Dr Amine Bensemmane, Président du SIPSA-FILAHA & Africa Food Export: «La souveraineté alimentaire ne se décrète pas, elle se construit ensemble»
Le président du Salon international de l’agriculture, de l’élevage et de l’agro-industrie (SIPSA-FILAHA & Africa Food Export), le Dr Amine Bensemmane, a indiqué que cette 24e édition dépasse de loin le cadre d’une simple vitrine commerciale. « Ce n’est pas un salon ordinaire. C’est le miroir d’une conviction : la souveraineté alimentaire de l’Algérie ne se construira ni dans le repli, ni dans l’autarcie. Elle se construira dans la convergence des flux », a-t-il affirmé dans son discours à l’ouverture de cette nouvelle édition de SIPSA-FILAHA, en présence de ministres, d’ambassadeurs et de professionnels du secteur.

Mettant en avant la présence du Niger, de la Mauritanie et de l’Égypte comme invités de marque, il a insisté sur le fait que ces invitations relèvent d’un « acte stratégique » plutôt que d’un simple geste protocolaire.
Le président du SIPSA-FILAHA a longuement insisté sur la réciprocité vertueuse avec les pays voisins, citant des exemples concrets de partenariats gagnant-gagnant. Avec le Niger, et face au déficit protéique structurel de l’Algérie, ce pays dispose de vastes troupeaux adaptés au Sahel. Pour fluidifier ces échanges, le projet du « rail vert » vers Tamanrasset se transforme en une véritable artère pour les flux agroalimentaires et sanitaires. De plus, la pharmacie vétérinaire nationale (mise en valeur au pavillon Ahaggar) servira de levier pour produire des vaccins destinés aux cheptels des deux pays. Avec la Mauritanie, ajoute l’intervenant, si l’Algérie exprime des besoins en ressources halieutiques, elle entend y répondre en apportant son savoir-faire technologique en matière d’irrigation économique le long du fleuve Sénégal.
Le Dr Bensemmane a détaillé un programme dense, articulé autour de grands forums thématiques qui rythmeront l’événement jusqu’au 21 mai. Le forum « Élevage et corridors sanitaires » (19 mai) sera consacré à la recomposition des territoires par l’élevage ovin, caprin et camelin, ouvrant la voie à la mise en place de corridors sanitaires transfrontaliers. Le 20 mai, la journée sera marquée par le forum Djazaqua, dédié au développement de l’aquaculture continentale, des Chotts algériens jusqu’au fleuve Sénégal, ainsi que par le forum SIMAG, consacré au machinisme agricole.
À cette occasion, il a rappelé que « la modernisation n’est pas un poste de dépense, mais une infrastructure de souveraineté au même titre que les routes ou les silos ». Enfin, les volets Agritech et labels de qualité mettront en avant l’innovation à travers le Village des start-ups, l’Africa Food Tech Expo et les trophées Innov’Sipsa, tandis que le concours national Olio-Med distinguera l’excellence de l’oléiculture algérienne destinée à l’exportation.
En marge des rencontres d’affaires, le salon est aussi un espace de production intellectuelle et de partenariats institutionnels. Le Dr Bensemmane, président également de la fondation GRFI Filaha Innov, a ainsi annoncé le lancement, dès ce 18 mai, de l’ouvrage collectif « Le sable et le grain », qui traite des promesses et des défis de l’agriculture industrielle au Sahara, qualifié d’« axe de foi et d’avenir régional commun ».
Enfin, la fondation GRFI scellera plusieurs conventions stratégiques le 21 mai pour clore l’événement. En conclusion, le Dr Amine Bensemmane a rappelé que la prospérité partagée doit naître de la circulation maîtrisée des biens, des idées et des savoir-faire entre Alger, Niamey, Nouakchott, N’Djamena, Le Caire et Doha. « La souveraineté alimentaire ne se décrète pas en un matin. Nous ne la défendons pas individuellement, nous la construisons ensemble. Produire, transformer, décider ensemble : voilà notre fondement », a-t-il conclu.
Par Z R.
