur toute la chaîne énergétique

L’ancien ministre a mis également en avant les réalisations majeures accumulées au fil des décennies, notamment la maîtrise progressive de l’ensemble de la chaîne énergétique. Les années 1980 et 1990 ont été marquées par le développement de la pétrochimie, la formation de milliers d’ingénieurs et la construction de complexes de GNL à Arzew et Skikda, renforçant les capacités d’exportation du pays.

La promulgation de la loi pétrolière de 1986 a constitué un autre tournant décisif, en stimulant l’exploration en partenariat et en permettant le renouvellement des réserves. À la fin des années 1990, l’Algérie disposait de niveaux de réserves comparables à ceux de 1971, signe d’une gestion efficace de ses ressources. Parallèlement, la réalisation de grands gazoducs vers l’Europe, notamment Transmed et Medgaz, a porté la capacité d’exportation gazière à plus de 50 milliards de mètres cubes par an, sans compter les volumes exportés sous forme de GNL.

Malgré ces acquis, Abdelmadjid Attar souligne que le secteur fait aujourd’hui face à des défis majeurs. Le premier concerne la baisse relative des réserves conventionnelles, estimées à environ 12 milliards de barils de pétrole et 2 200 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Cette situation impose une intensification des efforts d’exploration et, à terme, le développement des ressources non conventionnelles, évaluées à plus de 22 000 milliards de mètres cubes techniquement récupérables .

Le second défi réside dans la forte croissance de la consommation énergétique interne, notamment du gaz naturel, dont près de 50 % est aujourd’hui absorbé par le marché local. À ce rythme, une hausse annuelle de 6 à 7 % pourrait réduire les volumes exportables à moyen terme, mettant sous pression les recettes extérieures du pays.

Enfin, la transition énergétique mondiale et l’instauration de mécanismes comme la taxe carbone aux frontières européennes constituent une contrainte supplémentaire pour les exportations algériennes. Ces mutations imposent des investissements massifs, évalués à plusieurs dizaines de milliards de dollars, afin d’adapter le secteur aux nouvelles exigences environnementales et économiques.

Face à ces mutations, Abdelmadjid Attar plaide pour une stratégie combinée, fondée à la fois sur le maintien du rôle central des hydrocarbures, notamment du gaz naturel, et sur l’accélération de la diversification énergétique et économique. Selon lui, le gaz restera un pilier du mix énergétique mondial jusqu’à 2050, voire au-delà, mais la sortie progressive de la dépendance à la rente pétrolière demeure un impératif stratégique. Cette diversification passe par le développement de secteurs productifs tels que l’agriculture, les mines, l’industrie et les services, afin de créer de nouvelles richesses, réduire les importations et renforcer la résilience de l’économie nationale .

Sur le plan continental, l’Algérie renforce progressivement sa présence en Afrique, où elle occupe une place stratégique en tant que premier producteur et exportateur de gaz naturel. Abdelmadjid Attar insiste sur l’importance du partenariat énergétique avec les pays africains, notamment autour du projet du gazoduc transsaharien reliant le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie. Ce projet, capable d’acheminer jusqu’à 30 milliards de mètres cubes de gaz par an, revêt une dimension régionale majeure, bien au-delà de son seul aspect commercial.

Synthèse Zahir R.

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